Au Liechtenstein, le prince Alois a annoncé mettre son veto à la légalisation de l’avortement durant les douze premières semaines. Une décision qui relance le débat sur les droits des femmes, la protection de la vie à naître et les pouvoirs de la monarchie.
Le prince héréditaire Alois de Liechtenstein, 58 ans a mis son veto à une réforme qui aurait autorisé l’interruption volontaire de grossesse durant les douze premières semaines.
Malgré une mobilisation citoyenne ayant recueilli près de 5 000 signatures et un vote parlementaire favorable, la principauté maintient l’une des législations les plus restrictives d’Europe. Une décision qui ravive le débat sur la protection de l’enfant à naître, les droits des femmes et les prérogatives constitutionnelles de la monarchie.
Une réforme portée par une initiative populaire
Le Liechtenstein ne légalisera pas, dans l’immédiat, l’interruption volontaire de grossesse. Mercredi 21 octobre 2026, le prince héréditaire Alois, qui exerce les fonctions de chef de l’État au nom de son père depuis deux décennies, le prince souverain Hans-Adam II, a mis son veto au projet de réforme adopté quelques semaines auparavant par le Parlement. Le texte prévoyait d’autoriser l’avortement durant les douze premières semaines de grossesse, selon un modèle comparable à celui appliqué en Suisse.
À l’origine de cette tentative de réforme se trouve une initiative populaire ayant recueilli près de 5 000 signatures, soit cinq fois le seuil requis pour engager la démarche. Dans cette principauté d’environ 41 000 habitants, où le catholicisme occupe une place institutionnelle particulière et demeure la religion d’État, cette mobilisation a mis en évidence l’existence d’un débat de société jusqu’alors largement contenu dans un cadre juridique particulièrement strict. Le projet avait été porté par le comité « Fristenlösung für Liechtenstein », soutenu par le parti de gauche Freie Liste (Liste libre) et sa figure de proue, Tatjana As’Ad, d’origine indonésienne par son mère.
Début septembre, le Parlement avait adopté le projet à une voix près, par treize voix contre douze. Un résultat qui a témoigné des divisions qui traversent la représentation parlementairer sur une question mêlant convictions religieuses, libertés individuelles, santé publique et protection de la vie prénatale.
Le prince Alois invoque la protection de l’enfant à naître
La décision du prince héréditaire ne constitue pas une surprise. Le régent Alois avait annoncé depuis plusieurs mois qu’il s’opposerait à l’initiative si celle-ci était approuvée. Son veto s’inscrit dans une conception de la protection de la vie qui accorde une importance centrale à l’enfant à naître.
Pour le prince, la question ne saurait être réduite à la seule liberté individuelle de la femme enceinte. Elle engage également une responsabilité collective à l’égard de la vie en développement. Cette approche s’inscrit dans une tradition morale historiquement influencée par le catholicisme, même si les convictions religieuses ne résument pas, à elles seules, l’ensemble des arguments avancés dans le débat.
Le chef de l’État n’exclut toutefois pas toute évolution. Il se montre favorable à un assouplissement de certains aspects du dispositif actuel, notamment à l’autorisation de campagnes d’affichage consacrées à l’avortement et à un meilleur accompagnement des femmes avant, pendant et après la grossesse.
Cette ouverture suggère une distinction entre deux questions : celle de la légalisation de l’interruption volontaire de grossesse et celle de l’information, de la prévention et de l’accompagnement des femmes confrontées à une grossesse non désirée. Sur ce second terrain, une évolution demeure envisageable sans remettre en cause immédiatement le principe de l’interdiction.
À la différence de pays voisins comme la Suisse ou l’Autriche, le Liechtenstein maintient une interdiction de principe de l’avortement, assortie d’exceptions limitées, notamment lorsque la vie de la mère est en danger ou dans certaines situations de viol. Selon les cas d’avortement, le code pénal de la principauté prévoit entre 1 et 5 ans d’emprisonnement toutes femmes qui tenteraient de passer outre la loi.
Une colère politique après le veto princier
La décision d’Alois a provoqué la colère du comité à l’origine de l’initiative populaire. Celui-ci dénonce une « démonstration de force aux dépens des personnes concernées » et accuse le prince de faire passer ses convictions avant le processus démocratique.
Ses membres estiment que le vote parlementaire aurait dû ouvrir la voie à une évolution de la législation et reprochent aux institutions de ne pas avoir soumis la question à un vote populaire. Plusieurs actions sont annoncées afin de manifester leur opposition à la décision, dont un rassemblement prévu samedi 24 octobre à Vaduz, la capitale, sous les fenêtres du château. Pour les partisans de la réforme, l’enjeu dépasse désormais la seule question de l’avortement. Il concerne également la place de la volonté populaire dans le fonctionnement des institutions et les limites du pouvoir princier.
Le Liechtenstein possède en effet une monarchie constitutionnelle dans laquelle le souverain conserve des prérogatives plus étendues que celles de nombreux monarques européens. L’intervention d’Alois rappelle que le pouvoir princier ne se limite pas à la représentation symbolique de la nation : il peut également peser sur l’issue d’un processus législatif. Pour autant, le veto ne saurait être analysé uniquement comme un affrontement entre monarchie et démocratie. Il s’inscrit dans un système institutionnel particulier, dont les règles organisent la coexistence entre le Parlement, les mécanismes de démocratie directe et la Maison princière. La controverse porte précisément sur l’équilibre entre ces différents pouvoirs.
En bloquant la réforme, le prince Alois maintient le cadre juridique existant, mais ne met pas fin aux interrogations qui ont conduit à l’initiative populaire. Le nombre important de signatures recueillies témoignent d’une mobilisation significative dans un pays de petite taille, où les questions de société peuvent rapidement prendre une dimension institutionnelle.
L’ouverture du prince à un meilleur accompagnement des femmes enceintes pourrait constituer une piste de compromis, à condition que des mesures concrètes soient effectivement mises en place. Reste à déterminer si ces aménagements répondront aux préoccupations des défenseurs de la réforme, qui réclament avant tout la reconnaissance d’un droit à l’interruption volontaire de grossesse.
Pour la Maison princière, la protection de la vie à naître demeure une priorité. Pour les partisans de la légalisation, l’interdiction continue de faire obstacle à la liberté de décision des femmes et à l’égalité d’accès aux soins. Entre ces deux visions, le Liechtenstein reste confronté à une question fondamentale : comment concilier les convictions d’une société attachée à son héritage religieux, les exigences de la santé publique et l’évolution des attentes démocratiques ?
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