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Le prince Aimone de Savoie-Aoste : ses confidences

Entre souvenirs d'enfance, confidences sur son père et réflexion sur l'héritage de la Maison de Savoie, le duc Aimone de Savoie-Aoste a livré un témoignage rare lors d’une interview.

Parler du prince Aimone de Savoie-Aoste revient inévitablement à évoquer l'une des familles les plus emblématiques de l'histoire italienne. Descendant direct du roi Victor-Emmanuel II, premier souverain de l'Italie unifiée, Aimone de Savoie-Aoste, né en 1967, est le fils du prince Amedeo de Savoie-Aoste (1943-2021), longtemps considéré par une partie des monarchistes italiens comme le véritable chef de la Maison royale.

Depuis la disparition d'Amedeo, le prince Aimone est devenu le sixième duc d'Aoste et a relevé les prétentions au trône de son père. Son statut s'inscrit toutefois dans une querelle successorale qui oppose depuis près de vingt ans la branche d'Aoste à celle issue du dernier roi d'Italie, Umberto II.

Maison royale de Savoie@FDN/KG

Une querelle dynastique toujours ouverte

Le différend remonte au mariage du prince Victor-Emmanuel de Savoie, fils d'Umberto II, avec Marina Doria en 1971. Amedeo de Savoie-Aoste considérait que cette union ne respectait pas les règles dynastiques de la Maison de Savoie et contestait, par conséquent, les droits successoraux de Victor-Emmanuel puis de son fils Emmanuel-Philibert.

En 2006, Amedeo se proclame chef de la Maison de Savoie, ouvrant une longue bataille judiciaire et symbolique entre les deux branches familiales, divisant profondément la mouvance monarchiste. Si la justice italienne a notamment reconnu au prince Amedeo le droit d'utiliser le titre de duc de Savoie-Aoste, la question de la chefferie dynastique demeure essentiellement une affaire de légitimité historique et monarchique, sans conséquence institutionnelle dans une Italie républicaine depuis le référendum de 1946.

Le prince Aimone adopte cependant un ton beaucoup plus mesuré que celui de son prédécesseur tout en rappelant qu’il est désormais l’aîné d’une famille largement réhabilitée en Italie.

Grandir avec un nom qui pèse sur ses épaules

Lors de son entretien avec le Torino Corriere, le prince Aimone est revenu avant tout sur son enfance. Avec humour, il raconte que les titres princiers étaient souvent source de plaisanteries entre lui et ses deux sœurs : « Nous plaisantions avec mes sœurs sur qui était le duc d'Aoste. Bianca, l'aînée, aurait dû être elle, puisqu'elle était plus autoritaire. Nous faisions ces blagues pour dédramatiser. La beauté sauvera le monde, disait Dostoïevski, mais c'est l'humour qui aide à vivre. », s'amuse t-il.

Derrière cette légèreté se cache pourtant une enfance marquée par le poids de l'histoire familiale.

Né seulement vingt-et-un ans après la chute de la monarchie italienne, le prince Aimone de Savoie-Aoste explique avoir grandi dans un environnement où le souvenir de la royauté demeurait très présent. « J'ai rencontré beaucoup de personnes qui avaient prêté serment au roi. Le sens de ce que la Maison de Savoie avait accompli restait très fort, ainsi que l'idée de la manière dont un garçon portant ce nom devait être éduqué. ».

Cette éducation, il la décrit comme particulièrement exigeante. « On considérait que l'éducation devait être gravée dans un enfant comme on grave un bloc de marbre. Heureusement, aujourd'hui, il n'y a plus de granit dans notre famille. », explique-t-il.

Le prince Aimone évoque également le divorce de ses parents, un événement exceptionnel dans l'Italie des années 1970. Sa mère, la princesse Claude d'Orléans, quitte finalement l'Italie pour les États-Unis tandis que les trois enfants restent auprès de leur père. « C'était l'un des premiers divorces en Italie. Nous sommes restés avec notre père simplement parce qu'il n'existait pratiquement aucune jurisprudence. Aujourd'hui, cela ne se produirait probablement plus. » , poursuit-il avec une pointe de regrets.

Le prince garde néanmoins le souvenir d'une enfance heureuse dans le domaine agricole familial du Borro, en Toscane : « Mon père adorait cette propriété. Il aimait les animaux. Nous avons grandi presque comme dans une ferme, avec un très fort esprit de famille. »

C'est lorsqu'il parle de son père que l'entretien devient le plus personnel. Aimone de Savoie-Aoste décrit un homme profondément marqué par son éducation et par les responsabilités attachées à son nom. « Il portait tout le poids de ce nom. Je crois qu'il était beaucoup plus oppressé que moi. », affirme le prince.

Selon lui, Amedeo n'a jamais réellement réussi à trouver sa propre place. « Il ne se sentait véritablement heureux que lorsqu'il était à Pantelleria ou en Afrique. Il n'a jamais réussi à enlever cette armure qu'il portait. », affirme-t-il.

Le duc d'Aoste rappelle que son père avait perdu son propre père, le roi désigné Aimone de Croatie, à seulement cinq ans. Sa grand-mère, la princesse Irène de Grèce, lui avait transmis une maxime qui allait guider toute son existence : « Fais ce que tu veux, choisis ton propre chemin, mais n'oublie jamais qui tu es et le nom que tu portes. ».

Un prince davantage tourné vers l'avenir que vers le trône

À quinze ans, le prince Aimone est envoyé au collège naval Morosini de Venise.

Une séparation difficile qui changera pourtant sa vie. « Ce fut mon salut. Le détachement m'a permis de développer une conscience différente et une autre vision du monde. », se rappelle-t-il.

Très tôt, il souhaite gagner son indépendance. Devenu enseigne de vaisseau de 1re classe, il participe à des exercices de l'OTAN en Méditerranée et dans l'Atlantique avant de prendre part à une mission de la guerre du Golfe à bord de la frégate Maestrale.

En 1992, alors que l'Union soviétique vient tout juste de disparaître, Aimone de Savoie-Aoste prend une décision qui surprend toute sa famille. Il quitte l'Italie pour Moscou. « À vingt-quatre ans, avec un ami, nous avons décidé de partir vivre en Russie. », explique-t-il.

Son père accueille très mal cette initiative. « Quand je lui ai annoncé cette aventure, il ne m'a plus parlé pendant un an et demi. », fait-il part. Un souvenir douloureux mais avec le recul, Aimone de Savoie-Aoste estime pourtant avoir fait le bon choix. « À Moscou, personne ne se souciait que mon nom soit Savoie. C'est précisément ce que je cherchais. », ajoute le prince.

Entré chez Pirelli en 2000, il devient directeur général pour la Russie et les pays de l'ex-URSS. Nommé vice-président de l'association des entreprises italiennes en Russie en 2006, il quitte Moscou en janvier 2023 après plus de vingt ans de carrière dans le pays pour prendre le poste de vice-président senior en charge des affaires institutionnelles du groupe Pirelli-Italie.

Marié à la princesse Olga de Grèce, petite-fille du prince Michel de Grèce et apparentée aux Romanov comme à la famille royale britannique, père de trois enfants, le prince Aimone reste profondément attaché à l'histoire de sa famille sans pour autant nourrir un discours nostalgique.

Pour lui, la Maison de Savoie appartient désormais au patrimoine historique italien. « Les Savoie ne représentent plus qu'un souvenir historique. », regrette-t-il. Moins de 20% des Italiens souhaitent le retour de la monarchie. « L'Italie d'aujourd'hui n'est pas née en 1946, mais en 1861. Elle plonge ses racines dans le royaume de Sardaigne, dans le Piémont, dans le Statut albertin et dans une remarquable capacité administrative. J'aimerais que cette histoire, qui est aussi celle de ma famille, soit regardée autrement et davantage valorisée. », déclare le prince Aimone de Savoie-Aoste.

Bien que cet ambassadeur de l’Ordre souverain militaire de Malte en Russie doute du rétablissement de la monarchie abolie lors d’un référendum truqué, il assure son devoir. Il est régulièrement invité à des conférences, commémorations ou inaugurations, prêt à transmettre le flambeau à la prochaine génération. Soutenu par l’Union monarchique italienne (UMI), il ne souhaite pas s’impliquer politiquement.

Sans renier l'histoire de la Maison de Savoie, il plaide avant tout pour une reconnaissance de son rôle dans l'unification de l'Italie, davantage que pour un quelconque retour de la monarchie. Une manière de refermer, au moins sur le plan personnel, un chapitre douloureux d'une dynastie qui continue, près de quatre-vingts ans après la naissance de la République italienne, à susciter débats et passions.

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Date de dernière mise à jour : 22/07/2026