Offensive politique assumée, dénonciation d’un « régime agonisant », critiques virulentes de la diplomatie occidentale : à Berlin, le prince Reza Pahlavi a tenté d’imposer son agenda au moment où l’Union européenne hésite sur la marche à suivre.
Au cœur d’une Europe divisée face à la guerre en Iran déclenchée en février 2026 conjointement par les États-Unis et Israël, la venue à Berlin de Reza Pahlavi, 65 ans, n’est pas passée inaperçue. Le prince, figure médiatique de l’opposition iranienne et potentiel dirigeant d’un régime de transition, a profité de ce déplacement pour lancer un appel direct au chancelier Friedrich Merz : mettre fin aux négociations avec Téhéran et durcir la ligne diplomatique.
Face à la presse allemande, le ton s’est voulu sans concession. « Aucun accord ne résoudra ce problème », a-t-il martelé, dénonçant un régime dont « la logique répressive est inscrite dans son ADN ». À ses yeux, la stratégie européenne actuelle - maintenir le dialogue - revient à prolonger artificiellement la survie d’un pouvoir qu’il qualifie d’agonisant.
Une offensive politique en pleine crise internationale et une Europe divisée
Le 23 avril 2026, cette prise de parole est intervenue alors que les dirigeants européens se réunissaient simultanément à Chypre pour un sommet de crise consacré aux conséquences du conflit opposant l’Iran à une coalition menée par les États-Unis et Israël. Après plusieurs semaines de tensions militaires et un cessez-le-feu fragile, les capitales européennes peinent à s’accorder sur une ligne commune.
Dans ce contexte, le prince Reza Pahlavi tente d’imposer une alternative : celle d’un changement de régime soutenu de l’extérieur. Il appelle notamment à des mesures concrètes - expulsion des diplomates iraniens, isolement politique, reconnaissance d’un éventuel gouvernement de transition - estimant que « rien n’a été fait pour mettre fin aux exécutions ni pour libérer les prisonniers politiques ». Si le prince devait rencontrer plusieurs parlementaires allemands, dont Armin Laschet, figure de la commission des affaires étrangères du Bundestag, le gouvernement fédéral a, lui, clairement pris ses distances. Le porte-parole de la majorité, Stefan Kornelius, a rappelé que « le régime iranien reste l’interlocuteur privilégié ».
Une position qui illustre le malaise allemand : entre volonté de maintenir des canaux diplomatiques et pression croissante pour condamner plus fermement Téhéran. La visite a également ravivé les critiques liées à l’héritage des Pahlavi. La sénatrice berlinoise Felor Badenberg a ainsi rappelé que « la monarchie d’avant 1979 reste associée à la répression », accusant le prince de ne pas avoir clairement rompu avec ce passé.
Mais c’est surtout dans son discours public que Reza Pahlavi a cherché à marquer les esprits. Dénonçant une forme d’indifférence occidentale, il a évoqué les dizaines de milliers d’Iraniens tués lors des manifestations récentes et le silence médiatique qui les entoure. « Le peuple iranien ne demande pas qu’on fasse la révolution à sa place », a-t-il insisté, « mais simplement qu’on cesse de légitimer ceux qui l’oppriment ». Dans un registre plus offensif encore, il a accusé certains responsables européens de préférer « préserver le statu quo » plutôt que de soutenir une transition démocratique.
L’hypothèse d’un Iran post-régime, un pari risqué pour l’Europe
Loin de la diplomatie, c’est aussi sur le terrain moral que Reza Pahlavi a voulu frapper. Lors de ses conférences de presse, il a dénoncé avec virulence ce qu’il perçoit comme une indifférence occidentale face à la répression en Iran.
Au-delà de la dénonciation, le prince Reza Pahlavi a esquissé une vision : celle d’un Iran débarrassé de la République islamique et capable de redevenir un acteur stabilisateur au Moyen-Orient. Selon lui, une transition politique ouvrirait la voie à une coopération régionale et mettrait fin aux conflits par procuration qui déstabilisent le Liban, le Yémen, l’Irak ou encore la Syrie. Il va même plus loin en estimant que les frappes visant les infrastructures du régime pourraient « rééquilibrer les forces » en faveur des manifestants. Reste que Reza Pahlavi place les Européens face à un dilemme stratégique majeur : continuer à dialoguer avec un régime contesté ou accompagner, au risque de l’instabilité, une dynamique de rupture, « choisir entre un régime agonisant et un Iran libre ».
À Berlin comme ailleurs, la réponse est loin d’être tranchée. Mais une chose est certaine : en s’invitant dans le débat européen au moment le plus critique, le prince iranien a replacé la question iranienne au cœur d’un choix politique fondamental — celui entre realpolitik et soutien assumé à un changement de régime.
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