Dans un contexte de tensions régionales accrues et d’incertitudes politiques à Téhéran, l’impératrice Farah Pahlavi est sorti de sa réserve. Depuis son exil parisien, la veuve du Shah Mohammad Reza Pahlavi appelle à une transition « pacifique et souveraine », affirmant que « l’avenir de l’Iran ne doit pas être décidé à l’extérieur de ses frontières » mais par la seule volonté du peuple iranien.
Dans un entretien accordé à l’AFP le 3 mars 2026, l'Impératrice Farah Pahlavi, 86 ans, a affirméq ue « l’avenir de l’Iran ne devait pas être décidé à l’extérieur de ses frontières » et a appelé la communauté internationale à soutenir « le peuple, pas des calculs géopolitiques », au moment où la mort du guide suprême bouleverse l’équilibre du régime.
Dernière chahbanou d’Iran, Farah Pahlavi est l’épouse du Shah Mohammad Reza Pahlavi, renversé par la révolution islamique de 1979 qui porta au pouvoir l’ayatollah Ruhollah Khomeini. Contraints à l’exil en janvier de cette année charnière, le couple impérial a quitté Téhéran dans un climat d’effondrement politique et de contestation populaire. Depuis Paris, où elle réside, l’ancienne impératrice suit avec attention l’évolution d’un pays qu’elle n’a jamais cessé de considérer comme le sien. Son fils, le prince héritier Reza Pahlavi, installé aux États-Unis, incarne aujourd’hui l’une des figures de l’opposition à la République islamique.
« Les puissances étrangères ont leurs intérêts »
Au cours de l'entretien, l'Impératrice Farah Pahlavi a insisté d’abord sur l'importance du respecte de la souveraineté nationale. « L’avenir de l’Iran ne doit pas être décidé à l’extérieur de ses frontières. Les puissances étrangères ont leurs intérêts, le peuple iranien a son destin », affirme-t-elle.
Alors que les tensions régionales se sont accrues après une offensive israélo-américaine contre l’Iran (« Lion rugissant »), débutée le 28 février 2026, l’ancienne souveraine met en garde contre toute instrumentalisation géopolitique. « Ce que je souhaite, c’est que la communauté internationale soutienne clairement les droits fondamentaux des Iraniens : le droit de choisir leurs dirigeants, de s’exprimer librement, de vivre dans la dignité et la prospérité. Le soutien doit aller au peuple, pas à des calculs géopolitiques », insiste-t-elle.
Son message est double : refus d’une ingérence imposée de l’extérieur, mais appel à un soutien affirmé aux droits humains. « Accompagnez une transition pacifique, encouragez le respect des droits humains. Un Iran libre, stable et en paix serait un partenaire pour le monde et non une source de tension. ».
La mort d’Ali Khamenei, « un moment historique »
Trois jours après l’annonce de la mort du guide suprême Ali Khamenei, Farah Pahlavi reconnaît la portée de l’événement : « Indéniablement un moment d’une gravité et d’une portée historiques ». Depuis des décennies, souligne-t-elle, « le peuple iranien vit sous un régime qui l’a privé de libertés fondamentales et de sa dignité, a isolé notre pays et affaibli ses institutions ».
Mais l’impératrice se montre prudente : « La disparition d’un homme, aussi central soit-il dans l’architecture du pouvoir, ne signifie pas automatiquement la fin d’un système. ». Les structures du régime, rappelle-t-elle, demeurent en place. « Le basculement ne pourra venir que du peuple iranien, qui souhaite très majoritairement en finir avec le régime des mollahs. ». Pour Farah Pahlavi, l’enjeu décisif réside dans la capacité des Iraniens à s’unir : « Ce qui sera décisif, c’est la capacité du peuple iranien à s’unir autour d’une transition pacifique, ordonnée et souveraine vers un État de droit. ». Une transition que, selon elle, son fils Reza Pahlavi « est en train de préparer » en dépit des récentes allégations du Président américain sur le sujet : « Il me semblerait qu'une personne issue de l'intérieur serait plus appropriée. J'ai dit qu'il a l'air d'être quelqu'un de très sympathique, mais il me semblerait plus judicieux de choisir quelqu'un qui est déjà en poste», a déclaré Donald Trump, à propos de l'héritier du trôane du Paon, lors d'une session de questions dans le bureau ovale de la Maison blanche, « et qui jouit d'une certaine popularité, si tant est qu'une telle personne existe. Mais nous avons des gens comme ça. Nous avons des gens plus modérés…», a t-il ajouté.
L’ancienne Shahbanou insiste sur la méthode : « L’avenir de l’Iran ne doit pas être dicté par la violence ou le chaos mais par la volonté libre de ses citoyens. » Elle appelle également les gouvernants actuels « à faire preuve de retenue et à éviter toute effusion de sang ». « Le monde observe. La violence ne ferait qu’aggraver les fractures et retarder la nécessaire réconciliation nationale. », rappelle t-elle.
À 86 ans, Farah Pahlavi incarne à la fois la mémoire d’un Iran impérial et l’espérance d’une partie de la diaspora monarchiste. Si elle ne revendique pas explicitement un retour au trône, elle inscrit clairement son discours dans une perspective de transition politique et de restauration de l’État de droit.
Son message, en forme d’avertissement autant que d’appel, se veut limpide : l’avenir de l’Iran, dit-elle, « appartient aux Iraniens ». Entre effondrement possible du système et recomposition incertaine du pouvoir, la Shahbanou place sa confiance dans une mobilisation intérieure, refusant que le destin de la nation perse soit scellé dans les chancelleries étrangères plutôt que dans la volonté populaire.
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