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Iran : entre chaos et transition, le moment Pahlavi ?

Interview événement sur la télévision américaine, messages vidéo adressés aux Iraniens, relais dans la diaspora et contacts revendiqués à Washington : depuis l’élimination du Guide suprême Ali Khamenei lors de frappes israélo-américaines, le prince Reza Pahlavi multiplie les prises de parole. Une stratégie médiatique millimétrée pour s’imposer comme figure de transition dans un Iran en pleine incertitude.

À la faveur d’un séisme géopolitique provoqué par les frappes israéliennes et américaines ayant entraîné la mort du Guide suprême iranien le 18 février 2026, le prince Reza Pahlavi, 65 ans, intensifie ses appels à une transition démocratique.

Entre messages vidéo, interviews américaines et contacts à Washington, le fils du dernier shah se présente en « trait d’union » vers un nouvel Iran, au risque d’alimenter les tensions régionales.

 

 

Le prince Pahlavi s’impose en leader de transition

Depuis son exil consécutif à la révolution islamique de 1979, qui a mis fin à la monarchie, le prince Reza Pahlavi s’est toujours gardé de revendiquer un retour dynastique pur et simple. Mais la mort de Ali Khamenei, à la suite de frappes israéliennes et américaines contre des cibles iraniennes, a changé la donne.

Dans un entretien accordé à 60 Minutes, sur la chaîne CBS, le prince a confié vivre ce moment comme une responsabilité historique : « L’Iran a été au centre de mes préoccupations chaque année de ma vie. Chaque matin, au réveil, ma première pensée est pour l’Iran. ». Convaincu que « le système est au bord de l’effondrement », il appelle à une transition pacifique, exhortant les forces de sécurité et les responsables du régime à « se retirer et céder le pouvoir ». Toute tentative de désigner un successeur à Khamenei serait, selon lui, « non seulement illégitime, mais complice des crimes de la République islamique ».

Loin de toute improvisation, Reza Pahlavi expose un socle programmatique en quatre points : « Premièrement, l’intégrité territoriale de l’Iran. Deuxièmement, une séparation claire entre la religion et l’État, condition sine qua non de la démocratie. […] Troisièmement, l’égalité de tous les citoyens devant la loi et le respect des libertés individuelles. Et surtout, le processus démocratique qui permet au peuple d’élire et de décider du futur système de gouvernement. ». Dans cette optique, il ne revendique pas un trône mais un rôle transitoire : « Je ne pense pas qu’une personne dans ma position puisse s’attendre à recevoir un jour le soutien officiel d’un gouvernement étranger. Ce que je sais aujourd’hui, c’est que des millions d’Iraniens, en Iran et à l’étranger, font appel à moi. […] Non pas pour briguer un mandat politique, mais pour être un trait d’union vers cet avenir. ».

Le prince affirme par ailleurs envisager la paix avec Israël et plaide pour le démantèlement complet du programme nucléaire iranien — position qui rompt radicalement avec la doctrine stratégique de la République islamique et prétexte au déclenchement de l’opération Lion rugissant par Washington et Israël.

 

 

Washington, prudence et calculs

Reza Pahlavi reconnaît être en contact avec l’administration de Donald Trump ainsi qu’avec des membres du Congrès et n'a pas hésité à saluer son initiative militairre. En janvier, le président américain s’était montré circonspect : « Je ne sais pas si son pays accepterait son leadership. Si c’était le cas, cela me conviendrait parfaitement. ». Cette prudence traduit un dilemme stratégique pour Washington : soutenir ouvertement une figure d’opposition pourrait renforcer sa crédibilité internationale en matière de défense des libertés, mais exposerait également les États-Unis à l’accusation d’ingérence.

Le prétendant au trône du Paon s’est dit prêt à rentrer dans son pays, « dès que possible, que ce soit avant ou juste après l'effondrement du régime ». Reste pourtant une question décisive : Reza Pahlavi incarne-t-il réellement une alternative crédible pour l’ensemble des Iraniens ? Si une partie de la jeunesse et de la diaspora voit en lui un symbole d’unité et de modernité, d’autres rappellent les zones d’ombre du régime de son père. Rien n’indique non plus qu’à ce stade, il serait réellement plébiscité par la population en dépit des clameurs en sa faveur entendues dans tout le pays lors de manifestations anti-mollahs. Le prince, conscient de porter un héritage ambivalent, insiste sur son rôle de transition et réfute toute volonté de restaurer la monarchie. « Le peuple décidera du futur système de gouvernement », répète-t-il avec satiété.

Dans un récent message vidéo, le prince Reza Pahlavi a d’ailleurs exhorté les militaires, policiers et membres des forces de sécurité à rejoindre « le peuple iranien et la Révolution du Lion et du Soleil » — référence à l’ancien emblème national. « Vos armes doivent servir à protéger les Iraniens contre les agents de la République islamique », a-t-il déclaré, évoquant la fin d’un « cauchemar de quarante-sept ans », affirmant à ses compatriotes que la victoire est proche.

Il a également appelé la population à une mobilisation graduée mais massive : chants nocturnes, démonstrations publiques, présence « décisive » dans les rues, tout en soulignant la nécessité de préserver la sécurité des manifestants. Aux diasporas, il a demandé d’amplifier le soutien à ce qu’il qualifie d’« intervention humanitaire » et d’œuvrer à la chute complète du régime.  Des appels au soulèvement afin de légitimer un éventuel retour teintée de manifestations en sa faveur dans les grandes capitales occidentales.

 

 

Analyse géopolitique : un séisme régional

L’élimination du Guide suprême constitue un choc inédit depuis 1979. Elle fragilise l’architecture institutionnelle iranienne, où le pouvoir religieux concentrait l’essentiel des leviers stratégiques. Plusieurs scénarios se dessinent en cas de chute de la République islamique : une lutte de pouvoir entre factions des Gardiens de la Révolution pourrait déboucher sur une instabilité prolongée, voire un éclatement de l’autorité centrale comme en Irak voisin après le renversement du Président Saddam Hussein par les Américains en 2003, un putsch de la part de généraux radicaux, suspendant toute perspective démocratique ou dans le meilleurs des cas, une transition négociée, sous pression populaire et internationale pourrait émerger, incluant des figures de l’opposition comme le prince Reza Pahlavi.

Sur le plan régional, les répercussions sont majeures. L’Iran est un acteur clé en Irak, en Syrie, au Liban (notamment par le biais du mouvement du Hezbollah) et au Yémen (ici Téhéran s’est livrée à une guerre de l’ombre et d’influence contre l’Arabie saoudite). Un affaiblissement brutal de Téhéran redessinerait l’équilibre des forces au Proche-Orient. Israël verrait dans la désorganisation iranienne un avantage stratégique immédiat, mais redouterait également l’imprévisibilité d’acteurs non étatiques.

Pour les États-Unis, l’opération militaire ouvre une séquence incertaine : si l’objectif était d’entraver le programme nucléaire iranien, la disparition du Guide suprême et de dizaines d’autres officiels créent un vide politique dont l’issue reste imprévisible et voir émerger des courants indépendantistes en Iran jusqu’ici réduit au silence par les mollahs (Azéris, Kurdes…). La Russie et la Chine, partenaires de Téhéran, pourraient tenter de préserver leurs intérêts, accentuant la dimension multipolaire de la crise. Sans compter le plan économique avec une hausse prévisible du cours du pétrole et du gaz. En raison de leur proxmité avec les États-Unis , abritant des bases américaines, les monarchies du Golfe Persique (Qatar, Koweït, Bahreïn, Arabie saoudite, Émirats arabes unis…) ont été ciblées par les Iraniens . A court terme, elle pourraient, elles-mêmes, être déstabilisées, proies de djihadisme en tout genre.

À l’heure où l’Iran traverse l’une des crises les plus graves de son histoire contemporaine, Reza Pahlavi tente de transformer quarante-sept années d’exil en capital politique. Entre appels à la mobilisation, discours de réconciliation et contacts internationaux, il se pose en garant d’une transition démocratique. Mais dans un pays où les équilibres militaires, religieux et géopolitiques demeurent fragiles, dans un Golfe persique où tous les regards sont tournés l’histoire reste à écrire. L’après-Khamenei pourrait ouvrir la voie à une refondation historique — ou à une nouvelle ère d’incertitudes.

Copyright@Frederic de Natal

Date de dernière mise à jour : 02/03/2026