Le prince Nicolas, réintégré dans la lignée dynastique au trône de Roumanie ?
Le prince Nicolas, réintégré dans la lignée dynastique au trône de Roumanie ?
Dans une pétition adressée à SM la Gardienne de la Couronne, la princesse Margareta de Roumanie, des soutiens de la Couronne appellent à la réhabilitation de l'ex-prince Nicolas. Entre mémoire du roi Michel Ier, tensions familiales et espoir monarchiste, l’initiative révèle les fractures persistantes autour de la famille royale de Roumanie.
La tonalité est grave, presque crépusculaire. Dans une lettre ouverte, en forme de pétition mise en ligne, adressée à SM la princesse Margareta de Roumanie, gardienne de la Couronne, les signataires dressent un constat alarmant : « faillite morale », « haine », « perte des repères ».
Face à ce qu’ils perçoivent comme une crise profonde de la société roumaine (notamment avec la dernière élections présidentielle très controvesée sur fond d'ingérence européenne et russe), ils invoquent un recours inattendu : la réconciliation au sein même de la famille royale. Au cœur de cet appel, une demande claire : la réhabilitation du prince Nicolas (Nicholas) de Roumanie, petit-fils du roi Michel Ier (1921-2017), et sa réintégration symbolique dans la Maison royale.
Le texte, imprégné de références chrétiennes et historiques, convoque la mémoire du roi Michel Ier de Roumanie, décrit comme une « autorité morale » ayant maintenu l’unité familiale malgré l’exil et les épreuves du XXe siècle. En filigrane, une idée : la famille royale, au-delà de son statut officiel aboli, incarne encore un idéal de stabilité et de continuité.
Nicolas Medforth-Mills, héritier déchu et figure populaire
Né en 1985 en Angleterre, Nicolae de Roumanie — de son nom complet Nicolae Medforth-Mills — est le fils de la princesse Elena et le petit-fils du roi Michel. Longtemps perçu comme l’un des visages d’avenir de la monarchie roumaine depuis son apparition au balcon de la mairie de Bucarest, alors âgé de 9 ans, il s’installe en Roumanie en 2012, suscitant un réel engouement, notamment chez les jeunes générations.
Charismatique, engagé dans des causes sociales et environnementales, il apparaît alors comme un potentiel successeur moral, dans un pays où la monarchie conserve une aura particulière malgré son abolition par les communistes en 1947. Multipliant les interviews, sa figure fédère au delà de la Roumanie, le prince entend jouer sa partition dans un pays miné par la corruption et des élites peu soucieuses de l'intérêt général.
Mais en août 2015, coup de théâtre : le roi Michel lui retire son titre princier et l’exclut de la ligne de succession. Les raisons exactes n’ont jamais été totalement éclaircies et demeurent encore nébuleuses. Officiellement, il s’agirait de « questions personnelles » et d’un comportement jugé incompatible avec les exigences de la Maison royale. En arrière-plan, plusieurs observateurs évoquent une affaire de paternité contestée à l’époque, qui aurait profondément affecté la décision du souverain peu amène sur le sujet. Le roi Michel Ier ayant du lui-même géré une situation similaire avec son propre père, le roi Carol II.
Depuis, Nicolas Medforth-Mills poursuit une vie publique active, marié et père de famille, tout en conservant une certaine popularité auprès d’une partie des Roumains. Au-delà de la dimension familiale, la question de Nicolas touche à la crédibilité même de la Maison royale. Depuis la mort du roi Michel Ier en 2017, la princesse Margareta de Roumanie assure la continuité symbolique de l’institution. Sans toutefois disposer du titre de reine, la Roumanie étant une république, elle dispose toutefois de certains pouvoirs de représentations, agissant pour le compte du gouvernement. Elle est même intervenue au Parlement à diverses reprises.
Dans ce contexte, l’exclusion de l’ex-prince Nicolas est perçue par certains comme une erreur stratégique, privant la monarchie d’un visage jeune et populaire. Le concerné contestant même ce retrait de son titre princier. La pétition insiste d’ailleurs sur ce point, présentant le prince comme « une voix indélébile » et un pont entre tradition et modernité. Elle va plus loin, suggérant que la réconciliation pourrait avoir un « écho profond » en Europe, où la figure du roi Michel Ier reste respectée, notamment au sein des familles royales. Pour de ombreux Roumains, la figure du monarque reste associée au retour de la démocratie en pleine Seconde Guerre mondiale après que celui-ci ait renversé le Maréchal Antonescu en 1944.
Une monarchie toujours présente dans les esprits
La pétition s’inscrit dans un contexte particulier : celui d’un attachement persistant, bien que minoritaire, à l’idée monarchique en Roumanie.
Selon plusieurs enquêtes d’opinion, notamment celles de l’INSCOP Research ou de l’Institut roumain pour l’évaluation et la stratégie, le soutien à la monarchie reste très présent au sein de la population roumaine. Un sondage réalisé en 2017 indiquait qu’environ 35 % des Roumains se déclaraient favorables au retour de la monarchie, un chiffre relativement stable malgré les évolutions politiques. Le monarchisme roumain, bien qu'il manque de leadership, se démarque par une étonnante vitalité, faborable à la réunification de la Roumanie avec la Moldavie, comptant des soutiens publics parmi les élus de la nation.
Ce socle, bien que minoritaire, demeure significatif dans un pays marqué par la défiance envers les institutions politiques et la nostalgie d’une certaine stabilité incarnée par la monarchie constitutionnelle d’avant-guerre. Mais, sa succession exclusivement féminine inquiète une partie des monarchistes notamment en raison de la non-proximité de certains membres de la dynastie avec la Roumanie. La pétition se distingue enfin par sa dimension spirituelle. Citations bibliques, référence au « Notre Père », invocation du pardon : la démarche se veut autant morale que politique. En appelant à une réconciliation « chrétienne », les signataires replacent la dynastie dans une mission quasi sacrée. Mais derrière cette rhétorique, un enjeu bien concret demeure : celui de la survie symbolique de la monarchie roumaine. Sans unité, sans héritier clairement identifié et sans projet fédérateur (même si le prince Nicolas a été vu à plusieurs reprises aux côtés de la famille royale lors d'événements), la Couronne risque de s’effacer progressivement du paysage public.
La balle est désormais dans le camp de la princesse Margareta de Roumanie. Une réconciliation avec Nicolas Medforth-Mills pourrait-elle relancer la cause monarchique en Roumanie ? Ou révéler, au contraire, ses limites structurelles ? Dans un pays en quête de repères, la réponse dépasse sans doute le seul cadre d’une querelle famille.