Au cœur du Palais royal de Dedinje, à Belgrade, une rencontre hautement symbolique s'est tenue entre deux maisons royales prestigieuses, frappées du sceau de la tragédie : celle de Serbie et de Russie.
Plus qu'une simple visite de courtoisie entre représentants de dynasties, c'est une rencontre importante qui s'est déroulée au Palais blanc de Belgrade et qui a également rappelé la profondeur des liens qui unissent depuis des siècles les peuples serbe et russe, ainsi que leurs anciennes maisons régnantes.
Des liens forgés dans l’histoire et une foi commune à la Russie et la Serbie
La rencontre est historique et l’instant solennel. C’est une famille royale au grand complet qui a accueilli officiellement le couple impérial russe au Palais blanc de Belgrade, ce 12 juin 2026.
Au sein du complexe royal, le prince Alexandre Karageorgevitch (80 ans), prétendant au trône de Serbie, son fils cadet le prince Filip (44 ans) et l’épouse de celui-ci ont reçu le grand-duc Georges Romanov (45 ans) et son épouse, la princesse Victoria Romanovna (44 ans). « C’est grand plaisir pour moi d'accueillir nos estimés invités au Palais royal et de discuter avec eux de l'importance de préserver le patrimoine historique, spirituel et culturel qui unit nos peuples et nos dynasties .», a déclaré le prince Filip (44 ans) à l'issue de cette rencontre.
Les deux familles entretiennent depuis longtemps des relations privilégiées, nourries par une proximité religieuse, culturelle et historique. Comme l'a rappelé le prince héritier serbe : « Les familles Karageorgévitch et Romanov sont liées par des liens d'amitié anciens et sincères, un respect mutuel et une foi orthodoxe partagée. », a ajouté le petit-fils du roi Pierre II.
Cette affirmation trouve son origine dans plusieurs siècles de relations étroites entre la Russie impériale et la Serbie. Dès le XVIIIe siècle, les tsars russes se sont présentés comme les protecteurs naturels des peuples slaves orthodoxes des Balkans. Tout au long du XIXe siècle, la Russie a soutenu les aspirations nationales serbes face à l'Empire ottoman et a joué un rôle déterminant dans l'affirmation de l'indépendance du royaume de Serbie. Les souverains des deux pays partageaient non seulement des intérêts géopolitiques, mais également une même vision spirituelle fondée sur l'orthodoxie. Cette proximité atteignit son apogée au début du XXe siècle lorsque l'empereur russe Nicolas II apporta son soutien au royaume de Serbie lors de la crise de 1914 et qui aboutira à la Première Guerre mondiale.

Le souvenir du roi Alexandre Ier et l'accueil des Russes blancs
La rencontre de Dedinje a également été l'occasion de rappeler un épisode majeur de l'histoire commune des deux nations : l'accueil des réfugiés russes après la révolution bolchevique.
Le prince Filip a rendu hommage à son arrière-grand-père, le roi Alexandre Ier de Yougoslavie (1921-1934), qui a largement ouvert les portes du royaume aux exilés russes. « Animé par un amour fraternel pour le peuple russe et un profond attachement à nos valeurs orthodoxes communes, mon arrière-grand-père, Sa Majesté le roi Alexandre Ier l'Unificateur, à ouvert les portes de son pays à des dizaines de milliers de réfugiés russes », a-t-il rappelé.
Plus de 100 000 Russes trouvent refuge à Belgrade et vont largement influencer la politique du royaume yougoslave. Parmi ces exilés figuraient des officiers impériaux, des scientifiques, des universitaires, des artistes, des membres du clergé et d'anciens hauts responsables de l'Empire russe. Beaucoup d'entre eux participèrent activement à la modernisation du Royaume des Serbes, Croates et Slovènes. Selon le prince Filip, « grâce à son soutien, nombre d'entre eux poursuivirent leur œuvre dans notre pays et marquèrent profondément le développement de l'État, de la culture, des sciences et des arts. »
Le choix du Palais royal de Dedinje comme lieu de rencontre revêtait lui-même une forte portée historique. Le prince héritier a souligné qu'il s'agit d'un édifice conçu par l'architecte russe Nikolaï Krasnov, figure majeure de l'architecture impériale russe. « Il est significatif que cette rencontre se soit tenue précisément au Palais royal de Dedinje, un édifice magnifique conçu par le célèbre architecte russe Nikolaï Krasnov, l'un des architectes les plus éminents de la fin de l'Empire russe. », explique le fils du prince Alexandre ;
Ancien architecte des résidences impériales en Crimée, Krasnov trouve refuge en Yougoslavie après la révolution de 1917. Son œuvre demeure aujourd'hui l'un des symboles les plus visibles de l'amitié entre les deux peuples. Le prince Filip a d'ailleurs insisté sur cette dimension historique en affirmant que « le Palais royal demeure l'un des plus beaux témoignages de cette rencontre historique entre le peuple serbe et l'émigration russe, ainsi qu'un récit intemporel de la proximité de nos peuples et des liens qui, à travers l'histoire, ont uni la maison de Karageorgevitch et la maison des Romanov. »
Les deux pays partagent également la même religion : orthodoxe. Lors de la chute de Constantinople en 1453, l’Église serbe a reconnu Moscou comme étant « la troisième Rome ». Au cours des guerres napoléoniennes, la Russie occupera durant un temps la Serbie et le Monténégro avant de devoir l’évacuer lors du traité de Tilsitt (1807). C’est d’ailleurs ce accord qui empêche la Russie d’intervenir lors du soulèvement de Kara Georges le Noir (1762-1817), fondateur de la dynastie qui porte son nom.

Le rôle des dynasties dans le monde contemporain
Au cours de leurs échanges, les représentants des deux maisons ont évoqué la place que peuvent encore occuper les anciennes dynasties dans les sociétés contemporaines.
« Nous avons évoqué l'importance de cultiver ces liens, ainsi que le rôle que les dynasties historiques peuvent jouer dans la préservation des traditions, le soutien aux initiatives humanitaires et culturelles et le renforcement de l'amitié entre la Serbie et la Russie », a expliqué le prince héritier serbe.
Cette vision est également incarnée par le grand-duc Georges Romanov et son épouse Victoria Romanovna, très engagés dans des œuvres philanthropiques et culturelles, reconnues en Russie où la maison impériale a été largement réhabilitée depuis la chute du communisme. Le prince Filip a ainsi salué son invité comme celui qui « perpétue le glorieux héritage de la Maison Romanov » et a souligné que le couple princier « s'engage activement dans de nombreuses actions caritatives et d'utilité publique. ». Pour les observateurs des dynasties européennes, cette rencontre dépasse largement le cadre familial. Sous les plafonds du Palais royal de Dedinje se sont retrouvés les héritiers de deux maisons qui ont profondément marqué l'histoire de l'Europe orientale.
Comme l'a résumé le prince Filip, cette réunion avait une portée particulière puisque « sous le toit de la Maison Karageorgévitch se sont réuni les descendants de deux dynasties qui ont profondément marqué l'histoire de leurs peuples et dont les liens, à travers les siècles, se sont fondés sur le respect mutuel, l'alliance et une tradition orthodoxe partagée. ». Deux monarchies qui ont été frappées du sceau de la tragédie lors de deux Guerre mondiale avec la révolution de 1917 qui a mis fin à la monarchie des Romanov, puis l’arrivée au pouvoir du maréchal Tito en 1945 qui a stoppé tout retour du roi Pierre II, contraint à l’exil après l’invasion de la Yougoslavie par les nazis.
À travers cette visite, les maisons Karageorgévitch et Romanov ont réaffirmé leur volonté de préserver une mémoire commune forgée par les épreuves de l'histoire, les alliances entre souverains et la solidarité entre deux peuples frères. Et le prince héritier de conclure avec optimisme : « Je suis convaincu que les relations amicales entre nos maisons continueront à l'avenir de contribuer au renforcement des liens spirituels et culturels entre nos peuples, pour le bien des générations futures. ».
Une déclaration qui résume parfaitement l'esprit de cette rencontre : celui d'une amitié russo-serbe héritée des monarchies d'hier, mais que leurs descendants entendent faire vivre au XXIe siècle.
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