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Le retour des Sussex : retour aux sources ou retour en arrière ?

Six ans après leur départ fracassant vers les États-Unis, le prince Harry et Meghan Markle s’apprêtent à revenir vivre au Royaume-Uni avec leurs deux enfants. Un retour qui intervient après des années de tensions avec la famille royale et de guerre judiciaire de Harry contre la presse britannique. Loin de marquer un retour dans la monarchie, ce choix pourrait toutefois témoigner des limites du « rêve américain » des Sussex.

L’annonce a pris de court une partie de la presse britannique.

Le prince Harry et Meghan Markle doivent revenir vivre au Royaume-Uni à la fin du mois d’août 2026, six ans après leur départ tonitruant. Le roi Charles III aurait été informé du projet et se serait réjoui de pouvoir voir davantage son fils, sa belle-fille et ses petits-enfants dans un cadre strictement privé. Le couple devrait s’installer dans une résidence privée située à l’extérieur de Londres.  Si le lieu exact n’a pas été rendu public, pour des raisons de sécurité, leurs enfants, le prince Archie, sept ans, et la princesse Lilibet, cinq ans, ont déjà été inscrits dans une école britannique pour la rentrée de septembre.

Un détail est particulièrement significatif : il ne s’agit pas d’un retour à la Cour. Harry et Meghan ne retrouveront pas leurs fonctions officielles et ne redeviendront pas des membres actifs de la monarchie.  Le retour est donc géographique et familial, mais pas institutionnel. Et c’est précisément ce qui le rend aussi spectaculaire.

Le « Megxit », une rupture sans précédent

Pour comprendre la portée de ce retour, il faut revenir à janvier 2020.

Après plusieurs mois de tensions avec la presse, le princesse Harry et son épouse Meghan Markle annoncent brutalement leur volonté de se retirer de leurs fonctions de membres « seniors » de la famille royale et de devenir financièrement indépendants. Le couple souhaite alors partager son temps entre l'Amérique du Nord et le Royaume-Uni, tout en développant ses propres activités.

La décision provoque une crise au sein de la monarchie.

Une réunion exceptionnelle est organisée à Sandringham autour de la reine Elizabeth II, du prince Charles, du prince William et du prince Harry. Le compromis finalement trouvé est beaucoup plus radical que le modèle initialement envisagé par le fils cadet de Charles, titré duc de Sussex. Buckingham Palace confirme alors que le couple cesse leurs fonctions royales, ne bénéficient plus de fonds publics pour leurs activités officielles et ne peuvent plus utiliser leurs prédicats « HRH (Altesse royale) » dans leur vie publique. Leur situation est définitivement clarifiée en février 2021 par un bref communiqué : ils ne reviendront pas comme membres actifs de la famille royale.

Le terme « Megxit », forgé par les médias sur le modèle du « Brexit », s'impose alors rapidement pour désigner cette rupture. 

De la Cour à Hollywood : le rêve manqué

Le couple quitte finalement le Royaume-Uni pour le Canada avant de s'installer en Californie. Montecito devient leur nouveau centre de vie. L'ambition est alors claire : construire une existence indépendante, loin des contraintes de la monarchie, tout en transformant leur notoriété mondiale en activité médiatique et commerciale.

Un paradoxe quand on sait que les Sussex n’ont cesse de se plaindre du harcèlement dont ils auraient été la victime par les médias depuis que le prince Harry avait annoncé ses fiançailles avec cette starlette américaine. Un mariage qui avait regardé par beaucoup de médias comme la preuve d’une ouverture à l’heure du mouvement « Black Lives Matter ». L’origine afro-américaine de la bru du futur roi Charles III avait affolé la presse internationale. En coulisses, la reine Elizabeth II avait pourtant marqué son refus de ce mariage lui rappelant trop le cas de Wallis Warfield Simpson et d’Edward VIII en 1936. D’ autant que Meghan Markle avait déjà été mariée un première fois. Avant de finalement céder et de déterrer un titre plus utilisé par la couronne depuis le XIXe siècle, porté par un fils du roi Georges III et de la reine Charlotte au teint hâlé.

Une fois aux Etats-Unis, Harry et Meghan concluent des accords avec de puissants acteurs de l'industrie américaine du divertissement. Leur partenariat avec Netflix devient l'un des symboles de cette nouvelle vie. Le documentaire Harry & Meghan, consacré à leur histoire et à leurs relations avec la famille royale, connaît un succès considérable. Leur interview avec Ophrah Winfrey défraye la chronique quand le couple assure qu’ils ont été aussi la victime de racisme au sein même de la famille royale. L’interview est un succès outre-manche mais un désastre pour l’image de Buckingham.

Mais la stratégie s'avère plus difficile à maintenir sur la durée. Leur collaboration avec Spotify prend fin en 2023 après une seule saison du podcast de Meghan, Archetypes. Netflix réduit par la suite la nature de sa collaboration avec le couple. Plusieurs projets annoncés n'atteignent pas l'impact initialement espéré comme un livre pour enfants dont la parution a été très critiquée en raison de sa pauvreté littéraire. Tant et si bien qu’ils sont même parodiés dans un épisode de South Park et de Family Guy.

Avant même de rencontrer Harry, l'ancienne actrice de Suits avait publiquement critiqué Donald Trump lors de la campagne présidentielle de 2016. Dans une interview accordée à Larry Wilmore, elle avait qualifié Trump de personnalité « divisive » et « misogyne » et expliqué qu'une victoire du candidat républicain pouvait l'inciter à vivre au Canada.

La situation s'est retournée contre elle après son mariage avec Harry. En 2019, lors d'une interview accordée à Piers Morgan, le président Donald Trump avait été interrogé sur les déclarations anciennes de Meghan Markle. Il avait répondu qu'il ignorait qu'elle avait tenu de tels propos, utilisant le terme « nasty » (minable) à son propos et affirmant que Harry « était sous le contrôle de sa femme », suscitant une nouvelle polémique. Trump avait par la suite contesté l'interprétation selon laquelle il aurait personnellement traité Meghan de cette manière et a parallèlement déclaré qu'il pensait qu'elle ferait du bon travail au sein de la famille royale.

En 2020, Harry et Meghan avaient encore fait parler d'eux en intervenant publiquement sur la participation électorale américaine, alors qu'ils n'étaient plus des membres actifs de la monarchie mais conservaient encore une forte visibilité internationale. Cette implication avait relancé le débat sur leur statut et sur la frontière entre leur célébrité personnelle et leur identité royale. Très engagée dans la lutte pour les droits des afro-américains, l'égalité des sexes et de l'esclavage moderne, elle reste ssociée à une partie de la gauche culturelle et le prince Harry à certaines causes progressistes.

Cette évolution alimente une question devenue centrale dans la presse britannique : les Sussex ont-ils réussi leur pari américain ? La réponse est nécessairement nuancée. Harry et Meghan ont acquis une indépendance financière et une formidable capacité à contrôler leur propre communication. Mais leur influence médiatique américaine n'a jamais atteint durablement le niveau que certains observateurs imaginaient après leur départ.

Le retour britannique intervient donc à un moment où leur stratégie américaine a changé de nature. Meghan développe notamment sa marque lifestyle, tandis que Harry poursuit ses engagements philanthropiques et notamment son implication autour des Invictus Games.

La guerre de Harry contre la presse britannique

Il existe toutefois une autre raison pour laquelle le retour de Harry au Royaume-Uni revêt une dimension particulière : sa relation avec les médias britanniques.

Le prince a développé depuis plusieurs années une véritable croisade judiciaire contre une partie de la presse qu'il accuse d'avoir violé sa vie privée ou utilisé des méthodes illégales pour obtenir des informations sur lui. Cette bataille trouve une partie de ses racines dans l'histoire de la presse britannique et dans le scandale des écoutes téléphoniques qui a éclaté au début des années 2000 et conduit notamment à la fermeture du News of the World en 2011 et à l'enquête Leveson sur l'éthique de la presse.

Harry est devenu l'un des membres les plus déterminés de la famille royale à poursuivre cette bataille devant les tribunaux.

Il a remporté une victoire importante contre le groupe propriétaire du Daily Mirror. Dans cette affaire, la justice avait conclu que certaines informations utilisées dans 15 des 33 articles examinés concernant Harry résultaient du piratage téléphonique ou d'une collecte illégale d'informations. En 2025, son action contre l'éditeur du Sun, News Group Newspapers, s'est également terminée par un accord comprenant des excuses publiques du groupe pour des intrusions graves dans sa vie privée.

Mais 2026 lui apporte un revers beaucoup plus spectaculaire.

En juillet, Harry et six autres personnalités ont perdu leur procès contre Associated Newspapers Limited, l'éditeur du Daily Mail et du Mail on Sunday. Les plaignants accusaient le groupe d'avoir eu recours à des méthodes illégales pour recueillir des informations privées, notamment par l'intermédiaire de détectives privés. Le juge Matthew Nicklin a rejeté l'ensemble des demandes, estimant que les preuves présentées ne permettaient pas d'établir que les informations avaient nécessairement été obtenues de manière illégale. Le 21 août 2026, le tribunal lui a ordonné, avec les six autres plaignants, de verser une première provision de 9,54 millions de livres sterling au titre des frais de justice d'Associated Newspapers. La somme doit être versée avant le 28 août. Le montant définitif des frais pourrait être supérieur, même si le juge a considéré la demande globale de 34,5 millions de livres présentée par l'éditeur comme excessive et largement inexpliquée.

Le jugement a également sévèrement critiqué la manière dont les accusations avaient été formulées et maintenues au cours de la procédure, tout en ne concluant pas à une quelconque malhonnêteté de la part des plaignants.

Pourquoi un retour aujourd’hui ?

Les retrouvailles de juillet 2026 à Highgrove ont constitué un moment important. Le roi Charles III a alors reçu Harry, Meghan, Archie et Lilibet dans sa résidence privée. Il s'agissait d'une nouvelle étape après plusieurs années de relations particulièrement difficiles.

Le fait que le roi ait été informé du projet et qu'il soit présenté comme favorable à la présence de sa famille au Royaume-Uni constitue un signe d'apaisement. Mais il ne faut pas confondre Charles et William.

Le retour de Harry au Royaume-Uni ne pourra pas faire oublier Le Suppléant. Publiées en 2023, les mémoires du prince avaient exposé au grand jour les querelles les plus intimes de la famille royale, de ses relations avec Charles et Camilla à son conflit avec William. Le duc de Sussex y racontait notamment une violente altercation avec son frère et revenait longuement sur le traumatisme de la mort de Diana et son hostilité envers les paparazzi. Trois ans plus tard, Harry revient vivre au cœur du pays où il a réglé ses comptes avec les siens.

Une réconciliation avec son père semble désormais possible ; avec William, elle paraît encore beaucoup plus lointaine tant les relations se sont dégradées entre les « royals frangins ». Mais alors, pourquoi revenir maintenant ? Il serait pourtant trop simple de présenter le retour comme la reconnaissance pure et simple d'un « échec américain ».

Plusieurs facteurs semblent se superposer.

Le premier est familial. Le couple souhaite manifestement permettre à Archie et Lilibet de connaître davantage le pays de leur père, leur grand-père et leur famille paternelle. Le deuxième est pratique. La scolarisation des enfants au Royaume-Uni implique une présence beaucoup plus régulière qu'un simple séjour occasionnel. Le troisième est professionnel. Meghan pourrait renouer avec l'univers audiovisuel britannique, même si les informations concernant un éventuel rôle dans une production restent à ce stade partiellement spéculatives et que les projets évoqués dans la presse ont connu des évolutions contradictoires (selon la presse australienne, elles seraient purement inexistantes). Il convient donc de ne pas présenter cette piste comme une certitude malgré ce que décrit une certaine presse people.

Le quatrième est stratégique. Après plusieurs années passées à construire une marque américaine, les Sussex pourraient désormais chercher à devenir un couple véritablement transatlantique, conservant Montecito et leur propriété au Portugal tout en recréant une base britannique. Le cinquième, enfin, est celui de l'âge des enfants. Archie et Lilibet entrent dans une période où la stabilité scolaire et familiale devient beaucoup plus importante. Leur inscription dans une école britannique constitue probablement l'indice le plus concret d'un changement durable dans l'organisation familiale.

Selon le dernier baromètre YouGov de juillet 2026, seulement 33 % des Britanniques ont une opinion favorable du prince Harry, contre 58 % qui en ont une opinion défavorable. Harry a toutefois légèrement progressé : sa cote positive a gagné 6 points depuis mai 2025.  Pour Meghan Markle, le bilan est nettement plus difficile : 22 % seulement des Britanniques ont une opinion favorable d'elle, contre 65 % d'opinions défavorables. Elle demeure donc l'une des personnalités royales les moins appréciées du pays

Enfin, la question de la sécurité reste au cœur du problème.

Après son retrait de la vie royale, Harry a perdu le dispositif de protection dont il bénéficiait lorsqu'il représentait officiellement la Couronne. Il a contesté cette décision devant les tribunaux, estimant que le niveau de protection accordé lorsqu'il se rend au Royaume-Uni ne permettait pas de garantir suffisamment la sécurité de sa famille.

Cette question avait longtemps constitué l'un des principaux arguments du prince pour expliquer pourquoi Meghan et leurs enfants ne pouvaient pas vivre régulièrement en Grande-Bretagne. Le retour annoncé montre donc que le couple considère désormais qu'un dispositif de sécurité viable est possible. Mais cela ne signifie pas que le différend avec les autorités britanniques est définitivement réglé. La question est d'autant plus sensible que Harry reste une personnalité particulièrement exposée. Selon des éléments rapportés par ITV, un rapport de sécurité évoqué cet été faisait état de plusieurs projets terroristes visant le prince, dont la majorité aurait pris naissance au Royaume-Uni.

Le couple devrait donc vivre dans une propriété privée et non dans une résidence royale. Ce choix permet à Buckingham Palace de maintenir une frontière très claire entre la vie privée des Sussex et l'activité officielle de la monarchie. Le roi Charles III ouvre une porte,  le prince William de Galles reste à distance. 

Un retour, mais pas un « retour royal »

C'est ici que Buckingham Palace entend placer la ligne rouge.

Il n'est donc pas question, à ce stade, de ressusciter le modèle du « half-in, half-out » - cette formule hybride qui aurait permis aux Sussex de conserver une partie de leurs fonctions tout en menant une existence indépendante.

La monarchie ne leur rend pas leurs fonctions. Elle ne leur rend pas leurs patronages officiels. Elle ne leur rend pas leur rôle institutionnel. Mais elle leur laisse la possibilité d'être une famille britannique vivant au Royaume-Uni. C'est une différence fondamentale. Le retour de 2026 n'efface donc pas le Megxit. Il en constitue plutôt le prolongement inattendu.

Harry et Meghan ne rentrent pas à Londres pour redevenir des royaux. Ils y reviennent pour tenter d'y vivre comme une famille privée. Toute la difficulté sera désormais de savoir s'il est réellement possible de vivre au Royaume-Uni sans être, une nouvelle fois, aspiré par la Couronne, la presse et les querelles familiales qui avaient précisément provoqué leur départ.

Et c'est peut-être là que se trouve le véritable enjeu de ce retour : après avoir voulu échapper à la monarchie, le prince Harry et Meghan Markel vont devoir démontrer qu'ils peuvent désormais vivre à proximité de celle-ci sans chercher à la combattre, ni à en redevenir les représentants.

Copyright@Frederic de Natal

Date de dernière mise à jour : 24/08/2026