Invité de CNEWS, le prince Reza Pahlavi a livré une charge virulente contre la République islamique d’Iran. Fils du dernier shah, figure majeure de l’opposition en exil, il affirme que le régime est « au bord de la chute » et se présente comme un acteur clé de la transition politique qu’il estime imminente.
Quarante-six ans après la chute de la monarchie lors de la Révolution iranienne de 1979, la figure de Reza Pahlavi, 65 ans, continue de polariser la vie politique iranienne, bien au-delà de l’exil. Fils du dernier souverain iranien, Mohammad Reza Pahlavi, il vit aujourd’hui aux États-Unis mais s’est progressivement imposé comme l’une des voix les plus audibles de l’opposition à la République islamique d’Iran.
Depuis plusieurs années, l’ancien prince héritier tente de fédérer une opposition fragmentée, tant au sein de la diaspora que dans le pays lui-même. Sur les réseaux sociaux comme dans les mouvements de protestation qui secouent régulièrement l’Iran, son nom apparaît fréquemment comme un symbole possible d’alternative politique.
Invité de la chaîne française d’information CNEWS, le 5 mars 2026, il a livré un diagnostic sans concession sur le pouvoir iranien. « Le régime des mollahs a le dos au mur », a-t-il affirmé, dénonçant une répression massive exercée contre la population et qualifiant les autorités de Téhéran de « régime totalitaire ». Selon lui, la situation intérieure du pays annonce une rupture proche : « Les Iraniens sont conscients de cette fin », assure-t-il, évoquant un soulèvement populaire qui pourrait précipiter la chute du pouvoir en place. Un crédo dont il se fait régulièrement l'écho dans ses interviews.
Depuis le 28 février, date du déclenchement de l'opération Lion rugissant par Israël et États-Unis, c'est toute la région du Golfe persique qui s'est soudainement retrouvée engagée dans un conflit inattendu. Aux frappes israélo-américaines, le régime des mollahs, qui a perdu un nombre important de ses têtes (comme le Guide duprême Ali Khamenei) a fini par réagir et bombarder les pétromonarchies voisines, alliées des États-Unis ou de l'Occident. Une guerre qui a déjà fait de nombreuses victimes sur le sol iranien.
Une figure centrale de la diaspora iranienne qui ne convainc pas Washington
Installée principalement en Amérique du Nord et en Europe, la diaspora iranienne constitue un levier politique essentiel pour l’opposition au régime de Téhéran. Dans cet univers souvent divisé, Reza Pahlavi demeure l’une des rares figures capables de rassembler au-delà des clivages idéologiques.
Le prince héritier affirme d’ailleurs que les appels à son engagement viennent autant de l’intérieur du pays que de l’exil. « Beaucoup d’Iraniens me l’ont demandé, que ce soit de la diaspora comme de l’intérieur (…) de tous les secteurs de la société », explique-t-il. Se présentant comme le « candidat de la transition », il affirme ne pas chercher à imposer un régime particulier. « C’est à la nation de décider du futur de ses institutions », insiste-t-il, évoquant la mise en place d’un référendum entre monarchie constitutionnelle et république.
Si sa figure est bien identifiée dans l’opposition iranienne, son rôle futur reste cependant sujet à débat, y compris chez certains alliés occidentaux. L’ancien président américain Donald Trump a ainsi exprimé à diverses reprises des doutes quant à sa capacité à diriger l’Iran. Une remarque à laquelle le fils du shah a répondu avec prudence lors de son passage sur CNEWS : « Mes compatriotes n’accepteront pas une personne issue de ce régime comme alternative (…) qui n’a pas la confiance du peuple. L’alternative doit être légitime. ».
Dans un message publié en ligne, il rappelle d'ailleurs que « quiconque sera désigné– sera dépourvu de légitimité et considéré comme complice du bilan sanglant de ce régime et de ses dirigeants criminels, Khomeini et Khamenei ». « À tous les anciens et actuels responsables de la République islamique dont les mains ne sont pas tachées du sang de la nation : respectez la volonté du peuple. Remettez le pouvoir immédiatement et pacifiquement. Affirmez votre allégeance à la Révolution du Lion et du Soleil et contribuez à la transition stable et sûre de l'Iran vers un gouvernement national démocratiquement élu », plaide t-il.
Tout en revendiquant des échanges réguliers avec l’administration américaine, il insiste sur la nécessité d’une solution émanant d’abord des Iraniens eux-mêmes.
Une transition rapide et un rôle d’« arbitre »
Dans l’hypothèse d’un effondrement du régime, Reza Pahlavi propose un scénario de transition rapide. Son projet prévoit une période politique limitée, « qui n’excédera pas 100 jours », destinée à préparer un processus démocratique.
Il affirme vouloir agir comme « un arbitre neutre », garant d’une transition laïque et inclusive. « Tous les Iraniens seront traités de manière égale », promet-il, répondant aux accusations récurrentes de tribalisme ou de favoritisme ethnique. En revanche, il se montre ferme face aux mouvements séparatistes parmi lesquels les Kurdes qui seraient tentés par proclamer leur propre état. Ceux-ci « restent une minorité » et pourraient, selon lui, « plonger le pays dans une guerre civile ».
Le prince héritier plaide également pour une rupture stratégique majeure dans la politique étrangère iranienne. Un Iran libéré du régime actuel, estime-t-il, pourrait « stabiliser la région ». Dans cette perspective, il n’exclut pas un rapprochement avec Israël, affirmant que les deux nations entretiennent des liens historiques anciens « depuis la Bible ». Une position qui lui vaut régulièrement les critiques de ses opposants, certains l’accusant d’être trop proche du gouvernement du premier ministre Benjamin Netanyahu.
Le prince Pahlavi a également dénoncé la politique d’« apaisement » menée selon lui par les pays occidentaux face à Téhéran, pointant notamment les hésitations de la France à classer les Corps des gardiens de la révolution islamique comme organisation terroriste.
Quarante ans après la disparition de la monarchie iranienne, la figure de Reza Pahlavi demeure l’un des symboles les plus visibles de l’opposition au régime des mollahs. Entre héritage dynastique, stratégie politique et diplomatie médiatique, le fils du dernier shah tente de se positionner comme l’homme d’une transition possible. Reste une inconnue majeure : si le pouvoir de Téhéran venait à vaciller, le prince héritier parviendrait-il à transformer son capital symbolique en véritable leadership politique dans un pays profondément transformé depuis la révolution de 1979.
Copyright@Frederic de Natal