À quelques jours de sa tournée estivale dans le Vestland, le roi Harald V de Norvège s'est exprimé sur l'avenir de la monarchie, la santé préoccupante de plusieurs membres de sa famille et les récentes controverses qui ont touché la Cour. Une intervention rare qui intervient alors que les Norvégiens continuent de soutenir majoritairement leur souverain, tout en s'interrogeant davantage sur l'après-Harald.
À quelques jours d'entamer sa traditionnelle tournée estivale dans le Vestland à bord du yacht royal Norge (27-31 mai), le roi Harald V de Norvège a accordé une rare interview au cours de laquelle il s'est exprimé sans détour sur l'avenir de la monarchie, la santé préoccupante de plusieurs membres de sa famille et les polémiques qui secouent la Cour royale.
À 89 ans, le souverain apparaît plus que jamais déterminé à défendre l'institution qu'il incarne depuis plus de trois décennies.
Les Norvégiens soutiennent Harald V… mais s'interrogent sur l'avenir
L'entretien du roi Harald V à la presse intervient dans un contexte particulier. Quelques jours auparavant, la chaîne publique norvégienne NRK a publié un nouveau sondage réalisé par Norstat sur la perception de la monarchie.
Les résultats montrent qu'une majorité de Norvégiens demeure attachée à son régime monarchique. Selon l'enquête, 64 % des personnes interrogées soutiennent aujourd'hui la monarchie, contre 23 % favorables à une république, tandis que 13 % déclarent ne pas avoir d'opinion arrêtée. Cette progression de quatre points par rapport au précédent sondage de février 2026, où le soutien n'atteignait que 60 %, constitue un léger rebond après plusieurs mois particulièrement difficiles pour la Maison royale. Néanmoins, ce résultat reste le troisième plus faible niveau de soutien enregistré par Norstat pour NRK depuis le début de ses enquêtes sur la monarchie.
La baisse apparaît d'autant plus spectaculaire lorsqu'on la compare aux années précédentes. En 2017, à l'occasion du 80e anniversaire du roi Harald, le soutien à la monarchie atteignait 81 %, soit dix-sept points de plus qu'aujourd'hui. L'institution a donc perdu une partie de son capital de confiance au cours de la dernière décennie.
La monarchie face à la nouvelle génération Z, disparate selon les régions
L'un des enseignements les plus significatifs du sondage concerne l'avenir de la monarchie après le règne de Harald V.
À la question : « Si le roi Harald abdique ou décède, la Norvège doit-elle conserver la monarchie ou adopter une autre forme de gouvernement, par exemple une république ? », 60 % des Norvégiens répondent qu'ils souhaitent maintenir la monarchie, tandis que 29 % préfèreraient une autre forme de régime. Les 12 % restants se disent indécis. Autrement dit, près d'un Norvégien sur trois considère désormais que la monarchie pourrait prendre fin après Harald V. Cette tendance nourrit les débats sur la capacité du futur roi Haakon à bénéficier du même niveau d'affection populaire que son père.
Le sondage met également en évidence une fracture générationnelle particulièrement marquée.
Les jeunes Norvégiens apparaissent comme les plus sceptiques vis-à-vis de l'avenir de la monarchie. Parmi les 18-29 ans, seuls 51 % souhaitent que la monarchie se poursuive après Harald V, tandis que 35 % estiment qu'elle devrait disparaître avec lui. Les autres se déclarent sans opinion. Cette catégorie d'âge constitue donc le groupe le moins favorable à la continuité monarchique. À l'inverse, le soutien demeure très élevé chez les générations plus âgées, qui ont connu l'intégralité ou la majeure partie du règne de Harald V et continuent de voir dans la Couronne un symbole de stabilité politique et nationale.
Pour plusieurs observateurs, cette évolution représente probablement le principal défi auquel sera confronté le futur règne du prince héritier Haakon.
L'étude de Norstat révèle également d'importantes disparités géographiques. C'est dans le sud de la Norvège que la monarchie bénéficie du soutien le plus fort, avec 71 % d'opinions favorables. À l'inverse, l'ouest du pays affiche les résultats les plus faibles, avec 59 % de soutien, soit cinq points de moins que la moyenne nationale. Un paradoxe relevé avec amusement par les élus locaux du Vestland, précisément la région que visitait le roi Harald au moment de la publication de l'enquête.
Ces interrogations semblaient pourtant bien lointaines lors de l'arrivée du souverain à Etne. Dans cette localité de quelque 4 000 habitants, les rues ont été décorées de drapeaux norvégiens tandis que les habitants avaient revêtu leurs costumes nationaux pour accueillir le roi. La maire de cette municipalité, Mette Heidi Bergsvåg Ekrheim, s'est dit surprise d'apprendre que l'ouest de la Norvège constituait pourtant la région la plus sceptique envers la monarchie.« Aujourd'hui, si vous interrogez les habitants d'Etne, je pense que vous obtiendrez un soutien proche de 100 % », a-t-elle déclaré avec humour.
Pour l'élue locale, la présence du roi contribue directement au sentiment d'appartenance nationale et renforce le lien entre la population et la famille royale.
Les inquiétudes autour de la santé de la famille royale
Mais derrière les sourires et les acclamations, les préoccupations sont nombreuses au sein de la Maison royale.
Harald V a d'abord donné des nouvelles rassurantes de son épouse, la reine Sonja de Norvège. Hospitalisée récemment à Oslo après des problèmes cardiaques et un épisode de fibrillation auriculaire, la souveraine de 88 ans a pu quitter l'hôpital. « Son état est bien meilleur ! », a confié le roi. Selon lui, la reine souffre moralement de ne plus pouvoir assurer ses activités habituelles, mais son traitement semble désormais stabilisé.
La situation apparaît en revanche beaucoup plus inquiétante concernant la princesse héritière Mette-Marit de Norvège. Atteinte depuis 2018 d'une fibrose pulmonaire chronique, l'épouse du prince héritier Haakon de Norvège voit son état se détériorer progressivement. Les médecins envisagent désormais la possibilité d'une évaluation en vue d'une transplantation pulmonaire dans les plus brefs délais.
Lors des célébrations de la fête nationale norvégienne en mai, la princesse héritière était apparue portant un dispositif d'assistance respiratoire. Quelques jours plus tôt, le prince héritier Haakon avait lui-même reconnu publiquement son inquiétude. « La princesse héritière est gravement malade et je pense que son état s'est quelque peu aggravé ces derniers temps », avait-il déclaré devant la presse. Son père a confirmé cette analyse avec une franchise inhabituelle : « Elle est gravement malade. Il n'y a malheureusement aucun doute à ce sujet. ».
Au-delà des questions de santé, le roi a également été interrogé sur un sujet particulièrement sensible : les anciennes relations entre la princesse héritière Mette-Marit et Jeffrey Epstein. Le souverain a affirmé avoir découvert ces révélations en même temps que le grand public. « Je l'ai appris lorsque vous l'avez appris. Et je n'en sais pas davantage que vous. ». Mais Harald V a surtout tenu à défendre fermement sa belle-fille : « Il faut se rappeler que la princesse héritière n'a rien fait d'illégal. ».
Le roi a également insisté sur le fait que Mette-Marit avait coupé tout lien avec Epstein très tôt, bien avant de nombreuses autres personnalités norvégiennes. « Contrairement à d'autres en Norvège, elle a rompu cette relation très tôt. Je pense qu'il faut lui en reconnaître le mérite. », a déclaré le souverain.
Le roi, dernier grand symbole d'unité nationale
Les difficultés de la famille royale ne se limitent toutefois pas à l'affaire Epstein.
Le soutien à la monarchie a connu ses plus fortes baisses à la suite de plusieurs controverses récentes : le mariage très médiatisé de la princesse Märtha Louise de Norvège avec le chaman afro-américain Durek Verrett, l'arrestation et les ennuis judiciaires de Marius Borg Høiby (fils de la princese héritière, née d’une précédente relation, sorti de prison après 3 mois d'incarcération et dans l'attente de son verdict le 15 juin prochain), ainsi que les révélations autour des fréquentations passées de Mette-Marit.
À l'automne 2024, après ces affaires successives, le soutien à la monarchie avait atteint son deuxième niveau le plus faible jamais enregistré. Malgré ces turbulences, Harald V continue de bénéficier d'un immense capital de sympathie. Il a d’ailleurs tenu à rappeler calmement la stabilité des institutions norvégiennes. Sans entrer dans une réflexion politique approfondie, Harald V a souligné qu'il existait un ordre de succession clairement établi et que la monarchie norvégienne disposait de toutes les garanties nécessaires pour assurer sa continuité. Depuis plusieurs années, le prince héritier Haakon se prépare progressivement à assumer davantage de responsabilités officielles. Son accession future au trône ne fait l'objet d'aucune contestation institutionnelle.
Pour de nombreux observateurs, la question est désormais moins celle de la succession que celle de la capacité de la nouvelle génération royale à conserver le lien privilégié que Harald V a su bâtir avec les Norvégiens depuis son accession au trône en 1991. Dans les rues d'Etne, de nombreux habitants résumaient ce sentiment avec simplicité : « Les gouvernements changent, à droite comme à gauche, mais le roi reste le roi. Il est un symbole d'unité et de continuité. ».
Mais les chiffres du sondage révèlent aussi une réalité nouvelle : si Harald V demeure extrêmement populaire, la monarchie norvégienne entre progressivement dans une période de transition où l'avenir de l'institution dépendra largement de la capacité de la génération suivante à convaincre une jeunesse de plus en plus hésitante.
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