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Bourbon-Siciles, Napoléon et RN : les symboles d’une séquence très française

Sous le dôme des Hôtel des Invalides, la présence de la princesse Maria-Carolina de Bourbon-Sicile à la messe en hommage à Napoléon Bonaparte a attiré l’attention. Entre mémoire impériale et actualité médiatique autour de sa relation avec le député Jordan Bardella, président du Rassemblement National, cette apparition ravive les liens complexes entre la Maison de Bourbon- Deux-Siciles et celle de l’Empereur. 

Bien que ce soit désormais devenu récurent, la princesse Maria-Carolina de Bourbon-Sicile, 22 ans, s'est rendue à l'Hôtel des Invalides pour la commémoration organisée annuellement en hommage à Napoléon Ier pour l'anniversaire de son décès.

Sa présence a attiré l'attention de la presse « people » plus que d'habitude en raison de ses liens amoureux avec Jordan Bardella, Président du Rassemblement national.

 

 

Les Bourbon-Siciles rendent hommage à Napoléon Ier

« L’épopée de Napoléon Bonaparte résonne encore ici, deux siècles plus tard, sous le dôme des Invalides à Paris. Entre un devoir de mémoire qui nous oblige, grandeur et héritage, la messe d’hommage s’est tenue ce 5 mai 2026 »,  a écrit sur son compte Instagram (a fille de Charles de Bourbon des Deux-Siciles, un des prétendants à la couronne de cet état tombé lors du Risorgimento (1861). « Y voir autant de personnes réunies pour honorer une même mémoire reste quelque chose d’assez saisissant… » , a également ajouté sa soeur cadette, la princesse Maria Chiara, à l'occasion de cet événement qui a rassemblé des centaines nostalgiques du Premier et du Second Empire.

Photos prises entre les drapeaux français présents au sein de la Cathédrale Saint-Louis des Invalides, la princesse Maria-Carolina soigne son style, drapée dans un tailleur noir que casse sa blondeur naturelle. Elle n'était pas réapparue depuis la confirmation de son couple avec Jordan Bardella, président du Rassemblement National (RN), via une série de « photos volées»  publiées par Paris Match, le 9 avril dernier, et prises alors que le couple était en vacances en Corse.

Si certains internautes n'ont pas manqué de s'étonner de la présence des Bourbon-Siciles à cette messe au regard de ce que fut l'Histoire et les relations détestables entre cette famille et Napoléon Ier, il se trouve que par un truchement généalogique, la princesse Maria-Carolina est également la cousine de Jean-Christophe Napoléon VII, considéré comme un prétendant à la couronne impériale par ses partisans. En effet, la mère du descendant de Jérôme Bonaparte, roi de Westphalie, est également la soeur du prince Charles de Bourbon-Sicile. 

Le roi Ferdinand IV, son épouse et sa famille@wikicommons

Les Bourbon-Siciles et la France révolutionnaire

Lorsque l’on évoque les relations entre Napoléon Bonaparte et la maison des Maison de Bourbon-Siciles, l’image qui domine est celle d’une opposition frontale. Entre l’Empereur français et la dynastie issue des Bourbons d’Espagne, les rapports furent d’abord marqués par la guerre, la méfiance et les renversements de trônes. Pourtant, derrière cette rivalité apparente se cache une histoire plus complexe mêlant diplomatie familiale, recomposition de l’Europe et alliances matrimoniales inattendues.

Car les Bourbon-Siciles furent à la fois des ennemis de Napoléon, des victimes de sa politique continentale… mais aussi, paradoxalement, des alliés indirects de l’ordre napoléonien après la chute de l’Empire.

La maison des Bourbon-Siciles règne alors sur le royaume de Naples et sur la Sicile. Cette branche cadette des Bourbons espagnols, fondée au XVIIIe siècle, contrôle l’un des plus vastes États italiens. La Révolution française de 1789 bouleverse profondément l’équilibre européen. Comme la plupart des monarchies catholiques, Naples voit dans les idées révolutionnaires une menace existentielle. La cour napolitaine, influencée par la reine Marie-Caroline d'Autriche, sœur de Marie-Antoinette, développe une hostilité viscérale envers la France révolutionnaire.

La première rencontre indirecte entre Napoléon Bonaparte et les Bourbon-Siciles intervient lors de la campagne d’Italie de 1796-1797. Le jeune général français transforme alors l’équilibre militaire européen. Les États italiens tombent les uns après les autres sous influence française. Naples tente d’abord la prudence avant de rejoindre les adversaires de la France. Mais les défaites autrichiennes isolent rapidement le royaume. Les troupes françaises avancent vers le sud, obligeant Ferdinand IV à négocier. En 1798, encouragé par la flotte britannique de l'amiral Horatio Nelson, le royaume de Naples tente une offensive contre la République française installée à Rome. L’opération tourne rapidement au désastre. Les Français contre-attaquent et entrent dans Naples.

Le maréchal Joachim Murat, roi de Napes @wikicommons

Les Napoléon et le royaume de Naples

L’un des épisodes les plus traumatiques pour les Bourbon-Siciles survient en 1799 avec la proclamation de la République parthénopéenne.

Face à l’avancée française, le roi Ferdinand IV (1751-1825) et sa cour fuient Naples pour se réfugier en Sicile sous protection britannique. Cette fuite marque durablement l’imaginaire politique napolitain : les Bourbons apparaissent dépendants de Londres tandis que les Français imposent une expérience révolutionnaire dans le sud de l’Italie. La République parthénopéenne ne survit toutefois que quelques mois. Une contre-révolution menée par le cardinal Fabrizio Ruffo permet le retour des Bourbons. La répression est féroce : de nombreux républicains napolitains sont exécutés.

Lorsque Premier Empire est proclamé, les Bourbon-Siciles restent parmi les adversaires les plus constants de Napoléon Ier. Après la victoire française d’Austerlitz 1805), Napoléon décide de régler définitivement la question napolitaine. Il accuse Ferdinand IV d’avoir trahi sa neutralité en accueillant des forces britanniques et russes. En 1806, les armées françaises envahissent le royaume de Naples. Le roi Ferdinand s’enfuit à nouveau en Sicile. Napoléon déclare alors : « La dynastie de Naples a cessé de régner. ».

Cette phrase symbolise la volonté impériale de remodeler l’Europe dynastique selon les intérêts français.

Napoléon place d’abord son frère Joseph Bonaparte sur le trône napolitain. C’est l’un des exemples les plus emblématiques du « système familial » napoléonien : l’Empereur distribue les couronnes européennes à ses proches afin de consolider son contrôle du continent. Mais Joseph est rapidement transféré en Espagne. En 1808, Naples revient au maréchal Joachim Murat, époux de Caroline Bonaparte. Sous le règne du héros d'Eylau, Naples connaît d’importantes réformes administratives inspirées du modèle français : abolition de certains privilèges féodaux ; modernisation de l’État ; réformes juridiques ; centralisation administrative ; développement des infrastructures. Joachim Murat va très rapidement acquérir une popularité auprès des Napolitains

Pour autant, le pouvoir napoléonien ne contrôle réellement que la partie continentale du royaume. La Sicile reste entre les mains des Bourbon-Siciles grâce à la protection de la Royal Navy britannique qui impose au souverain une constitution (1812) limitant théoriquement les pouvoirs royaux. Londres espère transformer la Sicile en monarchie parlementaire stable capable de contrer durablement l’influence française en Italie.

En 1814, l’abdication de Napoléon provoque un spectaculaire retour de situation. Si le maréchal Joachim Murat a réussi à sauvegarder son trône, il le perd dès lors qu’il rallie l’Empereur à son retour de l’île d’Elbe. Avec la défaite de Waterloo, Joachim Murat tente de reprendre pied dans ses anciens états mais il est capturé et exécuté.  Après le Congrès de Vienne (1815), le roi Ferdinand retrouve l’ensemble de ses États.

En 1816, il fusionne officiellement Naples et la Sicile dans le nouveau Royaume des Deux-Siciles sous le nom de Ferdinand Ier des Deux-Siciles. Le retour bourbonien s’accompagne d’une politique conservatrice destinée à effacer l’héritage napoléonien. Pourtant, beaucoup de réformes administratives mises en place sous Joseph et Murat subsistent encore en pratique. Le maréchal étant même honoré en Italie, considéré comme un des précurseurs du Risorgimento. 

 

 

La duchesse de Calabre, compagne assumée par Jordan Bardella

Paradoxalement, les relations entre les descendants de Napoléon et ceux des Bourbon-Siciles deviennent progressivement plus apaisées au XIXe siècle. Les dynasties européennes, malgré les guerres passées, reprennent leurs logiques matrimoniales traditionnelles. Plusieurs alliances familiales rapprochent progressivement les maisons issues des anciens adversaires. La plus célèbre est sans doute le mariage de Napoléon-Jérôme Bonaparte avec Marie-Clotilde de Savoie dans un contexte où les réseaux monarchiques européens se recomposent autour d’alliances dynastiques multiples impliquant également les Bourbon-Siciles.

Si la princesse Maria-Carolina ne s'est pas encore exprimée sur cette relation, sa famille craignant une pression de la presse de son propre aveu, l'éventuel candidat à l'élection présidentielle de 2027 a été plus prolixe dans les médias. « C’est une femme extrêmement courageuse, intelligente, élégante et qui a des qualités certaines. Elle a cette solidité, un nom, une histoire, un héritage qui l’ont conditionnée dès le plus jeune âge à une forme d’exposition, mais on arrive encore à se protéger. En tout cas, on est très heureux », a déclaré Jordan Bardella, 30 ans, interrogé sur sa relation sur CNEWS.  « C’est du sérieux »,  a-t-il ajouté en reprenant à son compte la phrase d'un certain Nicolas Sarkozy lorsque ce dernier avait évoqué sa relation avec la mannequin et chanteuse Carla Bruni.  

C’est en janvier dernier que les deux tourtereaux avaient été aperçus, quittant ensemble la soirée organisée par Le Figaro pour son 200e anniversaire de création. La séquence était rapidement devenue virale et machine journalistique s’était alors emballée sur cette relation loin d’être anodine pour les experts politiques

Pour autant, Jordan Bardella profite-t-il de cette relation très médiatisée, appelée à s’accroître dans le temps. Pour le quotidien Le Matin, cette romance royale -qui a vu naître des curiosités journalistiques sur un éventuel titre de prince que l’élu pourrait porter en cas de mariage avec la princesse Maria-Carolina- ne lui ait pas vraiment favorable. « Afficher son bonheur privé avec une personne issue de la noblesse mondialisée, alors qu’on est censé représenter la France qui souffre, passe mal. Il y a un grand écart avec les Français qui ont eu des difficultés au quotidien », affirme Gaël Slimani. Le président et cofondateur d'Odoxa a du mal à voir une adhésion des Français à cette alliance entre royauté et république comme ticket gagnant.

 

 

Une princesse capétienne dans le très républicain palais de Elysée ?

La princesse Maria-Carolina de Bourbon-Sicile, duchesse de Calabre, future épouse de président ? Pour les électeurs du RN et et les adhérents du parti de Marine Le Pen, la jeunesse de cette « guéparde » n'est en rien un frein. C'est d'ailleurs un pas qu'ils ont déjà franchi allégrement sur les réseaux sociaux adoubant unanimement cette relation entre la descendante de Louis XIV et l'euro-député RN, tous deux d'ascendance italienne.

Pour autant, d’autres esprits chagrins dénoncent autant ce storytelling mis en scène à des but électoralistes comme le style luxueux affiché par la princesse sur ses réseaux sociaux, jugé incompatible avec celui des Français qui doivent faire face à une sévère crise économique, loin de leur préoccupation. Au sein des élus parlementaires RN, on n’hésite pourtant pas à venir à la rescousse de son président, entre position assumée et gène palpable, et réclamer le respect de sa vie privée et de sa compagne.

Au-delà des clichés volés, des débats médiatiques et des symboles politiques entourant cette relation, l’éventuelle arrivée d’une princesse issue de la dynastie capétienne au palais de l'Élysée aurait une portée hautement historique. Pour la maison des Bourbons, chassée du trône de France par les révolutions du XIXe siècle mais toujours régnante en Espagne, le symbole serait considérable : celui d’un retour indirect des Lys au sommet de l’État français, près d’un siècle et demi après la chute définitive de la monarchie.

Reste désormais à savoir si les Français transformeront cette séquence médiatique et dynastique en réalité politique lors de l’élection présidentielle de 2027.

Copyright@Frederic de Natal

Date de dernière mise à jour : 07/05/2026