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Le fils du shah lance l’appel à la chute du régime iranien

Face à la fragilité du régime iranien, le fils du dernier shah, Reza Pahlavi, multiplie les appels à un basculement historique, misant sur la mobilisation populaire et la pression internationale.

Profitant de la vitrine diplomatique mondiale qu’offre la Conférence de Munich sur la sécurité, Reza Pahlavi a relancé son offensive politique contre le pouvoir de Téhéran. Héritier d’une dynastie renversée en 1979, il s’efforce de s’imposer comme l’un des principaux visages d’une opposition iranienne plurielle mais morcelée.

Entre mobilisation internationale, pressions américaines et contestation intérieure persistante, le prince de 65 ans tente d’incarner l’alternative à la République islamique.

Une tribune mondiale pour transformer la contestation en projet politique

À Munich, capitale diplomatique éphémère de la sécurité internationale, le prince Reza Pahlavi a saisi l’occasion pour internationaliser la question iranienne. Devant responsables politiques, experts militaires et diplomates occidentaux, le 13-14 février 2026, le fils du Shah s’est présenté comme le porte-voix d’une population qu’il estime abandonnée par la communauté internationale.

Dans un discours empreint d’urgence, il avait appelé à une mobilisation coordonnée de ses partisans à travers plusieurs métropoles occidentales, évoquant une « journée d’action mondiale » destinée à amplifier la pression contre le régime de l’Iran. « Nous sommes réunis en cette heure de grand péril pour demander : le monde se tiendra-t-il aux côtés du peuple iranien ? », a-t-il déclaré, inscrivant son intervention dans une rhétorique de confrontation morale entre démocraties et autoritarismes. Un appel largement entendu. Rien qu'à Munich, plus de 250000 personnes se sont rassemblées face à lui, drapeaux du Lion, celui de la monarchie, claquant au vent. Encore faut-il évoquer les  350 000 personnes cumulée de Toronto (Canada) à Los Angeles (USA) où la princesse héritière Noor Pahlavi a pris la parole face à une foule galvanisée. 

Pour le prince qui s’est imposé comme unique leader de l’opposition depuis ces dernières annes, la passivité occidentale constituerait un signal délétère pour l’ensemble des régimes autoritaires. « La survie du gouvernement iranien envoie un message clair à tous les tyrans : tuez suffisamment de personnes et vous resterez au pouvoir », a-t-il insisté, cherchant à replacer la crise iranienne dans une lecture globale des rapports de force internationaux.

Leader de l'opposition en exil

Reza Pahlavi demeure une figure singulière du paysage politique iranien. Fils du souverain Mohammad Reza Shah Pahlavi (1919-1980), il a été désigné héritier du trône avant l’effondrement de la monarchie lors de la Révolution islamique de 1979, menée par l’ayatollah Ruhollah Khomeini.

Contraint à l’exil dès son adolescence, il vit aujourd’hui aux États-Unis, où il a progressivement structuré un réseau politique et militant. S’il reste associé au courant monarchiste, il adopte depuis plusieurs années un discours centré sur la transition démocratique plutôt que sur la restauration dynastique. Cette stratégie vise à élargir sa base politique en rassemblant des courants d’opposition parfois antagonistes. « La légitimité émane du peuple, et le peuple iranien s’est exprimé », affirme-t-il, tentant de dépasser son héritage monarchique pour se poser en garant d’un processus démocratique futur.

Au sein de la diaspora iranienne, son influence demeure considérable. Son image, mêlant héritage historique et posture modernisatrice, lui confère une visibilité médiatique et politique que peu d’opposants en exil possèdent. Selon toute vraisemblance, il devrait être celui qui dirigera le régime de transition après la chute des mollahs, mettant en place une constitution qui devra encore déterminer le choix des institutions à venir par référendum : monarchie ou république.

Face à la répression, une intervention américaine ?

Le regain d’activité politique du prince s’inscrit dans la continuité des mouvements de contestation qui secouent régulièrement l’Iran depuis plusieurs années. Les manifestations les plus récentes, déclenchées par des revendications sociales et politiques, ont été violemment réprimées.

Selon l’Human Rights Activists News Agency, plus de 7 000 à 30000 personnes auraient été tuées lors de ces soulèvements, dont plusieurs centaines de membres des forces de sécurité. Les autorités iraniennes avancent, quant à elles, un bilan officiel nettement inférieur, alimentant les accusations de dissimulation. « Le peuple iranien ne demande pas la pitié, il réclame sa liberté », martèle Reza Pahlavi, estimant que la population ne souhaite plus réformer le système mais le renverser. « Il est temps d’en finir avec la République islamique. C’est la revendication qui résonne dans le sang versé par mes compatriotes, qui ne nous demandent pas de réformer le régime, mais de les aider à l’enterrer », déclare t-il avec gravité.

Les prises de position du prince interviennent dans un climat géopolitique marqué par la fermeté du président américain Donald Trump. Celui-ci a récemment affirmé qu’un changement de régime en Iran « serait la meilleure chose qui puisse arriver », tout en intensifiant la pression militaire dans le Golfe où un porte-avion stationne déjà dans le Golfe Persique. Deux autres ne devrait pas tarder à le rejoindre laissant penser à une prochaine escalade dans cette partie du Moyen-Orient.

Reza Pahlavi a directement interpellé Washington, espérant transformer la rhétorique américaine en soutien concret. « Monsieur le Président Trump… Le peuple iranien vous a entendu dire que l’aide arrive et il a confiance en vous. Aidez-le, et l’Histoire vous placera aux côtés non seulement de la nation iranienne, mais aussi des plus grands héros du monde », a-t-il lancé.

Toutefois, cette stratégie demeure risquée. Une implication trop visible des États-Unis pourrait fragiliser la légitimité interne de l’opposition, nourrissant la rhétorique nationaliste du régime iranien, qui dénonce régulièrement les ingérences étrangères. Le souvenir de l’Opération Ajax, du nom de cette intervention américaine qui a permis au défunt Shah de revenir sur son trône et mettre fin à la parenthèse gouvernement du Premier ministre Mossadegh (1953).

Une opposition plurielle et concurrentielle, une vision régionale audacieuse

Reza Pahlavi ne limite pas son discours à la transformation interne de l’Iran. Il esquisse également un repositionnement stratégique du pays au Moyen-Orient, fondé sur la coopération régionale et l’ouverture diplomatique. Il a notamment évoqué la possibilité d’un partenariat stratégique avec Israël (qui soutient ouvertement ses actions tant au sein du gouvernement que dans la presse de droite israélienne qui relaie ses interventions), un sujet particulièrement sensible dans le contexte iranien.

 « Nous n’avons aucun problème avec les Israéliens. Israël est un partenaire stratégique très important pour l’Iran, notamment dans la gestion de la crise de l’eau », a-t-il rappelé , soulignant les enjeux environnementaux majeurs auxquels l’Iran est confronté. Sous la monarchie, les deux pays avaient signé de nombreux accords économiques et commerciaux Selon lui, un Iran démocratique pourrait devenir un acteur stabilisateur du Moyen-Orient : « Un Iran libre sera un pilier de stabilité, de paix et de coopération dans la région. »

Malgré sa visibilité, le prince Reza Pahlavi ne représente qu’une composante d’une opposition éclatée. Son poids politique repose largement sur la diaspora, les réseaux militants et sa capacité à attirer l’attention des chancelleries occidentales. Il incarne néanmoins pour une partie des Iraniens une alternative crédible, nourrie par la nostalgie de la monarchie et par le rejet du système théocratique.

D’autres mouvements, comme l’Organisation des moudjahidines du peuple d'Iran (OMPI), revendiquent également un rôle central dans la contestation. Bien que ces derniers peinent à se faire entendre dans le débat public, versant quotidiennement dans l’anti-pahlavisme de base, le fils du Shah reste celui que les Iraniens de la diaspora suivent assez massivement. Sur les réseaux sociaux, ses posts partagés autant de fois qu’il a de cenatines de milliers de followers, dans ce qui ressemble à une vaste campagne pour le promouvoir.  Ces divergences illustrent néanmoins les fractures idéologiques profondes qui traversent le camp anti-régime, partagé entre monarchistes, républicains laïcs, mouvements révolutionnaires et courants réformistes. Le défi du prince consiste précisément à fédérer ces forces disparates autour d’un projet politique commun. Il plaide notamment pour une transition négociée afin d’éviter un effondrement institutionnel brutal. Il appelle ainsi à encourager les défections au sein de l’appareil d’État, redoutant un scénario comparable au chaos irakien après la chute de Saddam Hussein. « Le monde doit choisir : se ranger du côté du peuple iranien ou cautionner ses oppresseurs », a-t-il résumé, cherchant à inscrire son combat dans un affrontement idéologique global.

En s’exprimant à Munich, Reza Pahlavi a tenté de transformer une tribune diplomatique en levier politique international. Son discours s’inscrit dans une stratégie visant à conjuguer contestation intérieure, mobilisation de la diaspora et pression occidentale pour provoquer un basculement du régime iranien. Toutefois, entre fragmentation de l’opposition, solidité de l’appareil sécuritaire iranien et prudence des puissances occidentales face au risque d’embrasement régional, la trajectoire vers un changement politique à Téhéran demeure incertaine.

Dans cette équation instable, le prince héritier poursuit son pari : convertir son héritage historique en force politique capable d’incarner l’avenir d’un Iran en quête de transformation.

Copyright@Frederic de Natal

Date de dernière mise à jour : 15/02/2026