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Grèce : la justice valide la nationalité et le nom de l’ancienne famille royale

Par une décision attendue, la plus haute juridiction administrative grecque a mis un terme à un contentieux sensible mêlant mémoire monarchique et droit constitutionnel. Au cœur de cette affaire, le prince Paul de Grèce, fils aîné du dernier roi des Hellènes, voit sa situation et celle de ses proches définitivement clarifiées aux yeux de la justice.

C’est une page juridique et symbolique qui se tourne en Grèce. Le Conseil d’État, plus haute juridiction administrative du pays, a confirmé la validité de la nationalité grecque accordée à dix membres de l’ancienne famille royale, tout en reconnaissant la légalité de l’usage du nom de famille « De Grèce ».

Rendue à l’issue de délibérations à huis clos, la décision, le 15 avril 2026, - dont la publication officielle est imminente - met fin à plusieurs années de débats autour du statut civil de cette famille autrefois régnante. Elle consacre, en droit, leur pleine intégration dans la République hellénique.

 

 

Une famille au cœur de l’histoire grecque contemporaine

Né en 1967, le prince Paul de Grèce est le fils aîné de Constantin II (1940-2023) et et de la reine Anne-Marie  (née en 1946). Il est à ce titre, considéré par les monarchistes comme le prince héritier d’une couronne abolie par le putsch des Colonels.

Élevé en exil après la chute de la monarchie la même année de sa naissance, il a construit une carrière internationale dans la finance avant de maintenir une présence médiatique et symbolique en Europe. Installé entre Londres et les États-Unis, le prince Paul incarne aujourd’hui une dynastie qui, sans rôle politique, continue de susciter l’intérêt et l’engouement en Grèce à chacune des apparitions de ses membres. Entre 10 et 15% des Grecs souhaitent actuellement le retour de la monarchie.

Marié en 1995 à Marie-Chantal Miller, le couple donne naissance à cinq enfants entre 1995 et 2008 : une fille, María Olympía, et quatre garçons, le diadoque Konstantínos Alexios, Achíleas-Andréas, Odysséas Kímon et Aristídis Stávros, tous nés entre les États-Unis et le Royaume-Uni.

 

 

Les conditions strictes de la nationalité

La procédure ayant conduit à cette décision remonte à 2024, lorsqu’un décret du ministre de l’Intérieur, Theodoros Livanios, a permis l’octroi de la nationalité en vertu de la loi de 1994.

Ce texte imposait des conditions précises : reconnaissance explicite de l’ordre constitutionnel issu du référendum de 1974 — qui a aboli la monarchie (69%) —, respect de la Constitution et de la démocratie parlementaire, et renoncement à toute revendication dynastique ou titre nobiliaire. Selon les éléments du dossier, l’ensemble des membres concernés a satisfait à ces exigences, affirmant n’entretenir aucune prétention politique envers l’État grec. L’affaire avait été relancée par le recours du professeur Panagiotis Lazaratos, qui contestait tant l’octroi de la nationalité que l’inscription de ces membres au registre municipal d’Athènes. Il arguait notamment que l’usage du nom « De Grèce » pouvait raviver une symbolique monarchique contraire à l’égalité républicaine.

Mais la Cour, réunie en formation de sept juges sous la présidence de la vice-présidente Spyridoula Chrysikopoulou, a rejeté ces arguments. Elle a estimé que le nom patronymique litigieux ne contrevenait ni à la Constitution ni aux lois en vigueur, validant ainsi la légalité des décisions ministérielles. Au-delà de sa portée technique, la décision marque une étape importante dans la normalisation des relations entre la République grecque et son ancienne famille royale. En reconnaissant leur pleine citoyenneté, elle leur garantit les droits fondamentaux, notamment le droit de vote et d’éligibilité, conformément à l’article 51 de la Constitution.

Si la monarchie appartient désormais à l’histoire, cette décision rappelle que ses héritiers, à l’image de Paulde Grèce, s’inscrivent désormais dans un cadre strictement républicain. Avec ce jugement, la justice grecque lève le dernier obstacle majeur entourant le statut civil de l’ancienne dynastie. Reste à savoir si cette reconnaissance contribuera à apaiser définitivement un débat où se mêlent mémoire nationale, identité et héritage historique, l’éventuelle entrée dans le débat politique du prince Paul. Ce dernier a toutefois rappelé que le retour de la monarchie n'était pas à l'ordre du jour même  « si les rois de Grèce reviennent toujours selon la formule consacrée ».

Pour le prince Paul de Grèce et les siens, c’est en tout cas la fin d’une longue bataille juridique - et le début d’une nouvelle étape, pleinement inscrite dans la citoyenneté grecque contemporaine.

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Date de dernière mise à jour : 28/04/2026