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Washington, Jérusalem, Téhéran : le prince Pahlavi au cœur d’un moment charnière

Dans un contexte d’escalade militaire régionale et d’affaiblissement interne du régime iranien, le prince Reza Pahlavi exhorte le peuple et les forces armées à se détacher de la République islamique. Un discours offensif qui intervient après une frappe israélienne ciblée contre l’appareil sécuritaire iranien.

L’annonce a fait l’effet d’un séisme politique. À la suite de l’opération israélienne baptisée « Lion rugissant», visant des infrastructures stratégiques attribuées à la République islamique, le prince héritier Reza Pahlavi, a publié un communiqué d’une rare intensité.

L’opération, déclenchée avec l’accord et la participation des Etats-Unis , ce 28 février 2026,  a ciblé des installations liées à l’appareil sécuritaire et militaire du régime, dans un contexte de tensions croissantes entre Israël et la République islamique d'Iran. Si les autorités iraniennes ont dénoncé une « agression », les opposants au régime y voient un coup porté à la structure répressive. 

 

 

Un discours calibré pour la rupture

C’est dans ce climat d’incertitude stratégique que le fils du Shah a pris la parole sur ces réseaux sociaux, saluant ce qu’il qualifie d’« intervention humanitaire » visant non pas l’Iran, « notre grande nation », mais « la machine à massacres » du régime.  Le ton est martial, mais mesuré. Le prince Reza Pahlavi distingue soigneusement le pays de ses dirigeants, accusé depuis des mois d'emprisonner et tuer des civils qui manifestent quotidiennement contre le pouvoir. Il insiste sur le fait que la cible est la République islamique, et non la nation iranienne.

La  révolution de 1979, menée par l'ayatollah Ruhollah Khomeini, a provoqué la chute de la monarchie, remplacée par un régime théocratique particulièrement répressif au cours des décennies qui se sont succédées. Reza Pahlavi, 65 ans,  installé aux États-Unis, s’est progressivement imposé comme l’une des principales figures de l’opposition en exil, notamment depuis les manifestations déclenchées après la mort de l'étudiante Mahsa Amini en 2022.

Dans son communiqué, il franchit un cap supplémentaire :  « Le moment de retourner dans la rue est proche. ». Mais, fait notable, il appelle dans l’immédiat ses compatriotes à rester chez eux, à préserver leur sécurité, tout en se tenant prêts pour « l’action finale ». Une stratégie qui vise manifestement à éviter un bain de sang prématuré. L’un des passages les plus significatifs du communiqué concerne les forces de sécurité iraniennes. Reza Pahlavi leur rappelle leur serment : défendre l’Iran et son peuple, et non « un régime qui a pris notre patrie en otage ».

Il adresse un avertissement sans ambiguïté : « Rejoignez le peuple (…) sinon vous sombrerez avec le navire de Khamenei. », déclare t-il en référence directe à l’actuel Guide suprême, Ali Khamenei, à la tête de l’Iran depuis 1989  et dont l’autorité constitue le pilier central du système politique iranien. Le prince Reza Pahlavi a appelé aussi à « la plus grande prudence » afin de préserver les civils — une formulation qui vise à éviter que l’opposition soit perçue comme soutenant des frappes indiscriminées.

 

 

Un message stratégique à Washington, un prince en attente

Autre élément clé du communiqué : l’adresse explicite au président américain, Donald Trump sur un ton grave.  Dans une allocution en direct de ses bureaux, le Président Donald Trump a évoqué une « opération de grande envergure » mise enplace pour empêcher cette « dictature radicale et malfaisante » de menacer les États-Unis et leurs  « intérêts fondamentaux en matière de sécurité nationale » et « s'assurer que l'Iran n'obtienne pas l'arme nucléaire». Un discours similaire a été prononcé parallélement par le Premier ministre  Benjamin Netanyahu, confirmant  la coordination des deux pays dans cette opération.

En juin 2025, Israël avait déclenché des fappes stratégiques sur des sites civils et militaires sur l'Iran durant douze jours (opération Lion qui se lève qui avait provoqué la mort d'un millier de personnes) avant que Washington n'entame des discussions  avec le régime des mollahs. Sans succès. 

En évoquant « l’aide promise » des États-Unis, Reza Pahlavi cherche à inscrire la dynamique actuelle dans un cadre international favorable. En qualifiant le peuple iranien « d’allié naturel du monde libre », le prince tente déjà de repositionner l’Iran post-islamique comme partenaire occidental potentiel alors que l'occupant de la Maison blanche n'a pas caché sa volonté de mettre désormais fin au régime des mollahs.

Depuis plusieurs mois, le prince impérial multiplie les interventions médiatiques et diplomatiques pour apparaître comme une figure de transition plutôt que comme un simple prétendant au trône du Paon. Il ne revendique plus explicitement une restauration de la monarchie, mais plaide pour un référendum national sur la forme du régime. Son discours actuel s’inscrit dans cette logique : il parle de « transition stable et sûre » et de « reconstruction ». Le lexique est celui d’un homme d’État en attente qui, coïncidence, avait dévoilé la veille son programme s'il était mis à la tête d'un régime de transition : une feuille de route centrée sur la stabilisation économique, le maintien des services essentiels et l’organisation d’un référendum national en moins de 200  jours suivant l’effondrement du pouvoir islamique, permettant au peuple iranien de choisir son futur système de gouvernement .

Reste une question centrale : dispose-t-il d’une capacité réelle d’organisation à l’intérieur du pays ? Si une partie de la diaspora lui est favorable, l’opposition intérieure demeure fragmentée — entre républicains, monarchistes, réformateurs et mouvements sociaux autonomes, voir indépendantistes.  Son communiqué marque néanmoins un tournant rhétorique. Pour la première fois, le prince évoque explicitement la proximité d’une victoire et se projette physiquement aux côtés des manifestants. « Nous sommes très proches de la victoire finale », assure-t-il.

Le prince Reza Pahlavi joue ici une carte décisive : celle de l’anticipation. En se positionnant comme figure de transition au moment d’une éventuelle vacance du pouvoir, il espère éviter le chaos et incarner une alternative nationale. Reste à savoir si l’Iran s’apprête réellement à tourner une page historique — ou si, une fois encore, la République islamique démontrera sa capacité à survivre à la tempête.

Copyright@Frederic de Natal

Date de dernière mise à jour : 28/02/2026