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Royaume-Uni : l’ouverture du Parlement sans les derniers Lords héréditaires

C’est une révolution pour la monarchie britannique. Pour la première fois de son histoire, le roi Charles III va ouvrir le Parlement affranchi de ses pairs héréditaires.

Le cérémonial de l’ouverture du Parlement britannique conservera toute sa solennité. La couronne, les robes d’hermine, les huissiers en uniforme et les traditions séculaires continueront de rythmer l’une des plus anciennes démocraties du monde.  Pourtant, derrière la pompe mise en place depuis des siècles au sein de Westminster, une page d’histoire s’est tournée : pour la première fois, le 13 mai 2026,  l’ouverture du Parlement se déroulera sans la présence des derniers pairs héréditaires de la Chambre des Lords.

Avec l’adoption, en mars 2026, du House of Lords (Hereditary Peers) Act (280 voix pour /243 contre) le Royaume-Uni a mis un terme définitif à un système hérité du Moyen Âge, selon lequel certains membres de l’aristocratie siégeaient au Parlement en raison de leur seule naissance. Une réforme symbolique qui marque la fin d’un lien institutionnel direct entre noblesse et pouvoir législatif.

Le Parlement de Westminsiter @wikicommons/

Une réforme historique : la disparition des derniers pairs héréditaires

Jusqu’en 1999, plusieurs centaines de pairs héréditaires - ducs, marquis, comtes, vicomtes et barons -disposaient automatiquement d’un siège à la Chambre des Lords. La réforme conduite par le gouvernement du Premier ministre Tony Blair (1997-2007)  en avait exclu la quasi-totalité, ne laissant subsister que 92 membres élus par leurs pairs afin de préserver, temporairement, un élément de continuité historique.

Ce compromis devait être transitoire. Plus d’un quart de siècle plus tard, le gouvernement travailliste de Keir Starmer a décidé d’achever cette modernisation constitutionnelle en supprimant les derniers sièges héréditaires. La chef de la Chambre des Lords, n'appartenant pas à la classe aristocratique, la baronne Smith de Basildon, a défendu le texte en des termes sans ambiguïté : « Il n’a jamais été question de la contribution d’individus, mais du principe fondamental selon lequel nul ne devrait siéger au Parlement en vertu d’un titre héréditaire. », a délaré cette Travailliste nommée à ce poste par  Keir Starmer.

Pour le Parti travailliste, cette réforme- la deuxième portée par la Gauche- répond à un impératif démocratique : dans une société moderne, la légitimité parlementaire ne peut plus reposer sur la transmission héréditaire d’un privilège.

Charles Courtenay, le comte de Devon @wikicommons

Charles Courtenay, comte de Devon : « Un pays qui oublie son histoire oublie ses responsabilités »

Parmi les figures les plus marquantes de cette transition se trouve Charles Courtenay, 50 ans, représentant d’une famille dont les origines remontent au XIe siècle.

C’est en effet Mathilde l’Emperesse qui a décidé d’accorder ce titre à son ancêtre Baudoin de Reviers en remerciement de son soutien contre les prétentions du roi Etienne de Blois. Au XIVe siècle, le titre est passé entre les mains de la branche de Courtenay, liée à la maison capétienne du même nom, qui oscillera entre York et Lancastre durant la Guerre des Deux Roses. Trois siècle plus tard, après bien des soubresauts politiques, la famille se divisera entre ducs de Devonshire et comtes de Devon.

Interrogé par Channel 4 News, Lord Charles Peregrine Courtenay  a exprimé sa profonde tristesse : « Un pays qui oublie son histoire, oublie ses responsabilités. ». Le comte a fait valoir qu'il offrait au Parlement un lien précieux avec le passé grâce à ses ancêtres ayant combattu lors des croisades. Pour lui, les pairs héréditaires apportaient à cette institution vénérable une mémoire vivante de la nation :« Avoir, au sein d’une même chambre du Parlement, des membres porteurs d’une mémoire collective remontant à plusieurs siècles permet de préserver ce patrimoine. », a déclaré ce pair héréditaire qui siégeait dans la Chambre des Lords depuis 2015. 

Lucide, il reconnaît néanmoins que la pairie héréditaire n’était « pas très démocratique », reconnaissant que l'institution pouvait avoir quelque chose de discriminant. Mais il estime que cette présence incarnait un respect particulier envers l’histoire constitutionnelle du pays. Dans un ultime discours empreint de dignité, il a conclu : « Ce lieu me manquera et je serais ravi d’y revenir, mais uniquement grâce à mes compétences et non en vertu de mon privilège héréditaire. ».

La Cambre des Lords @wikicommons/Copyright House of Lords 2021 / photography by Roger Harris

La Chambre des Lords : entre tradition et modernisation

La Chambre des Lords conserve un rôle essentiel dans le système constitutionnel britannique. Elle examine les projets de loi, les amende et exerce une fonction de contrôle, sans pouvoir toutefois renverser le gouvernement. Elle est considérée comme un grand soutien à la monarchie britannique.

Elle sera désormais composée principalement de pairs à vie, nommés pour leurs compétences dans les domaines politique, économique, scientifique ou culturel, ainsi que de 26 évêques de l‘Eglise d’Angleterre La disparition des pairs héréditaires ne signifie donc pas la fin de la Chambre haute, mais son adaptation à des critères de légitimité davantage fondés sur le mérite que sur la naissance.

Au-delà de son impact institutionnel, la réforme possède une portée symbolique considérable. Pendant près de mille ans, les grandes familles aristocratiques ont participé directement à l’élaboration des lois du royaume. Leur départ consacre la transformation progressive du Royaume-Uni en une démocratie parlementaire où les traditions demeurent, mais où les privilèges héréditaires n’ont plus leur place dans l’exercice du pouvoir législatif. Comme l’a rappelé le comte de Devon, l’histoire continue de façonner le présent. Mais désormais, elle n’accorde plus automatiquement de siège au Parlement. « Je pense que cette Chambre, le Parlement et le public en général regretteront notre absence. » a déclaré le duc de Devon en guise d’adieu définitif.

Dans un pays profondément attaché à ses traditions, cette évolution illustre la capacité du Royaume-Uni à moderniser ses institutions sans renoncer à leur mise en scène historique. Les couronnes, les hermines et les cérémonies demeurent ; seul le droit de légiférer par naissance appartient désormais au passé. Une révolution pour la monarchie braitnnique qui n'aura mis aucun véto à cette loi qui change désormais le visage de son Parlement.

Copyright@Frederic de Natal

Date de dernière mise à jour : 13/05/2026