Monarchies et Dynasties du monde Le site de référence d’actualité sur les familles royales

Paul de Grèce à l’aube d’un engagement politique ?

Longtemps discret, Paul de Grèce semble aujourd’hui sortir de sa réserve. Sa récente exposition médiatique relance une question sensible : le chef de l’ancienne famille royale est-il prêt à s’engager en politique dans une Grèce toujours marquée par son passé monarchique ?

Longtemps cantonné à un rôle discret, entre devoir de mémoire et réserve institutionnelle, Paul de Grèce, chef de l’ancienne famille royale hellénique, semble aujourd’hui sortir de l’ombre. Sa récente apparition télévisée sur la chaîne ANT1 relance une question sensible : le prétendant au trône aboli en 1974 est-il prêt à franchir le Rubicon politique ?

Dans une Grèce encore marquée par son histoire monarchique, l’hypothèse suffit à raviver débats juridiques, passions idéologiques et interrogations démocratiques.

Une interview qui fait événement

Depuis plusieurs mois, ce sont des rumeurs qui circulent avec insistance en Grèce, largement évoquées par la presse nationale. Elles viennent de trouver un nouvel écho à la suite de la présence remarquée de Paul de Grèce sur le plateau de la chaîne privée ANT1, lors d’un entretien approfondi accordé au journaliste Nikos Hatzinikolaou. L’émission, enregistrée dans les studios Capa, est très attendue, regardée comme un test grandeur nature de sa capacité à s’adresser directement à l’opinion publique grecque.

Selon plusieurs témoins cités par le journal Newsbeast, le diadoque ( héritier) est apparu détendu, affable, presque serein. À son arrivée comme à son départ, il aurait multiplié les gestes cordiaux à l’égard des équipes techniques, serrant les mains, souriant, conscient sans doute du symbole que représentait cette première prise de parole d’ampleur depuis son retour progressif dans l’espace public grec.

Initialement programmée dans la grille classique de la chaîne, l’interview pourrait finalement faire l’objet d’une diffusion exceptionnelle, tant l’intérêt suscité dépasse le cadre habituel d’un simple entretien télévisé. Car au-delà de la personnalité, c’est bien la question d’un engagement politique — direct ou indirect — qui cristallise l’attention, divise la société grecque.

Une entrée en politique devenue crédible

L’hypothèse d’une implication politique de Paul de Grèce n’a rien d’anecdotique. Les médias, qui couvrent la vie des membres de la famille royale, ne cessent de formuler des scénarios quant à la possibilité de voir le prince Paul de Grèce soutenir, rejoindre, voire incarner une nouvelle formation politique, en rupture avec les partis traditionnels. Une perspective qui, dans un pays éprouvé par la crise économique (2008-), la défiance envers les élites et l’usure de l’alternance PASOK–Nouvelle Démocratie, trouve un écho particulier parmi les grecs qui se tournent désor2012mais vers leur passé.

Le 25 mars 2025, un épisode inattendu a contribué à nourrir ces spéculations. Lors des commémorations de l’anniversaire du déclenchement de la Révolution grecque, dans l’est du Mani, le maire local, Petros Andreakos, a publiquement appelé Paul de Grèce « Prince Paul ». Une dénomination aussitôt dénoncée par le ministère de l’Intérieur, qui avait alors engagé une procédure disciplinaire contre l’élu. Loin de se rétracter, le maire avait assumé ses propos : « Les titres ne meurent pas. Ils accompagnent une personne toute sa vie. »;

Une déclaration révélatrice de la persistance, dans certaines franges de la société grecque, d’un rapport ambigu à l’héritage monarchique. Sur le plan culturel et historique, celui-ci est souvent perçu comme un chapitre tumultueux de l’histoire moderne grecque. Depuis le XIXᵉ siècle, les rois « importés » — comme le prince Otto de Bavière ou les Schleswig-Holstein-Sonderbourg-Glücksbourg — ont eu des relations souvent conflictuelles avec les élites grecques et les aspirations démocratiques. Cette perception a perduré, car la monarchie n’a jamais été pleinement intégrée comme une institution issue de la société grecque ? mais plutôt comme une structure parfois étrangère et en décalage avec le caractère politique du pays, souvent destituée (1862, 1924, 1941, 1967), revenue par le biais de référendum (1920, 1935, 1946).

La figure de la famille royale suscite des sentiments contrastés dans la société grecque. D’un côté, certains montrent une forme de sympathie ou de nostalgie culturelle pour la dynastie — notamment dans des cercles traditionnels ou nostalgiques, où la monarchie est vue comme un patrimoine historique ou esthétique. Les funérailles du roi Constantin II ont été largement marquées par une émotion nationale.  De l’autre, une large majorité de Grecs restent attachés à la République (confortée en par un référendum avec à peine) et ne voient pas la monarchie comme une solution politique réaliste.

Le retour de la citoyenneté, une question explosive

L’intérêt pour Paul de Grèce s’explique aussi par son nouveau statut juridique. En décembre 2024, lui et sa famille ont officiellement retrouvé la nationalité grecque, perdue depuis 1994 à la suite de la suppression de leur état civil par le gouvernement du Pasok. Avec la chute du Mur de Berlin, le roi Constantin II avait fait un retour triomphal un an auparavant, suscitant toutes les inquiétudes des socialistes. Lesquels n’ont jamais caché leur animosité de la monarchie, appelant avec mépris la famille royale du nom de « Glücksbourg ».

Cette décision du gouvernement de la Nouvelle Démocratie ( dont certains élus sont proches de la famille royale) est devenue politiquement inflammable. Le choix du patronyme « de Grèce » (Ντε Γκρες) a immédiatement suscité la controverse. Si le gouvernement a jugé la procédure conforme au droit, plusieurs partis politiques — SYRIZA, le PASOK et le Parti communiste — ont dénoncé une décision qu’ils estiment contraire à l’esprit républicain. Des universitaires, dont le constitutionnaliste Nikos Alivizatos, ont souligné que ce nom relevait davantage d’un marqueur honorifique que d’un patronyme ordinaire, en contradiction avec la Constitution.

En février 2025, une objection juridique formelle a même été déposée par un professeur de droit administratif, dénonçant une possible discrimination indirecte au profit de l’ancienne famille royale. Preuve que, cinquante ans après l’abolition de la monarchie, la question dynastique demeure une ligne de fracture sensible.

Une parole politique déjà assumée

Si Paul de Grèce n’a jamais occupé de fonction officielle, il n’est pas pour autant resté silencieux. Très actif sur les réseaux sociaux, notamment sur X et Instagram, où il fédère plusieurs dizaines de milliers d’abonnés, il s’est exprimé à de nombreuses reprises sur la situation politique grecque et internationale.

Profondément marqué par la crise de la dette, il s’est montré critique envers les gouvernements successifs, dénonçant ce qu’il qualifie de « soixante-dix ans de duopole PASOK–Nouvelle Démocratie ». En 2015, il s’est opposé publiquement au Grexit et a soutenu le camp du « oui » lors du référendum sur la poursuite des négociations avec l’Union européenne pour une sortie de crise (le nom l’emporte avec 60%), tout en exprimant sa défiance vis-à-vis du gouvernement d’Aléxis Tsípras (2015-2019) — une position qui contrastait avec celle de son père, l’ancien roi Constantin II resté en retrait de toutes activités politiques à la fin de sa vie. Sollicité par des médias étrangers tels que Bloomberg TV, CNBC ou la presse allemande, Paul de Grèce a longtemps bénéficié d’une audience internationale plus large que nationale, son image restant ambivalente en Grèce même.

Concernant le retour de la monarchie, le prince Paul de Grèce se veut pragmatique. Interrogé en juillet 2023 sur la chaîne publique ERT, il affirme pourtant sans détour : « Il n’y aura plus jamais de roi en Grèce », affirmant que « la question de la monarchie est enterrée comme elle l'est pour tous les Grecs », et refuse de s'engager en politique dans son pays Il assurait alors ne vouloir ni fonction officielle ni carrière politique, se disant attaché à « perpétuer l’exemple familial » plutôt qu’à briguer un mandat.

Ces déclarations, aujourd’hui, sont relues avec attention. Car si le diadoque continue d’affirmer son respect des institutions républicaines, ses apparitions médiatiques, son retour en Grèce et son regain de visibilité nourrissent l’idée d’un repositionnement progressif comme l'espoir de ses partisans ( entre 10 e 20% des Grecs souhaitent le retour de la monarchie).

Paul de Grèce, héritier d’une monarchie déchue

Né en 1967 à Athènes, Paul de Grèce est le fils aîné du roi Constantin II, dernier souverain de Grèce.

Contraint à l’exil dès l’enfance après la chute de la monarchie (1967) avec le putsch des colonels, son abolition (1973), il grandit entre l’Europe et les États-Unis. Formé à Georgetown puis à la Stern School of Business de New York, il mène une carrière dans la finance avant de se consacrer à des activités philanthropiques et familiales. Marié à Marie-Chantal Miller depuis 1995 (des noces qui vont défrayer la chronique en raison de la présence de députés de la Nouvelle Démocratie), il est père de cinq enfants qui semble peu intéresser à ce stade par leur héritage royal.

Paul de Grèce avance aujourd’hui sur une ligne de crête. Entre héritage dynastique, reconnaissance citoyenne retrouvée et tentation politique, il incarne une figure singulière dans le paysage grec contemporain. Sans jamais revendiquer explicitement un rôle institutionnel, il teste, pas à pas, la place que la société hellénique est prête à lui accorder.

Son éventuelle entrée en politique ne signifierait pas le retour de la monarchie, mais poserait une question plus profonde : celle de la capacité de la Grèce à intégrer son passé dans le débat démocratique sans raviver ses fractures. Qu’il franchisse ou non le seuil de l’engagement, Paul de Grèce a déjà réussi une chose : remettre, malgré lui ou non, la mémoire royale au cœur de l’actualité politique.

Copyright@Frederic de Natal

Date de dernière mise à jour : 02/02/2026