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Les Romanov-Ilyinsky, une branche méconnue de la maison impériale

3 générations de Romanov Ilyinsky : de gauche à droite, Dimitri, Paul et Michel« Il est temps pour la famille Romanov de mettre de côté ses divisions (…) et de travailler ensemble afin qu’elle contribue, main dans la main, à la construction de la Russie moderne ». Prononcée en mai 2017 lors d’un bal organisé à New –York et devant la fine fleur de l’aristocratie russe réunie pour cette occasion, la phrase du prince Dimitri Romanov-Ilyinsky n'est pas passée inaperçue. Son nom évoque la grandeur d’un empire emporté par la tourmente d’une révolution et reste étroitement lié à un des assassinats le plus célèbre de l’histoire russe. Des palais de Saint-Pétersbourg à la mairie de Palm Beach, les Romanov-Ilyinsky sont assurément la branche la plus américaine mais aussi la plus méconnue de la maison impériale de Russie.

Dimitri pavlovitch gauche et felix yossoupov droiteAlors qu’il fait sa ronde le 30 décembre près du pont Petrovsky de Saint- Pertsbourg, un policier aperçoit un corps gelé qui flotte dans la Neva. Tiré de sa prison de glace, le visage du policier se fige. Emmitouflé dans un manteau de castor, git devant lui Gregori Efimovitch Raspoutine. Nous sommes en 1916, la monarchie n’a plus que quelques mois à vivre avant d’être emportée par une révolution comme l’a prédit ce moine à qui on reprochait une influence trop importante à la cour impériale et auprès de la Tsarine Alexandra de Hesse qui lui devait la vie de son fils hémophile, Alexis. C’est un véritable complot qui a été organisé pour mettre fin à sa vie et ses débauches publiques. Revenu du front, Nicolas II convoque un des protagonistes de cette affaire. Il s’agit du Grand-duc Dimitri Pavlovitch, petit-fils du Tsar Alexandre II. A 25 ans, le prince a un physique avantageux agrémenté  d’une grâce  et d'une beauté naturelle toute slave qui fait tourner bien des têtes à la cour. On lui prête une liaison avec la reine Marie de Roumanie et une amourette avec sa cousine, la Grand-duchesse Olga Nikolaïevna. On évoque même en 1912 des fiançailles officielles  entre la fille du tsar  et ce sportif  accompli qui seront promptement ajournées par la Tsarine. La  réputation du Grand-duc l’a précédé et si l’homme affole les femmes, il attise aussi la passion de la gente masculine. Les rumeurs vont bon train sur ce sujet et son amitié poussée avec l’un des princes les plus riches de Russie, Félix Youssoupov,  alimente toutes les conversations. Les deux amants nieront toute leur vie avoir eu des rapports intimes et n’être lié que par ce meurtre qui contraint Dimitri à l’exil. Ici commence l’aventure méconnue de la branche des Romanov-Ilyinsky.

Nicolas ii sa fille tatiana et le grand duc dimitriEnvoyé en Perse, il est acclamé par le régiment de cosaques qui le reçoit. Lorsqu’il apprend l’abdication du Tsar, sa hiérarchie le presse de partir, craignant pour sa vie. La Russie entre dans une guerre civile qui va durer près de 4 ans où s’affrontent partisans de la monarchie (blancs) et communistes (rouges). A Londres, la nouvelle de l’exécution de la famille impériale (1918) et les perspectives d’une restauration tsariste agitent le Foreign Office qui cherche un prince à couronner. Le nom de Dimitri est avancé par Sir Charles Murray Marling alors ambassadeur britannique à Téhéran. Le projet sera avorté. Ses relations avec Youssoupov deviennent aigres et en 1920, il quitte le Royaume-Uni (où il s’était réfugié) pour Paris, lieu de tous les espoirs pour la communauté russe qui n’a pas oublié l’amitié qui lie la France à leur pays. Amant de Gabrielle « Coco » Channel, il dessine pour elle le célèbre flacon n° 5 emprunté au modèle des flasques à vodka des gardes impériaux. Leur relation est passionnée, destructrice, trop pour la couturière qui parle de lui comme étant « l’un des hommes les plus chers avec lequel elle a couché ». Dans la ville lumière, Dimitri retrouve l’ambiance de la Russie, ses soirées où coulent vodka et champagne, ses amis et les rivalités dynastiques qui divisent les Romanov. Il se positionnera en faveur du Grand-duc Kirill Romanov qui se proclame curateur du trône en 1922 (lignée aujourd’hui représentée par la Grande-duchesse Maria Romanov et son fils le Grand-duc George). C’est à Biarritz qu’il rencontre et épouse Audrey Emery (1904-1971), une américaine fortunée de Cincinatti qui sera titrée princesse Romanovska-Ilinska. Deux ans après leur mariage en 1926, naît le prince Paul Romanov-Ilyinsky.

Paul r ilyinsky avec son pere et sa mereL’enfant va grandir principalement en France. Les bruits de canons vont bientôt se faire entendre. Son père est actif politiquement. Il a rejoint l’union des Mladorossis, ce mouvement qui mélange idéologie monarchiste et communiste avant de s’en séparer, fustige Hitler et ses nazis avant de s’éloigner progressivement des tsaristes, désenchanté. L’opulence de sa  vie n’empêche pas Dimitri Pavlovitch de divorcer de son épouse en 1937. Audrey Emery part se consoler dans les bras du prince Dimitri Djordjadze mais ce second mariage ne sera pas plus heureux  que le premier et se terminera en 1954. Paul reverra son père une dernière fois en 1939 avant d’embarquer pour les Etats-Unis alors que les bottes allemandes approchent de la frontière française. Le neveu du Tsar Nicolas II feint d’ignorer ce qui se passe, se réfugie dans une de ses nombreuses résidences, laisse les nazis piller les autres (sa fabuleuse collection de trains miniatures tombera entre les mains d’Hermann Goering). Tout à son insouciance, faisaint fi des événements graves, le 4 mars 1942, il organise une fête qui se termine tard dans la nuit. L’ultime de sa vie. Il sera terrassé au petit matin par une violente crise d’urémie, à peine âgé de 50 ans.

Paul r ilyinsky a l armeeOrphelin, Paul va grandir dans le culte de l’image d’un père parti trop tôt. Il s’engagera dans les Marines (1946-1952), sert de correspond militaire durant la guerre de Corée où il se distingue, toujours avec ce souci obsessionnel de ressembler à Dimitri Pavlovitch et finit par prendre la direction des entreprises maternelles. « Paul Ilyinsky est un Romanov typique, de taille supérieure à la moyenne, mince, extrêmement charmant et à l'esprit vif » écrit de lui sa hiérarchie. C’est en 1980 qu’il pose ses valises à Palm Beach, en Floride. Profondément conservateur, il a sa carte au Parti Républicain. Il brûle de servir, écrit, fait de la politique et se fait élire conseiller municipal avant d’accéder au poste de maire de la ville qu'il va occuper entre 1993 et 2000. « En fait, je voulais me présenter comme gouverneur de l'État, mais ce poste est occupé par le fils de George W. Bush, ancien président, et son frère est le gouverneur du Texas. Et les deux fonctionnent très bien. Je ne vois aucune raison de rivaliser avec eux, d'autant plus que je suis aussi républicain » explique-t-il avec humour à un magazine russe venu l’interviewer en 1998 alors qu’il est venu rendre hommage aux restes de Nicolas II et de sa famille enterrés en grandes pompes par le Kremlin. Il a d’ailleurs décliné l’offre qui lui a été faîte de revendiquer le trône après le décès du Grand-duc Wladimir Romanov, fils du Grand-duc Kirill. Il n’a aucune appétence pour une couronne bien qu’il soit techniquement le plus proche de celle-ci généalogiquement. Membre de l’Association des membres de la Famille Romanov, il ne reconnaît pas les droits de sa cousine Maria Wladimirovna à prétendre au trône comme il le déclare en 1992 (bien que cela soit contesté). « Je ne suis pas monarchiste, il n'y a pas de tel parti aux USA. À mon avis, toutes ces monarchies constitutionnelles démocratiques déroutent les gens. Mes projets sont plus modestes et ne concernent que Palm Beach. » précise-t-il. Hors de question d’évoquer Raspoutine, « c’est un sujet tabou dans ma famille ».  Impossible de savoir quel fut le vrai rôle de Dimitri Pavlovitch dans cette affaire et qui fut le chauffeur des assassins du Starets.

Les princes dimitri et michel avec leurs epousesPaul R- Ilyinsky [comme il signait ses courriers-ndlr] est décédé en 2004 laissant 4 enfants et autant de petits enfants derrière lui. C’est son fils cadet Michel, 61 ans, qui «  ressemble à Alexandre III » qui assure la continuité historique et dynastique de cette branche Romanov. Il demeure loin de la querelle qui agite les monarchistes. Il a dirigé l’Association des membres de la famille Romanov entre 2007 et 2017 et a été marqué par le destin lui-même. En 1982, il échappe de peu à la mort dans un accident de voiture. Investi dans la réhabilitation de la mémoire des Romanov, il est un photographe reconnu. « Jusqu'à l'âge de vingt ans, je ne savais pratiquement rien de ma famille. Seulement que j'étais de la famille impériale des Romanov et que mon grand-père était un Grand-duc. J'ai commencé à étudier l'histoire, et plus j'en apprenais sur ma famille, plus j'en apprenais sur moi-même. La culture russe m'a fait une énorme impression [il a visité la Russie en 1989-ndlr]. Je me suis particulièrement intéressé au sort de mon arrière-grand-père, le Tsar Alexandre II. C'est incroyable de voir comment en un instant la vie de tout un pays a été chamboulée et a pris une direction complètement différente. Malgré les horreurs de la guerre civile et les représailles contre la famille impériale et Nicolas II, je n'ai aucune haine pour la révolution en tant que telle. C'est un processus historique et il ne sert à rien de s'en vouloir » assure t-il en 2010 à un journaliste venu l’interroger sur son nom. Il se définit comme un « gardien de cette mémoire » et entend réconcilier les deux branches rivales. « Il est temps pour la famille Romanov de mettre de côté ses divisions (…) et de travailler ensemble afin qu’elle contribue, main dans la main, à la construction de la Russie moderne  (…). Nous devons remercier notre cousine Maria pour tous les efforts qu’elle consacre à la Russie  et son combat quotidien » n’avait pas hésité  à déclarer son frère Dimitri (66 ans)  lors du bal annuel de la noblesse russe, en 2017. « Mon grand-père est connu de tous comme ayant été un des meurtriers de Raspoutine. Ces événements  lui ont brisé le cœur  à jamais » croit savoir le prince Michel qui regrette que Dimitri Pavlovitch Romanov n’ait jamais écrit ses mémoires. Un mystère et un nom en guise d’héritage, une ombre qui continue de planer au-dessus des Romanov et qui reste un véritable « Secret d’Histoire » jamais élucidé encore.

Copyright@ Frederic de Natal

Date de dernière mise à jour : 23/12/2020

Commentaires

  • Ghislaine Raoul- Schneider

    1 Ghislaine Raoul- Schneider Le 12/08/2023

    Voici mes coordonnées.

    Merci de m'accepter parmi vous.
    Cordialement
    G.RS
  • Ghislaine Raoul- Schneider

    2 Ghislaine Raoul- Schneider Le 12/08/2023

    Bonjour,

    Merci pour votre travail de recherches historiques. Je n'ai jamais cru à la these " officielle" concernant l'assassinat de RASPOUTINE perpetré soi disant par Felix Yussoupov pour " couvrir" son " bon ami' l'Archiduc Dimitri.

    Je vis en province, à CONCARNEAU à 2 pas du Chateau de KERIOLET.

    Ferue d'histoire, je suis un rat de bibliotheque depuis l'enfance.

    Je viens de voir vos travaux et j'en suis ravie. MERCI
    Cordialement
    G.RS

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