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Norvège : scandales en série au sommet de la couronne

Longtemps perçue comme l’une des monarchies les plus stables et consensuelles d’Europe, la maison royale de Norvège traverse aujourd’hui une crise majeure. Entre les révélations liées à l’affaire Jeffrey Epstein et le procès très médiatisé de Marius Borg Høiby, l’institution fait face à des scandales susceptibles d’ébranler durablement son image et son avenir.

La monarchie norvégienne traverse l’une de ses zones de turbulences les plus sensibles depuis plusieurs décennies. Depuis la publication de nouveaux documents judiciaires américains liés à l’affaire Jeffrey Epstein, le nom de la princesse héritière Mette-Marit de Norvège se retrouve au cœur d’une polémique internationale alors que débuté le procès de son fils Marius, accusé de multiples agressions et viols.

Une fin de règne turbulente pour le roi Harald V, 88 ans, qui pourrait avoir de nombreuses conséquences sur l’institution royale. 

La manchette de l'Aftenposten sur l'affaire Mette marit

Des échanges fréquents et un séjour confirmé à Palm Beach

Depuis la divulgation de documents rendus publics par le département américain de la Justice, le 30-31 janvier 2026, la princesse Mette Marit, épouse du prince héritier Haakon-Magnus de Norvège, est sous le feu des projecteurs et des critiques. Son nom est mentionné plusieurs centaines de fois dans les archives associées au réseau relationnel du milliardaire déchu, Jeffrey Epstein, condamné pour agressions sexuelles et activités pédo-criminelles.

Mis devant le fait accompli par plusieurs médias scandinaves., le palais royal norvégien a confirmé que la princesse Mette-Marit et Jeffrey Epstein ont entretenu une correspondance électronique soutenue, sur un ton qualifié « d’intime et confidentiel » entre 2011 et 2014. Plus troublant encore : en janvier 2013, la bru du monarque aurait séjourné quatre jours dans la villa d’Epstein à Palm Beach, en Floride, l’une des résidences emblématiques du financier américain.

Pis, le contenu de plusieurs courriels échangés entre la princesse héritière et Epstein, révèle un ton familier, parfois désinvolte, qui ont choqué un nombre de Norvégiens sur les réseaux sociaux qui découvre une facette de leur princesse, éloignée des photos de papier glacé vendus par la couronne. À l’automne 2012, alors que son agenda officiel indique une présence à New York, notamment pour assister à la réunion annuelle de la Clinton Global Initiative, Mette-Marit se plaint de s’ennuyer. Dans un message envoyé à Jeffrey Epstein en septembre, elle écrit sans détour : « Viens nous sauver. Je meurs d’ennui. »

Ces révélations ont immédiatement suscité un vif émoi localement et au-delà des frontières norvégiennes. Le magazine Aftenposten, via son éditorialiste Kjetil B. Alstadheim, a qualifié ce scandale comme un défi plus grand pour la monarchie comparé aux autres problèmes récents auxquels la monarchie a dû faire face.  Dans une violente tribune, le journaliste a même osé l’impensable et remis en question la viabilité de son statut de future reine en titrant : « Mette-Marit peut-elle devenir reine après cela ? »

En Suède, notamment, l’affaire fait la une des journaux. Johan T. Lindwall, rédacteur en chef du magazine royal Svensk Damtidning, estime que ce dossier est devenu une urgence institutionnelle : « Le lien entre Mette-Marit et Epstein est désormais la priorité absolue de la monarchie. Il s’agit de la future reine de Norvège, qui est en contact avec cette personne depuis de nombreuses », a-t-il expliqué au média norvégien Nettavisen.

Le 20 octobre 2012, lors du mariage du prince Guillaume de Luxembourg et de la comtesse Stéphanie de Lannoy, la princesse se montre à nouveau critique dans un courriel adressé au financier américain : « Mariage ennuyeux. On se serait cru dans un vieux film. On sait d’avance que les personnages ne resteront pas longtemps. » Des propos jugés déplacés pour un membre de la famille royale.  « Il est très indigne et peu royal d’écrire ainsi dans ses courriels. Les messages qu’elle a envoyés pendant un mariage au Luxembourg, où elle se plaint de s’ennuyer… C’est indigne d’une future reine. », écrit Johan T. Lindwall.

Le roi Harald V, le prince Haakon Magnus et la princesse Mette Marit @wikicommons/Kongehset

La défense du palais met à mal l’institution royale

Face à cette soudaine tempête médiatique, la Maison royale norvégienne a rapidement réagi. Guri Varpe, responsable de la communication du palais, a affirmé sur la chaîne TV 2 que la princesse héritière n’avait pas conscience de la gravité des crimes d’Epstein au moment de leurs échanges :

« Durant la période où la princesse héritière était en contact avec Epstein, elle ignorait l’ampleur et la nature des actes criminels qu’il avait reconnus et pour lesquels il avait purgé une peine de prison. La princesse héritière ignorait également, bien entendu, les crimes qui ont été découverts ultérieurement. ». Pourtant, selon le palais royal, la première rencontre entre Mette-Marit et Epstein remonterait trois ans après sa condamnation pénale. Un détail qui continue néanmoins d’alimenter les interrogations dans les médias sur la nature réelle de leur relation.

Sous pression, la princesse Mette Marit a présenté dans la foulée des excuses publiques, reconnaissant une grave erreur d’appréciation. Elle a reconnu « ne pas avoir mieux vérifié les antécédents d’Epstein et de ne pas avoir compris assez vite quel genre de personne il était ».  « Je regrette profondément d'avoir été en contact avec Epstein. C'est juste honteux. », a déclaré l’épouse du prince Haakon. Une tentative de déculpabilisation qui n’a pas convaincu ses compatriotes déjà échaudés par les polémiques entourant le mariage de la princesse Märtha-Louise avec un bisexuel et shaman revendiqué. La personnalité de Durel Verrett ayant mis à mal l’image de la monarchie en raison du parcours et des activités très nébuleuses de cet afro-américain.

Si la monarchie norvégienne demeure globalement populaire, l’affaire laisse déjà des traces. Sur les réseaux sociaux, des militants de la gauche socialiste ont profité du scandale pour réclamer la fin de la monarchie. Dans la foulée des révélations, ces derniers se sont empressés de déposer une demande en ce sens, fermement rejetée par les députés lors d’un vote solennel (26 élus ont voté pour une république contre 141 députés en faveur du maintien de la monarchie). Le chef du gouvernement norvégien, Jonas Gahr Støre, a admis que la princesse héritière Mette-Marit avait fait preuve d’un manque de discernement, réclamant qu’elle « clarifie cette situation ». De son côté, le vice-président du Parti du Progrès, Ketil Solvik-Olsen et actuel ancien ministre conservateur n’a pas mâché ses mots, estimant que « la princesse héritière avait trompé le peuple ».

Selon en enquête réalisée par TV2, 45 % des interrogés - estiment maintenant que la princesse ne devrait pas assumer le rôle de reine à l'avenir. D’après un autre sondage de la chaîne publique NRK, le soutien à la monarchie est passé de 81 % en 2017 à 70 % aujourd’hui, une baisse significative dans un pays pourtant attaché à son institution royale et à sa famille qui lui a donné son indépendance en 1907.

L’affaire Epstein secoue d’autres monarchies

Jeffrey Epstein s’est suicidé en août 2019 dans une prison new-yorkaise, dans des circonstances mystérieuses. Financier américain au réseau tentaculaire, fréquentant les plus hautes sphères politiques, économiques et culturelles internationales, il avait été condamné à 13 mois de prison pour exploitation sexuelle de mineures, à l’issue d’un accord judiciaire extrêmement controversé en Floride (2008). Cette peine, jugée dérisoire au regard des faits, lui avait permis toutefois de conserver une grande liberté de mouvement et de continuer à évoluer dans les cercles de pouvoir.

Par la suite, de nombreuses enquêtes journalistiques et judiciaires révéleront l’existence d’un vaste système d’exploitation sexuelle, impliquant des jeunes filles, parfois mineures, et facilité par un réseau d’influence et de silence. Epstein était devenu en peu de temps alors le symbole d’une impunité des élites, alimentant toutes les thèses complotistes en vigueur. Les récentes révélations ont mis à jour de larges correspondances avec des acteurs d’importance de la vie politique et socialo-économique dans le monde entier, touchant jusqu’aux monarchies où il faut encore distinguer le vrai du faux.

Premier à être touché et qui a fait les frais de cette affaire, le prince Andrew Mountbatten-Windsor. Le frère du roi Charles III est mentionné plusieurs centaines de fois dans les communications, et même présent sur les photos prises par Jeffrey Epstein, y compris certaines le montrant dans des situations embarrassantes. Contraint de s’expliquer, ses excuses ont été mal digérées par la presse britannique qui ne lui a laissé aucun répit. Acculé, le prince Andrew a été déchu de ses titres royaux (dont celui de duc d’York) et s’est vu retirer plusieurs honneurs publics fin 2025. La publication des documents a ravivé l’attention médiatique sur ses contacts avec Epstein, y compris des invitations qu’il aurait proposé de faire au sein du Palais Buckingham Palace.  

Son ex-épouse, Sarah Ferguson, est elle-même compromise à travers des échanges qu’elle aurait eu avec le milliardaire. Certaines correspondances mentionneraient les filles du couple, les princesses Beatrice et Eugenie, dans des messages envoyés par « Fergie », même si les jeunes femmes n’ont pas de liens directs connus qui indiquent qu’elles savaient ou ont participé elles-mêmes à ces échanges.  

Le duc Edward d’Edimbourg a réagi aux polémiques actuelles. Il a évoqué publiquement le scandale impliquant son frère lors du Sommet mondial des gouvernements à Dubaï où il participe, insistant sur l'importance de se souvenir des victimes liées à cette affaire. Il a déclaré à CNN que si l'auditoire du sommet s'intéressait principalement à des questions telles que l'éducation et l'avenir, il était néanmoins « absolument essentiel de toujours se souvenir des victimes, et qui sont les victimes dans cette affaire ? Elles sont nombreuses. ».

D’après les documents, la princesse Sofia de Suède (née Sofia Hellqvist) aurait été mentionnée dans les documents comme ayant eu des contacts antérieurs avec Epstein, notamment des invitations et échanges avant qu’elle ne devienne membre de la famille royale. Le palais royal a confirmé que l’épouse du prince Carl-Philip Bernadotte avait rencontré Jeffrey Epstein à quelques occasions, mais que ces rencontres remontaient à plusieurs années et qu’elle n’avait pas eu de contact avec lui depuis longtemps, évitant ainsi au roi Carl XVI Gustav de se retrouver dans un embarras.

Le roi Frederic X de Danemark est mentionné à deux reprises dans ces documents. Plus précisément avec des événements qui se sont déroulés en 2012 alors qu’il n’était que prince héritier. Jefferey Epstein écrit : « Je serai au Danemark demain pour rencontrer le prince héritier.». Or, il ne figure sur aucune liste de participants à ces événements. La Maison royale a déclaré que le roi n'avait jamais rencontré le milliardaire.

Cité également, le prince Laurent de Belgique qui s’est empressé de mettre fin aux rumeurs le concernant. « Je souhaite mettre un terme définitif aux rumeurs qui entourent l’affaire Epstein. Lors de mes stages à l’ONU et dans une grande banque du quartier financier de New York, Epstein m’a contacté à plusieurs reprises. Il m’a posé des questions auxquelles je n’ai jamais donné suite. Il voulait rencontrer mes parents pour les présenter à ses amis milliardaires : j’ai répondu que mes parents n’étaient ni à vendre ni à exhiber.», a déclaré le frère du roi Philippe.

Le prince héritier Mohammed ben Salmane d'Arabie saoudite – une photo encadrée de lui était exposée dans la résidence new-yorkaise d'Epstein, semble avoir été en lien avec Jeffrey Epstein. Son surnom, « MBS », apparaît également dans ses courriels. Il se serait rendu seul à Riyad à bord de son jet privé et serait revenu de ce voyage avec un cadeau somptueux, apparemment offert par le prince héritier saoudien. Les documents récemment divulgués font également état de rencontres avec d'autres membres de la famille royale saoudienne. Bien que cela reste extrêmement nébuleux.

Marius Borg Hoiby @Instgram privé

L’affaire Marius Borg Høiby, source de tensions pour la royauté

C’est le procès dont tout le monde parle. Né d’une relation antérieure à l’union de sa mère avec le prince héritier Haakon (2001), Marius Borg Høiby, 29 ans, n’a jamais détenu de titre royal ni occupé de fonction officielle, mais a longtemps vécu sous le regard médiatique du public norvégien et international. Son statut ambigu — ni totalement exclu, ni véritablement intégré à la monarchie — a pesé lourdement tout au long des accusations dont il doit faire face depuis des mois, amplifiant l’attention portée à ses démêlés avec la justice. Encore quelques jours avant le début du procès, ce 3 février 2026, il a été arrêté pour de nouveaux faits présumés, notamment violences, menaces avec un couteau et violation d’une interdiction de contact déjà en vigueur — ce qui a motivé une détention provisoire de quatre semaines pour risque de récidive.

L’affaire a débuté en août 2024, lorsque Marius Borg Høiby a été arrêté pour la première fois à la suite d’une plainte déposée par son ex-compagne pour violence conjugale. Il a reconnu alors avoir agressé sa compagne sous l’influence de l’alcool et de cocaïne dans son appartement à Oslo. Une ordonnance restrictive avait été rapidement émise, la monarchie refusant de se prononcer sur les dérives du fils de la princesse héritière (actuellement atteinte d'une forme rare de fibrose pulmonaire). Mais l’incident déclenche finalement une enquête bien plus large : policiers et procureurs recueillent témoignages, messages et preuves numériques. Au fil des mois, plusieurs anciennes partenaires se manifestent, et de nouvelles accusations graves émergent.

À l’issue de l’enquête, en août 2025, la justice norvégienne inculpe Marius Borg Høiby pour une série de crimes très sérieux : 4 viols, dont un avec pénétration et d’autres sans pénétration ; 32 à 38 infractions au total, selon les actes d’accusation ultérieurs ; violences physiques contre d’anciennes compagnes ; atteintes à la liberté et à l’intégrité physique ; violations de l’intimité (prise de vidéos ou photos sans consentement) ; menaces et dommages volontaires ; diverses infractions pénales additionnelles, y compris des violations d’ordonnances restrictives et des délits routiers.

Aux charges initiales s’ajoutent au fil du temps des accusations supplémentaires — y compris des allégations de trafic de stupéfiants et d’autres infractions — portant le total à 38 chefs d’accusation pour lesquels il doit être jugé.  Selon le parquet, plusieurs femmes — au moins sept à dix anciennes compagnes ou partenaires — sont considérées comme victimes dans cette affaire. Risquant 16 ans de prison, le fils de Mette Marit a cependant plaidé non coupable lors de la première audience.

Un jugement devrait être rendu le 13 mars prochain; Cette affaire est sans précédent par son ampleur et par la gravité des accusations visant un membre proche de la couronne, même non titré. Elle suscite un débat intense en Norvège et risque également de ternir l’image de l’institution qui a protégé le jeune homme. Afin de préserver la monarchie, Le prince héritier Haakon et la princesse héritière Mette-Marit ont indiqué qu’ils ne participeraient pas au procès, tout en exprimant leur soutien aux victimes et leur confiance dans le processus judiciaire.

Copyright@Frederic de Natal

Date de dernière mise à jour : 04/02/2026