Paul de Grèce : prince par l’histoire, citoyen par conviction
Paul de Grèce : prince par l’histoire, citoyen par conviction
La chaîne grecque ANT1 a diffusé une interview approfondie du prince Paul de Grèce, au cours de laquelle l’héritier de l’ancienne famille royale s’est exprimé avec franchise sur son rapport à la politique, son histoire familiale et sa vision de son rôle dans la société grecque contemporaine.
Lors d'une interview particulièrement dense accordée à la chaîne grecque ANT1, le prince Paul de Grèce, 58 ans, s’est exprimé sans détour sur son rapport à la politique, l’héritage de son père, la place de l’ancienne famille royale dans la Grèce contemporaine et son désir de contribuer à la société en simple citoyen.
Entre introspection familiale et analyse historique, l’entretien dessine le portrait d’un héritier attaché à son pays, mais lucide sur la réalité institutionnelle actuelle.
Une passion politique héritée, mais sans ambition de pouvoir
Dès les premières minutes de l’entretien, Paul de Grèce reconnaît entretenir une relation intime avec la politique, nourrie par son histoire personnelle et familiale.
« Je pense à beaucoup de choses. Je dois dire que la politique me passionne. Je suis né dans une famille où elle était omniprésente. Ma vie a toujours été marquée par la politique », confie-t-il. Formé aux relations internationales aux États-Unis, il admet que cet intérêt constitue presque une seconde nature : « C’est une matière qui coule dans mes veines, si l’on peut dire. Mais je ne suis pas un homme politique. ».
Invité dans l’émission Enopios Enopio face au journaliste Nikos Hatzinikolaou, il insiste sur sa conception du rôle public, qu’il envisage davantage sous l’angle du service que du pouvoir. Pour lui, la politique demeure avant tout un instrument au service du collectif : « La politique est comme un art qui résout les problèmes d’une société. J’essaie, à ma manière, d’aider la société. » .Cette volonté se concentre particulièrement sur la jeunesse, qu’il considère comme l’enjeu majeur de l’avenir national.
Interrogé sur l’exemple de son oncle, Siméon II de Bulgarie, ancien souverain entre 1943 et 1946 (date de l’abolition de la monarchie), devenu Premier ministre en 2001 après la chute du bloc soviétique, le prince Paul exprime une certaine admiration qu’il prend en exemple. « Qu’a-t-il fait ? Le régime soviétique s’est effondré, la démocratie s’est instaurée et il a vu là l’occasion d’améliorer la situation de son pays », explique-t-il. L’héritier au trône se montre pourtant catégorique quant à toute hypothèse de restauration monarchique. « La démocratie et la Constitution en Grèce sont très solides – il n’y a absolument aucun doute là-dessus », affirme-t-il, rejetant toute spéculation sur un éventuel retour dynastique. Si l’institution a été abolie par la junte militaire au pouvoir en 1973, deux référendums ont confirmé que les grecs ne souhaitaient plus le retour de leurs rois.
Il insiste même sur le caractère définitivement clos de la question monarchique : « Cela fait maintenant cinquante ans… Nous sommes en 2026. La République existe toujours et est forte. La Constitution est solide. La question ne se pose plus. ». Selon un sondage de 2023 , 23 % des Grecs ont une opinion positive du régne de son père souhaitent le retour de la monarchie.
Cette position s’inscrit dans la continuité de l’attitude adoptée par son père, Constantin II de Grèce, après la chute de la monarchie. Paul de Grèce a souhaité souligner que l’ancien souverain s’était volontairement tenu à distance de toute tentative de déstabilisation politique, cherchant avant tout à préserver la cohésion nationale. Ce qu’il entend faire, sans préciser s’il a décider de fonder ou adhérer à un parti politique. « Mon père n’est jamais revenu pour créer des problèmes au gouvernement. Il voulait que la République reste forte. », explique t-il.
Le drame familial et la mémoire de l’exil
L’entretien a ensuite abordé les circonstances tragiques qui entourèrent la fin du règne de Constantin II. Paul de Grèce évoque avec émotion la solitude et la pression extrême subies par son père lors de la crise politique. Il décrit notamment l’encerclement de la résidence royale de Palais de Tatoï, la désorganisation des communications lors du contre coup d’état que le monarque a tenté de mettre en place dans la suite du « putsch des colonels» en 1967, son exil.
« C’était un jeune roi… s’ils n’avaient pas amené des chars pour l’encercler au Palais de Tatoï… il aurait peut-être agi différemment », estime-t-il, soulignant la complexité des décisions prises dans un contexte de tension extrême. Il insiste sur la solitude du monarque face à l’effondrement du régime : « Il était seul. Il n’avait rien d’autre autour de lui. Il avait une femme et une fille, qui attendait un enfant – moi – dans un mois. ». Il rappelle également l’influence morale exercée par son grand-père, dont il porte le nom, qui avait inculqué à Constantin II une philosophie sacrificielle du pouvoir : « Le roi doit souffrir avant le peuple… afin qu’il n’y ait jamais d’effusion de sang. ».
Paul de Grèce évoque également les relations tendues entre son père et la classe politique, notamment avec le Premier ministre Georges Papandréou, ainsi que les espoirs placés dans Konstantín Karamanlís, dont certaines promesses auraient nourri des désillusions. « Il a peut-être commis une erreur en faisant confiance à cette personne », reconnaît-il avec un certain recul.
L’apatridie, le retour aux racines et l’avenir de la nouvelle génération
Au-delà de la politique, l’entretien dévoile une dimension profondément personnelle : l’expérience de l’apatridie vécue par la famille royale après la perte de sa citoyenneté grecque (1994), sur ordre du gouvernement socialiste du Pasok. Paul de Grèce décrit l’humiliation ressentie lors des contrôles frontaliers après l’obtention de documents délivrés par le Danemark. « Aller à l’aéroport et se faire regarder droit dans les yeux par quelqu’un qui vous dit “apatride”… c’est difficile à comprendre pour tout le monde », confie-t-il.
Il évoque également la controverse liée à cette obligation, pour lui et sa famille, de porter le nom « Glücksburg », perçu comme étranger à l’histoire familiale : « Lorsque l’État a voté la loi, appelant mon père “Monsieur Glücksburg”, il devait reconnaître ce nom pour conserver sa citoyenneté… Comme ce n’était pas notre nom, nous avons consulté des juristes et des archives. » Aujourd’hui, la récupération de la nationalité grecque représente une victoire personnelle et symbolique : « La joie que nous éprouvons maintenant à l’aéroport… entrer et sortir directement sans faire la queue comme un immigré… c’est une immense joie pour moi. ».
Paul de Grèce se projette désormais vers l’avenir, notamment à travers sa famille. Il souligne son attachement à la transmission des valeurs grecques avec son épouse, Marie-Chantal de Grèce, évoque les projets de leur fils le diadoque Konstantinos-Alexios de Grèce, intéressé par les métiers de l’audiovisuel et envisageant de s’installer en Grèce, celui de ses 4 autres enfants .
Dessinant le portrait d’un héritier partagé entre mémoire dynastique et engagement civique, loin de toute revendication politique, Paul de Grèce affirme son attachement aux institutions démocratiques tout en revendiquant une place active dans la société grecque contemporaine. Des déclarations suivies en Grèce puisque le programme a attiré 20% d’auditeursen dépit de l'heure très tardive où elle a été diffusée.
Son message final se veut simple et direct, presque intime : « Je suis un Grec qui a grandi à l’étranger et qui est rentré au pays. Laissez-moi vivre ma vie… Je suis ici, je veux contribuer à mon pays, je veux lui être utile. Je ne demande rien de plus. ». À travers ces mots, Paul de Grèce incarne la transformation progressive de l’ancienne dynastie hellénique : d’une fonction souveraine vers une présence symbolique et culturelle, enracinée dans l’histoire nationale mais résolument tournée vers l’avenir.
C’est un ban qui se ferme peu à peu sur l’histoire monarchique de Grèce.