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Farah Pahlavi : « Si les Iraniens le décident, la monarchie pourra renaître »

Près d'un demi-siècle après la chute de la monarchie iranienne, l'impératrice Farah Pahlavi continue de porter la voix d'une partie de l'opposition en exil. Dans un récent entretien, elle appelle à une transition démocratique et estime qu'un référendum pourrait conduire les Iraniens à choisir une monarchie constitutionnelle inspirée du modèle espagnol. 

Dans un entretien accordé au quotidien italien Corriere della Sera, l’impératrice Farah Pahlavi revient sur près d’un demi-siècle d’exil, la chute de la monarchie iranienne en 1979 et l’avenir de son pays.

Veuve du dernier chah d’Iran, elle estime que le changement politique ne pourra venir que du peuple iranien lui-même, tout en plaidant pour une transition démocratique qui pourrait, selon elle, s’inspirer de la monarchie constitutionnelle espagnole.

 

 

Une voix historique de l’Iran en exil

À 87 ans, Farah Pahlavi demeure l’une des figures les plus emblématiques de l’Iran pré-révolutionnaire. Dans un entretien accordé à la journaliste Candida Morvillo pour le Corriere della Sera, elle livre un témoignage à la fois intime et politique, alors que son pays traverse une période de profondes tensions internes et internationales.

Dernière impératrice de l’Iran, Farah Diba épouse en 1959 le shah Mohammad Reza Pahlavi (1919-1980), qui règne sur le pays depuis 1941. Issue d’une famille de la bourgeoisie iranienne, elle avait étudié en France, à l’École spéciale d’architecture de Paris, avant son mariage avec le souverain. Son parcours symbolisait alors, pour les partisans de la monarchie, l’ouverture d’un Iran moderne tourné vers l’Occident, l’éducation et l’émancipation féminine.

Son règne comme impératrice est marqué par de grandes transformations sociales et économiques, notamment la « Révolution blanche » lancée par le chah au début des années 1960 : réforme agraire, développement industriel, alphabétisation, extension des droits civiques des femmes et modernisation des institutions. Ses opposants dénonçaient cependant un régime autoritaire, marqué par la répression politique et l’omniprésence de la police secrète SAVAK. La révolution islamique marque la fin de la monarchie. Le 16 janvier 1979, Mohammad Reza  et Farah Pahlavi quittent définitivement l’Iran. Quelques mois plus tard, la République islamique est proclamée sous la direction de l’ayatollah Ruhollah Khomeini.

Depuis, l’impératrice Farah Pahlavi vit en exil, partageant son temps entre la mémoire de son époux, décédé en Égypte en 1980, et son soutien aux aspirations démocratiques d’une partie de la société iranienne.

Interrogée sur les tensions actuelles autour de l’Iran et notamment sur les frappes américaines contre le pays sous la présidence de Donald Trump, la shabbanou Farah Pahlavi affirme avoir ressenti « une profonde inquiétude » et « une immense tristesse » face aux pertes humaines.

Pour elle, le véritable enjeu dépasse les affrontements géopolitiques entre puissances étrangères : « Je sais que, depuis quarante-sept ans, le grand perdant reste le peuple iranien. », déclare t-elle.

L’ancienne impératrice refuse l’idée que la chute du régime puisse être imposée de l’extérieur. Selon elle, seul un mouvement venu de l’intérieur du pays pourra provoquer un changement durable. « Ce régime tombera uniquement par l’action du peuple iranien, depuis l’intérieur du pays. Mais nous avons besoin du véritable soutien des grandes puissances, pas d’une solidarité de façade. », rappelle-t-elle, un brin excédée par les tergiversations et déclarations du Président Donald Trump. Le dirigeant américain et son allié israélien ont lancé une opération militaire en février 2026 mais celle-ci piétine actuellement avec une crise économique mondiale pour première conséquence.

Une position qui rejoint également les déclarations répétées de son fils, le prince héritier Reza Pahlavi (né en 1960), qui appelle depuis plusieurs années à une transition politique vers un système démocratique.

 

 

Reza Pahlavi et la question de la transition politique

Dans cet entretien, l’impératrice Farah Pahlavi évoque largement le rôle que pourrait jouer son fils en cas d’effondrement de la République islamique.

Selon elle, Reza Pahlavi aurait accepté d’assumer un rôle politique dans une période de transition, en réponse aux demandes d’une partie des opposants iraniens. « Le prince Reza a décidé d’assumer la direction de la période de transition. Il travaille depuis longtemps sur ce projet, à la suite des sollicitations de nombreux Iraniens qui demandent son retour et son leadership pour libérer le pays. », assure l’épouse du dernier shah d’Iran.

Depuis l’étranger, Reza Pahlavi s’est imposé comme l’une des principales figures de l’opposition monarchiste et laïque iranienne. Il affirme toutefois que l’avenir institutionnel de l’Iran devra être décidé par les Iraniens eux-mêmes. C’est précisément sur ce point que Farah Pahlavi insiste : la restauration monarchique ne pourrait être légitime qu’à travers un choix populaire.

La question centrale de l’entretien porte sur l’avenir de la monarchie iranienne. Farah Pahlavi rappelle d’ailleurs que la monarchie persane possède une histoire de plus de 2 500 ans, tandis que la République islamique n’existe que depuis 1979. Selon elle, une partie de la population iranienne pourrait aspirer à retrouver une période associée à la stabilité et au développement. « Si, une fois libéré, le peuple iranien choisit par référendum le rétablissement de la monarchie, le modèle constitutionnel espagnol pourrait représenter une source d’inspiration. », ajoute t-elle.

La référence à l’Espagne n’est pas anodine. Après la mort du général Francisco Franco en 1975, le roi Juan Carlos Ier a joué un rôle majeur dans la transition démocratique espagnole, transformant la monarchie en institution constitutionnelle. Pour Farah Pahlavi, ce modèle pourrait offrir une voie permettant de concilier tradition historique et démocratie moderne : une monarchie parlementaire où le souverain aurait un rôle symbolique, tandis que le pouvoir politique reviendrait aux institutions élues.

La question du retour de la monarchie divise la diaspora iranienne. Si une large partie reconnaît le leadership du prince Reza Pahlavi, les sondages montrent que les monarchistes sont loin d’être majoritaires, bien qu’au-dessus des autres courants politiques. A ce jour, nul ne sait ce que les Iraniens eux-mêmes souhaiteraient en réalité au-delà des slogans criés en faveur des Pahlavis lors des manifestations contre le régime des mollahs qui répriment vaillamment toute contestation.

 

 

Farah Diba, une impératrice symbole de l’Iran moderne

Au fil de l’entretien, l'Impératrice Farah Pahlavi revient également sur son parcours personnel. Elle raconte la jeune femme qu’elle était avant de devenir impératrice : une étudiante iranienne passionnée par la culture française, attachée à son indépendance et à l’éducation.

Elle rappelle notamment le rôle de sa mère, qui refusait les mariages arrangés et encourageait l’instruction des femmes. Selon elle, l’objectif du règne de Mohammad Reza Pahlavi était de faire de l’Iran : « Une nation avancée et respectée dans le monde, où chacun puisse vivre dans la prospérité, la sécurité et la dignité. ».

Elle insiste particulièrement sur la place accordée aux femmes durant cette période, affirmant que l’Iran avait réalisé d’importantes avancées dans le domaine de l’égalité entre hommes et femmes avant la révolution islamique.

La réforme dont elle demeure la plus fière reste la Révolution blanche, qu’elle considère comme un tournant majeur ayant permis au pays de sortir d’un système féodal et d’entrer dans la modernité.

L’un des passages les plus émouvants de l’entretien concerne le départ de Téhéran en janvier 1979. Farah Pahlavi se souvient d’un Shah profondément marqué par l’exil forcé. « Je garde le souvenir bouleversant du départ : la profonde tristesse qui se lisait sur le visage du Shah. », évoque t-elle

Dans son journal intime écrit à bord de l’avion qui emmenait la famille impériale vers l’Égypte, elle expliquait alors qu’elle aurait préféré mourir dans son pays plutôt que commencer un long exil. Près d’un demi-siècle plus tard, son regard a changé. Elle affirme aujourd’hui tirer sa force de la jeunesse iranienne qui manifeste contre le régime islamique.

« Je suis heureuse d’être encore en vie pour assister à la renaissance de la jeunesse de mon pays. », se réjouit-elle. Un brin prophétique ?

Farah Pahlavi confie également la douleur des années d’exil, notamment après la disparition tragique de deux de ses enfants : la princesse Leila, décédée en 2001, et le prince Ali-Reza, mort en 2011. Elle explique avoir continué à vivre pour ses deux autres enfants et pour les familles iraniennes frappées par les violences politiques. L’impératrice évoque aussi sa reconnaissance envers l’ancien président égyptien Anouar el-Sadate, qui fut l’un des rares dirigeants étrangers à offrir une protection réelle au couple impérial après leur départ d’Iran.

Elle rappelle que beaucoup de responsables politiques qui avaient soutenu le chah avant 1979 lui auraient ensuite tourné le dos.

Si Farah Pahalvi pouvait retourner à Téhéran, sa première action serait de rapporter une poignée de terre iranienne que Mohammad Reza Pahlavi avait emportée avec lui lorsqu’il quitta son pays. Un geste hautement symbolique pour celle qui considère que l’histoire de l’Iran ne s’est pas arrêtée en 1979. Elle conclut en affirmant croire au retour de la liberté et à la capacité de la jeunesse iranienne à écrire une nouvelle page de son histoire.

 

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Date de dernière mise à jour : 28/07/2026