En Roumanie, Nicolas Medforth-Mills relance le débat monarchique
En Roumanie, Nicolas Medforth-Mills relance le débat monarchique
Lors d'une récente interview, le petit-fils du roi Michel Ier a estimé que la crise politique actuelle pousse de plus en plus de Roumains à s’interroger sur un autre modèle de leadership et à redécouvrir les valeurs de la monarchie.
Dans une Roumanie secouée par les tensions politiques et un climat de défiance envers les institutions, la question monarchique refait parfois surface dans le débat public. Dans une interview accordée au quotidien roumain Libertatea, en mars 2026, Nicolas de Roumanie, petit-fils du oi Michel Ier, estime que le contexte actuel pourrait favoriser un regain d’intérêt pour cette forme de gouvernement.
« Les événements politiques récents sont très intéressants à observer », explique-t-il. « Les gens cherchent un autre exemple, une autre forme de leadership. Et j’entends de plus en plus de personnes parler de la monarchie comme d’une option. », ajoute t-il.
Un héritier sans titre mais attaché à la Roumanie
Né le 1er avril 1985 à Meyrin, près de Genève, Nicolas Medforth-Mills est le fils de la princesse Elena (deuxième fille du dernier roi de Roumanie) et du Haut-fonctionnaire et professeur universitaire britannique Robin Medforth-Mills. Élevé à l’étranger (Soudan et Royaume-Uni), il a notamment étudié la gestion commerciale et le management à la Royal Holloway, University of London, dont il sort diplômé en 2012.
C’est en 1992 que les Roumains le découvrent au côté du roi Michel Ier qui revient triomphalement dans son pays. Plus d’un demi-million de personnes vont accueillir le monarqe contraint à l’exil par les communistes en 1947. Longtemps considéré comme l’un des représentants les plus visibles de la jeune génération royale, il perd toutefois son titre princier et sa place dans l’ordre de succession en 2015, à la suite d’une décision de son grand-père et dans des conditions restées très controversées à ce jour. Depuis lors, ses relations avec la direction officielle de la Maison royale, incarnée par sa tante, Sa Majesté, la princesse Margareta de Roumanie, gardienne de la Couronne, sont restées distantes.
Installé en Roumanie, il s’est néanmoins engagé dans de nombreuses actions caritatives et initiatives culturelles visant à promouvoir l’image du pays. Marié depuis 2018 à Alina Maria Binder, avec lequel il a eu deux enfants ( il est également le père d’une fille née hors mariage) spécialiste en communication, Nicolas continue de cultiver un lien étroit avec la société roumaine.
« La monarchie apporte stabilité et continuité »
Dans son entretien, l’ex-prince Nicolas Medforth-Mills affirme que la monarchie constitutionnelle pourrait constituer une réponse à la crise de confiance qui touche la vie politique roumaine. « La monarchie était une forme de gouvernement très équilibrée, qui apportait élégance et dignité à la société », déclare-t-il. « Si l’on regarde les pays où existent encore des monarchies constitutionnelles, on constate qu’ils bénéficient souvent de stabilité et de continuité. », ajoute t-il.
Sans cacher la subjectivité de son regard, il souligne que les politiques menées depuis la chute du communisme n’ont pas toujours permis de répondre aux attentes de la population. « Nous avons vu ce qui s’est passé depuis 1989 et cela ne nous a pas toujours été bénéfique. Si nous voulons un pays plus prospère à l’avenir, la monarchie pourrait être une option », poursuit le petit-fils du roi Michel. Allusion aux événements de décembre correspondant à la chute du régime du président Nicolae Ceaucescu, la prise du pouvoir par des post-communistes reconvertis en socialistes de circonstances.
Pour le petit-fils du dernier roi roumain, la question monarchique dépasse largement le cadre institutionnel. Elle renvoie avant tout à une réflexion sur les valeurs qui structurent une société. « Le respect mutuel est essentiel. Nous avons besoin d’un cadre qui permette de prendre des décisions sans conflits permanents », renchérit-il. « Et cela commence par l’éducation. » Selon lui, l’existence d’un souverain ou d’une famille royale peut jouer un rôle symbolique dans l’élévation du niveau moral et civique. « Une maison royale peut donner le ton, encourager et inspirer. Mais, finalement, ce sont les citoyens qui construisent le pays. », déclare Nicolas Medforth-Mills.
Il insiste notamment sur le rôle de la famille dans la transmission des valeurs : « L’éducation ne se limite pas à l’école. Elle commence à la maison, dans la manière dont nous vivons ensemble et dans l’exemple que nous donnons. ».
L’ombre tutélaire du roi Michel
Interrogé sur son grand-père, l’ex-prince Nicolas Medforth-Mills évoque avec émotion la figure de Michel Ier de Roumanie dont le règne reste l’un des plus marquants de l’histoire monarchique roumaine. Souverain de 1927 à 1930 puis à nouveau en 1940 après l’abdication de son père, le roi Carol II, Michel Ier est regardé comme le libérateur de son pays après avoir mis fin lors d’un putsch à la dictature du Maréchal Antonescu (1944). Toute sa vie en exil, il incarnera la voix d’une Roumanie démocratique bâillonnée par Moscou.
Deux moments symboliques ont particulièrement marqué sa mémoire. Il se rappelle de sa première venue dans le pays.« J’ai vécu 72 heures sous une monarchie », se souvient-il. « Depuis le balcon de Bucarest, j’ai vu l’amour entre la nation et un dirigeant qui se battait pour son pays. », raconte t-il avec émotion. Le second est celui des funérailles nationales du souverain, en décembre 2017. « Personne n’avait appelé les gens à venir, mais ils sont venus de tout le pays pour lui rendre hommage. Cela montre ce que signifie avoir une Maison royale et un roi qui aime profondément son peuple », se rémémore t-il .
Contrairement à l’image parfois associée aux familles royales, Nicolas insiste sur son parcours personnel marqué par des expériences professionnelles variées. Avant de s’installer en Roumanie, il a exercé plusieurs métiers, allant du travail en supermarché à l’installation de moquettes, et a également été instructeur de sports extrêmes. « Chaque emploi m’a fait grandir et m’a aidé à comprendre la vie », explique-t-il.
Ces expériences, notamment auprès de militaires britanniques ou au sein de la marine kényane, l’ont selon lui aidé à mûrir et à accepter plus tard un rôle public dans son pays d’origine.
Entre fierté nationale et frustrations
Dans l’entretien, Nicolas Medforth-Mills décrit la Roumanie comme un pays riche de traditions et de paysages exceptionnels.
« Nous avons un pays extraordinaire : ses paysages, son architecture, sa gastronomie, sa culture et ses traditions sont remarquables. » Il souligne également l’importance de la religion et de la famille dans l’identité roumaine. Mais il exprime aussi une forte critique concernant la gestion publique et le respect des citoyens. « On peut juger un pays à la manière dont ses citoyens sont traités », estime-t-il. « Aujourd’hui encore, le manque d’infrastructures de base et de respect envers les citoyens est inacceptable. », poursuit l'ex-prince.
Au fil des années, plusieurs partis politiques auraient tenté de le convaincre d’entrer en politique. « À chaque élection, on me sollicite », reconnaît-il. « J’ai écouté les propositions, mais j’ai répondu que ce n’était pas le moment. », affirme Nicolas Medforth-Mills. Selon les derniers sondages, 35 % des Roumains souhaiteraient le retour de la monarchie bien que cette institution cohabite avec celle de la République. La famille royale jouit d’un pouvoir de représentation qui en fait également un pion important sur l’échiquier politique local.
S’il n’exclut pas totalement un engagement futur, Nicolas Medfotyh-Mills souligne son attachement à l’idée que la monarchie doit rester au-dessus des divisions partisanes. : « La classe politique traverse actuellement une crise à laquelle je ne souhaite pas m’associer. ». Il se dit toutefois prêt à soutenir certaines initiatives, notamment pour promouvoir la Roumanie à l’étranger, par exemple dans le domaine du tourisme.
Alors que la Roumanie continue de chercher son équilibre politique plus de trois décennies après la fin du communisme, Nicolas Medforth-Mills estime que la réflexion sur les institutions reste légitime. « La situation politique et diplomatique évolue très rapidement », observe-t-il. « La Roumanie doit assumer son rôle avec rigueur et fermeté pour être prise au sérieux. », assure t-il.
Sans se poser en prétendant ni en acteur politique direct, le petit-fils du roi Michel laisse entrevoir une conviction personnelle : celle que les valeurs incarnées par la monarchie pourraient encore trouver une place dans l’avenir du pays.