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Pologne : regain monarchique au plus haut sommet de l'État ?
La présence d'Anna Maria Anders, première vice-présidente du Conseil présidentiel pour la diaspora, au congrès des monarchistes polonais de Cracovie, a relancé un débat longtemps marginal : celui d'une éventuelle restauration de la monarchie constitutionnelle en Pologne.
Pendant plusieurs décennies, l'idée d'une restauration de la monarchie en Pologne a semblé relever davantage du folklore historique que d'un véritable débat politique. Pourtant, le congrès organisé le 30 mai 2026 par l'Union des groupes monarchistes polonais (UPUM), dans la ville de Cracovie, a bénéficié d'une visibilité inhabituelle grâce à la présence d'une personnalité proche du président de la République, Karol Nawrocki.
L'invitée d'honneur n'était autre qu'Anna Maria Anders, ancienne ambassadrice de Pologne en Italie, ancienne ministre du gouvernement du parti conservateur Droit et Justice (PiS), depuis deux mois, première vice-présidente du Conseil présidentiel chargé de la diaspora polonaise. Sa participation a immédiatement suscité interrogations et commentaires dans la presse polonaise, notamment dans le quotidien Rzeczpospolita, comme sur les réseaux sociaux qui ont commenté son intervention.
Si la présidence assure qu'il s'agissait d'une initiative privée, l'événement témoigne d'un regain d'intérêt pour une tradition monarchique que certains considèrent comme un facteur de stabilité nationale.
Une nationaliste critique de la monarchie Britannique
Invitée à prendre la parole devant plusieurs centaines de participants réunis autour du thème « La République de Pologne peut-elle être une monarchie au XXIe siècle ? », certains vêtus de costumes inspirés de la noblesse polonaise, Anna Maria Anders a tenu un discours mesuré mais particulièrement remarqué.
Elle a reconnu ne pas avoir encore arrêté sa position sur une éventuelle restauration monarchique avant d'ajouter : « Je n'ai pas encore décidé ce que j'en pense, mais la monarchie a tellement de classe. », a-t-elle déclaré. Puis elle a poursuivi en évoquant son histoire familiale : « Mon père n'a jamais parlé de la guerre. Peut-être un peu de Monte Cassino, parce que ce fut une grande victoire, mais il évoquait aussi la Pologne d'avant-guerre. J'ai une vision très romantique de l'aristocratie, de la monarchie, etc. ».
Née en 1950 à Londres, Anna Maria Anders est en effet la fille du général Władysław Anders (1890-1972), considéré comme héros national polonais, brillant officier qui a traversé la Première Guerre mondiale, connu les soubresauts du royaume puis de la République de Pologne, nommé commandant du IIᵉ corps polonais qui remporta la bataille de Monte Cassino en 1944 et figure emblématique du gouvernement polonais en exil après la Seconde Guerre mondiale.
Au cours de son intervention, Anna Maria Anders a également évoqué la monarchie britannique, qu'elle connaît particulièrement bien après avoir vécu une grande partie de sa vie au Royaume-Uni. Elle s'est montrée critique envers le souverain britannique. « Je n'apprécie pas vraiment le roi parce qu'il soutient l'islam. En revanche, son successeur, le prince William, est vraiment très distingué. », a t-elle déclaré.
Des propos qui ne sont pas passés inaperçus en Pologne, un pays qui, lors du Jubilé de la Miséricorde à Cracovie, a solennellement proclamé Jésus-Christ « Roi de Pologne », en présence de dirigeants politiques (2016).
Une présidence qui prend immédiatement ses distances
Face aux réactions médiatiques, la Chancellerie du président Karol Nawrocki s'est rapidement employée à clarifier la situation.
Dans une déclaration transmise à Rzeczpospolita, elle rappelle que les membres des conseils présidentiels ne représentent pas officiellement la présidence lorsqu'ils participent à des événements publics. « Les membres des conseils du Président de la République exercent leurs fonctions à titre bénévole. Ils ne représentent pas la Chancellerie du Président à l'extérieur. Mme Anna Maria Anders ne représentait pas la présidence lors de cet événement. »,a expliqué l'administration polonaise.
Interrogée directement par le quotidien, l'intéressée a minimisé sa participation.
« J'étais invitée à cette réunion. Cela ne signifie rien. », a tenu à préciser Anna Maria Anders Cette mise au point n'a cependant pas empêché les organisateurs de mettre largement en avant sa présence, qu'ils ont qualifiée de « moment historique ».
Selon eux, sa participation a donné au congrès « une dimension patriotique et historique particulière », les discussions ayant porté notamment sur « le rôle de la monarchie comme facteur de stabilité géopolitique » ainsi que sur « les perspectives d'avenir de la monarchie jusqu'en 2050 ».
L'opposition libérale n'a pas tardé à exploiter la polémique.
Dariusz Joński estime que cette présence n'était pas anodine. « [Le président-ndlr] Karol Nawrocki cherche à entretenir des contacts avec différents groupes marginaux, et la présence d'Anna Maria Anders s'inscrit dans cette stratégie. », s’est indignée l'eurodéputé de la Coalition civique. Il ajoute que, même sans vouloir officiellement restaurer une monarchie, le président pratiquerait selon lui un exercice du pouvoir davantage inspiré d'une logique autoritaire.
L'Union des groupes monarchistes polonais n'est pas une organisation récente. Elle est dans le paysage politique depuis des années en plus d'une myriade d'autres partis, associations qui font la promotion du retour de la monarchie. Parti fondé en 1997, son objectif principal, inscrit dans ses statuts, est de « reconstruire une monarchie constitutionnelle en Pologne par des moyens démocratiques ». L'UPUM confère des titres de noblesse, de baron, de comte, de margrave et même de prince, et décerne de nombreuses distinctions. Elle est dirigée par un régent, poste précédemment occupé pendant vingt ans par Aleksander Podolski, commandant de l'armée polonaise à la retraite. Ses statuts prévoient explicitement cet objectif et son organisation interne s'inspire des anciennes structures administratives de la Première République polono-lituanienne.
L'association décerne également ses propres distinctions honorifiques et organise régulièrement colloques, conférences et congrès consacrés à l'histoire politique de la Pologne. Depuis 2024, elle est dirigée par le professeur Maciej Kalisk (79 ans)i, ingénieur pétrolier reconnu et ancien vice-ministre de l'Économie (2011 - 2012) sous les premiers gouvernements de Donald Tusk.
Son élection à la tête du mouvement a contribué à donner une image plus institutionnelle à cette organisation longtemps perçue comme confidentielle.
Des sondages favorables à l’idée monarchique
Le débat sur une éventuelle restauration de la monarchie en Pologne, longtemps cantonné aux cercles historiques et monarchistes, semble progressivement trouver un écho plus large dans l'opinion publique. Une enquête réalisée fin janvier 2026, par l'institut SW Research, a révélé une évolution significative des mentalités, notamment chez les plus jeunes, où le modèle monarchique gagne en attractivité.
Réalisée auprès d'un échantillon représentatif d’un millier de personnes, l'étude a montré que 26,8 % des Polonais se déclarent favorables à une monarchie, tandis que 42,5 % y sont opposés. Près d'un tiers des personnes interrogées (30,7 %) affirme ne pas avoir encore d'opinion sur la question. Ces résultats prennent tout leur sens lorsqu'ils sont comparés à une précédente enquête menée en mai 2021 par le média wPolityce.pl. À l'époque, la question posée aux Polonais était la suivante : « Souhaiteriez-vous que la Pologne adopte une monarchie parlementaire comparable à celle du Royaume-Uni ? ».
Les réponses étaient alors nettement moins favorables : 14 % soutenaient cette idée , 57 % s'y opposaient , 29 % se déclaraient indécis.
En l'espace de cinq ans, la progression est remarquable. Le soutien à la monarchie a pratiquement doublé, passant de 14 % à 26,8 %, soit une hausse de près de treize points. Dans le même temps, la proportion d'opposants chute de 57 % à 42,5 %, tandis que le nombre d'indécis demeure relativement stable.
Cette évolution modifie profondément la lecture du paysage politique. En 2021, les adversaires de la monarchie représentaient une majorité absolue de la population. En 2026, ils demeurent le premier groupe, mais ne rassemblent plus qu'une minorité relative des personnes interrogées. Autrement dit, plus d'un Polonais sur deux n'est plus catégoriquement opposé à l'idée monarchique.
Malgré cette progression, les auteurs de l'étude soulignent qu'un éventuel référendum ne conduirait probablement pas à une restauration de la monarchie. En effet, si seuls les partisans et les opposants participaient au scrutin, les défenseurs du régime monarchique demeureraient minoritaires face aux électeurs favorables au maintien de la République.
Le mouvement monarchiste continue donc de progresser sans disposer, à ce stade, d'une majorité populaire. L'enseignement le plus frappant de cette enquête concerne sans doute les différences générationnelles.
Chez les moins de 24 ans, le rapport de forces s'est presque inversé. Ainsi, 45,8 % des jeunes interrogés se disent favorables à une monarchie garante de la Constitution, 28,8 % seulement y sont opposés , 25,4 % demeurent indécis. L’étude conclut plus de sept jeunes sur dix ne rejettent pas l'idée monarchique, un résultat qui tranche nettement avec celui observé dans les générations plus âgées.
Pour les auteurs de l'étude, cette évolution traduit un changement profond des mentalités, porté par le renouvellement générationnel.
Le phénomène ne concerne pas uniquement les plus jeunes. Chez les 25-34 ans, les partisans de la monarchie demeurent également majoritaires : 39,8 % se déclarent favorables, 33,6 % s'y opposent. L'écart est moins marqué mais confirme une tendance favorable parmi les nouvelles générations d'adultes. La situation change sensiblement chez les générations plus âgées. Parmi les 35-49 ans, l'opinion apparaît plus équilibrée : 25,4 % soutiennent une monarchie 40,5 % préfèrent conserver le régime républicain.
Chez les plus de 50 ans, les opposants dominent nettement. Plus de la moitié d'entre eux (50,4 %) rejettent le principe monarchique, contre 18,5 % de partisans. Ce dernier chiffre reste toutefois supérieur au niveau global enregistré en 2021, signe que la progression du courant monarchiste touche également, dans une moindre mesure, les générations les plus âgées.
Contrairement à ce que l'on pourrait imaginer, le niveau d'éducation ou le lieu de résidence influencent relativement peu les réponses. Les résultats restent globalement proches de la moyenne nationale, avec des écarts limités à quelques points. Une exception apparaît toutefois chez les personnes issues de l'enseignement professionnel, où les partisans de la monarchie devancent légèrement leurs opposants :38,1 % favorables, 33,2 % opposés.
L'étude met également en évidence une légère différence entre les sexes.
Le niveau d'opposition est pratiquement identique chez les hommes et les femmes. En revanche, les hommes se montrent davantage favorables à une restauration monarchique : 30,7 % des hommes soutiennent cette idée, contre 23,1 % des femmes. Ces dernières sont proportionnellement plus nombreuses à ne pas se prononcer.
Une idée encore marginale mais moins confidentielle
La Pologne n'a plus connu de monarchie depuis la disparition de la République des Deux Nations à la fin du XVIIIᵉ siècle, après les trois partages du pays entre la Russie, la Prusse et l'Autriche. Elle a brièvement connu une restauration entre 1916 et 1918 avec un archiduc d’Autriche à sa tête. Un système qui n’a pas été préservé à la suite de la chute des Empires centraux., Lorsque le régime communiste tombe en 1989, après sept décennies de pouvoir implacable, le pays s'est construit autour d'un modèle républicain fortement ancré dans l’esprit polonais.
Pour autant, les nombreux mouvements monarchistes polonais continuent de défendre l'idée qu'une monarchie constitutionnelle pourrait constituer un facteur de continuité historique, d'unité nationale et de stabilité institutionnelle, à l'image de plusieurs États européens. Un projet qui rejoint aussi celui de nombreux groupes nationalistes polonais. La personnalité la plus en vue du roycoland polonais reste le député Grzegorz Michał Braun, deux fois candidat à l’élection présidentielle sous l’étiquette de la Confédération de la Couronne polonaise (4 élus à la Diète), politicien controversé. Selon lui, « la démocratie, en tant que système fondé sur le mensonge et les illusions, ne peut survivre », affirme-t-il pour justifier son adhésion au monarchisme. Il évoque sa fascination pour un « autoritarisme sanctifié » qui permettrait de restaurer une monarchie catholique dans le pays.
Quid du prétendant ? C’est là toute la faiblesse du monarchisme polonais qui s’en remet au vote d’une assemblée tel que la monarchie polonaise l’a connu en des temps meilleurs. Les monarchistes proposent différents nom issus des grandes dynasties européennes : Saxe, Habsbourg, Bourbon, Romanov et mêmes ceux de la noblesse polonaise comme les Poniatowski qui ont été contactés et qui ont refusé de prendre cette prétention. Difficile de dire qui serait le plus légitime puisque tous peuvent prétendre au trône.
L'intérêt médiatique suscité par le congrès de Cracovie montre une nouvelle fois que la question n'appartient plus exclusivement aux cercles d'historiens ou de passionnés de monarchie, qu'on aurait tort de l'ignorer. La participation d'une personnalité aussi proche du chef de l'État, même à titre privé, a suffi à replacer le sujet dans le débat public polonais, révélant que, derrière une apparente curiosité historique, la monarchie continue d'exercer une fascination durable sur une partie de l'opinion et des élites du pays.
Copyright@Frederic de Natal
Date de dernière mise à jour : 07/08/2026



