Monarchies et Dynasties du monde Le site de référence d’actualité sur les familles royales

Reza Pahlavi : « Le destin de l’Iran ne se jouera pas à l’étranger »

Dans un contexte d’escalade militaire sans précédent entre Israël, les États-Unis et le régime des mollahs, le fils du dernier shah a pris la parole devant le Parlement suédois. Le prince Reza Pahlavi y a défendu une ligne constante : le sort du pays ne se jouera dans des capitales étrangères, mais à Téhéran.

Héritier de la dynastie renversée lors de la Révolution iranienne de 1979, le prince Reza Pahlavi, 65 ans,  s’est exprimé ce lundi 13 avril 2026 devant des parlementaires (ceux du parti conservateur des Chrétiens démocrates (KD) et celui d'extrême-droite des Démocrates de Suède (SD) à l'origine de cette invitation) attentifs à l’évolution d’une crise devenue globale.

Car depuis le début du conflit en février dernier, la confrontation entre Israël, les États-Unis et l’Iran a franchi un seuil critique, faisant craindre un embrasement régional durable avec de lourdes répercussions économiques. La récente décision du Président Donald Trump de mettre un embargo sur le détroit d’Ormuz pourrait accentuer cette crise aux multiples ramifications.

Mais loin de s’inscrire dans une logique de confrontation militaire, le prince  Reza Pahlavi a recentré le débat sur la dimension intérieure de la crise iranienne.« L’avenir de l’Iran sera en fin de compte déterminé par son peuple, et non par des forces extérieures », a-t-il déclaré.  Une phrase clé, qui résume à elle seule la doctrine qu’il défend depuis plusieurs années.

 

 

Une  jeunesse en première ligne

Au cœur de son intervention, un constat : la République islamique fait face à un soulèvement d’une ampleur inédite depuis sa fondation. Il décrit la situation actuelle comme « un soulèvement profond et durable », allant jusqu’à le qualifier de « mouvement le plus important depuis 1979 ». Une analyse qui dépasse, selon lui, les clivages politiques traditionnels.

L’un des passages les plus structurants de son discours réside dans cette affirmation : « Le principal conflit en Iran oppose aujourd’hui l’État à ses citoyens. ». Ce mouvement, insiste-t-il, ne se résume pas à une opposition idéologique classique. Il touche à la direction et à l’identité même de la nation iranienne , assure le prince Reza Pahlavi. En d’autres termes, c’est la nature du régime qui est contestée, et non seulement ses politiques. Selon Reza Pahlavi, cette confrontation n’a cessé de s’intensifier au fil du temps. Elle ne peut plus être analysée comme une succession de protestations ponctuelles, mais comme une dynamique de fond.

Il insiste sur le caractère durable de cette mobilisation : « Nous ne sommes pas face à une phase passagère, mais à un mouvement de longue durée. »

Cette lecture s’appuie notamment sur le rôle central joué par les jeunes générations. Nées après la révolution islamique, elles portent une vision du monde profondément différente, plus ouverte et moins marquée par les référents idéologiques du régime. Malgré la répression, les arrestations et les restrictions numériques, cette génération continue de structurer la contestation. Elle s’appuie sur les réseaux sociaux, contourne les censures et maintient une pression constante sur les autorités.

Pour Reza Pahlavi, cette évolution traduit un basculement historique : l’Iran de demain ne ressemblera plus à celui issu de 1979.

 

 

Un régime « non conventionnel » dont la chute doit être concrète

Au-delà du constat social, le discours s’est également fait critique sur la nature du pouvoir en place. Reza Pahlavi a affirmé que le système politique iranien ne fonctionne pas comme un gouvernement conventionnel . Une manière de dénoncer une structure de pouvoir qu’il juge opaque, idéologique et déconnectée des réalités de la société.

Il a également évoqué l’influence régionale de l’Iran, présente à Beyrouth, Bagdad ou encore Sanaa. Une projection extérieure qui, selon ses détracteurs, détourne des ressources au détriment des besoins internes. Dans le contexte actuel de guerre, cette dimension prend une importance particulière, alimentant les tensions avec Israël et ses alliés.

Autre point majeur du discours : la question des libertés publiques. Le prince Reza Pahlavi a dénoncé les restrictions imposées à la communication, notamment les coupures d’Internet et les mesures prises contre les manifestants. « Ces mesures ont limité la capacité de la population à exprimer son désaccord », a-t-il souligné, rappelant in fine que le régime des mollahs est un régime dictatorial. Il assure parler à toutes les composantes de la société iranienne : « Tous les Iraniens, qu'ils soient de gauche, du centre ou de droite, monarchistes ou républicains, ou quelles que soient les ethnies qu'ils représentent, s'ils croient en cette approche, peuvent travailler ensemble et coopérer », comme le rappelle L'Orient-Le Jour.

Il regrette les tergiversations de l'Union euroépenne (UE) à soutenir le désir des Iraniens à se libérer de l'oppression : « Quand je regarde l'Europe, je constate de l'ambivalence et une incapacité persistante à voir la réalité des rues iraniennes. Je suis déçu, mais pas surpris, par la précipitation avec laquelle on s'engage face à ce régime criminel. Ce régime qui a assassiné des dizaines de milliers de ses propres citoyens. Ce régime finance le terrorisme dans les rues d'Europe, y compris en Suède. Ce régime menace et fait chanter les gouvernements européens par la prise d'otages et la violence ». Dans le contexte de confrontation militaire entre Israël, les États-Unis et l’Iran, le discours de Reza Pahlavi prend une dimension particulière. Car, il met en garde contre un risque : que la guerre extérieure vienne occulter, voire étouffer, la contestation intérieure. Sans nier les enjeux géopolitiques, le leader d'une parie de l'opposition iranienne, le plus visible médiatiquement, rappelle que les transformations durables ne peuvent venir que de l’intérieur. 

Le choix de s’exprimer devant le Parlement suédois n’est pas anodin. Il témoigne de l’attention croissante portée par les démocraties européennes à la situation iranienne. Ces prises de parole participent à structurer la perception internationale du conflit. Alors que la guerre redessine les rapports de force au Moyen-Orient, une autre bataille, plus silencieuse mais tout aussi décisive, se joue à l’intérieur de l’Iran. Politique, sociale, générationnelle, cette transformation en cours pourrait déterminer l’avenir du pays bien au-delà des affrontements militaires. À Stockholm, le prince Reza Pahlavi aura tenté de le rappeler : l’histoire iranienne ne s’écrira pas uniquement dans les chancelleries ou sur les champs de bataille, mais d’abord dans les rues de Téhéran.

Une conviction qui, à l’heure des bombes, sonne comme un avertissement à ceux qui ne voudraient pas l’entendre et qui persisteraient à l’ignorer, persuadés de pouvoir imposer un régime qui leur conviendra .

Copyright@Frederic de Natal

Date de dernière mise à jour : 14/04/2026