Monarchies et Dynasties du monde Le site de référence d’actualité sur les familles royales

Louis de Bourbon : son appel pour la paix et l'unité

Prétendant au trône de France, le prince Louis-Alphonse de Bourbon s'est fendu d'une tribune dans le Figaro. A partir des récents propos du maire de Saint-Denis, il s'est livré à une réflexion sur les maux de la société française, appelant à la réconciliation et à l'unité. Quel impact réel sur les Français ?. Décryptage.

Dans une tribune publiée dans Le Figaro, Louis-Alphonse de Bourbon, chef de la Maison de Bourbon et prétendant légitimiste au trône de France sous le nom de Louis XX, a livré une réflexion de fond sur l’identité française, la continuité historique et le rôle qu’il estime pouvoir jouer dans une société traversée par les fractures.

À l’approche du 800e anniversaire du sacre de saint Louis en 2026, le prince plaide pour une réconciliation entre la France de son passé et celle de son avenir.

La basilique de Saint-Denis @wikicommons

Une tribune symbolique depuis Saint-Denis, nécropole des Rois de France

Le choix du lieu n'a rien d'anodin. Depuis l’élection de Bally Bakayoko (LFI) à la tête de la mairie de Saint-Denis, jouxtant l’hôtel de ville, la cathédrale, qui abrite la nécropole des rois, est soudainement devenue un lieu de combats idéologiques de mémoire.

« Saint-Denis, la ville des rois morts et du peuple vivant » est la formule que le nouvel édile ne cesse de le marteler dans les médias dont il est soudainement devenu la coqueluche. La formule est pourtant un paradoxe historique à elle-seule. C’est à partir de ce tableau qui lie le passé et le présent dans un méli-mélo historique anachronique que le prince Louis-Alphonse de Bourbon, 51 ans, a souhaité s’adresser aux Français(es).

S'il reconnaît la pertinence de cette expression, le duc d’Anjou refuse d'y voir une opposition entre l'histoire et le présent. Bien au contraire. « Je ne veux pas renvoyer dos à dos notre histoire millénaire et le peuple vivant de 2026. Je ne veux pas prendre l’un pour écraser l’autre », écrit le prétendant au trône de France. Pour le descendant de Louis XIV, la basilique de Saint-Denis n'est pas un simple monument historique mais le symbole d'une continuité nationale qui traverse les siècles. Elle demeure, selon lui, le témoignage vivant de ceux qui ont façonné le territoire français et forgé son identité.

Le chef de la Maison de Bourbon inscrit sa réflexion dans un contexte qu'il juge préoccupant, marqué par une crise de confiance croissante envers les institutions, un endettement public sans précédent, des tensions identitaires nourries notamment par les débats autour de l'immigration, une fragmentation du paysage politique rendant difficile l'émergence de majorités stables, ainsi qu'un affaiblissement de l'autorité de l'État. Autant de facteurs qui, selon lui, contribuent à fragiliser la cohésion nationale et à nourrir les divisions au sein de la société française.

Louis-Alphonse de Bourbon s'inquiète également de ce qu'il perçoit comme une tendance grandissante à opposer les Français les uns aux autres, à confronter l'héritage du passé aux réalités du présent ou encore à accentuer les fractures entre les différentes composantes de la nation. Face à cette évolution, il plaide pour un sursaut d'unité nationale et pour un renouement avec la continuité historique qui a façonné la France au fil des siècles. Comme il l'affirme dans sa tribune : « Il est grand temps d’arrêter de souffler sur les braises de la division qui ne demandent qu’à s’enflammer. ».

Saint-Louis, médiateur

Le souvenir de Saint-Louis comme modèle politique

La publication de cette tribune (12 juin 2026)  intervient alors que la France a commencé à commémorer les huit cents ans du sacre de Saint Louis, figure centrale de la monarchie capétienne. Bien qu’il n’ait pas été associé aux diverses festivités et hommages qui vont s’étaler au cours de l’année, Louis-Alphonse de Bourbon voit dans ce souverain canonisé un exemple toujours actuel.

« S’occupant des malades et des pauvres, soucieux de faire appliquer une bonne justice pour tous, désireux de la paix avec les États voisins. Cela serait un beau programme de gouvernement pour la France du XXIe siècle. », rappelle le duc d’Anjou. Profondément catholique, mué par une foi intense, père de 4 enfants, le cousin du roi Felipe VI d'Espagne cité régulièrement cette figure capétienne en exemple. À travers cette référence, le prince défend une vision de l'autorité fondée sur la justice sociale, le souci des plus fragiles et la recherche de la paix civile.

Dans l'un des passages les plus politiques de son texte, Louis de Bourbon rappelle d’ailleurs ce qu'il considère comme l'héritage de la monarchie capétienne. Se présentant comme « l'aîné des Capétiens », il souligne que les rois de France ont construit le royaume dans le temps long, en intégrant progressivement des territoires, des peuples et des traditions diverses.

« L’œuvre d’unification se pensait en générations entières et non en mandature éphémère. », affirme-t-il. Pour lui, la monarchie française a historiquement réussi à concilier unité nationale et respect des particularismes locaux. « Les différences et l’altérité n’ont jamais été source de peur pour les rois de France. Elles étaient assumées et unifiées dans la personne royale. », poursuit le duc d’Anjou qui remet en cause et réfute explicitement le concept de Nouvelle France vendue par Jean-Luc Mélenchon, président de La France des Insoumis (LFI).

Couronne de Louis XV @wikicommons/CSvBibra

La monarchie comme facteur de réconciliation

Parmi les passages les plus commentés de la tribune figure son analyse de la question identitaire.

Louis de Bourbon estime que l'affaiblissement du sentiment national constitue l'un des grands défis de notre époque. « Ceux qui considèrent la France comme une identité secondaire, voire administrative, ils ne comprennent décidément pas ce qu’est la France et doivent en tirer les conséquences. », écrit le prétendant au trône qui se positionne comme une alternative au « chaos » actuel.

Le prince dénonce également ce qu'il considère comme un échec de la transmission historique et culturelle.  Selon lui, les Français de longue date comme les nouveaux arrivants souffrent d'une même rupture avec l'histoire nationale : « Nous ne donnons plus les clés nécessaires pour comprendre, accepter et intégrer notre histoire. ».

Cette analyse rejoint une préoccupation récurrente du courant monarchiste français : celle de la continuité historique comme fondement du vivre-ensemble. Le cœur de sa tribune réside dans la proposition institutionnelle qu’il avance Sans appeler explicitement à une restauration immédiate de la monarchie, il présente celle-ci comme une réponse possible aux divisions contemporaines. « La monarchie peut être le creuset du peuple vivant de demain qui ne continuera à exister que s’il prend appui sur le peuple mort. », assure-t-il.

Pour le chef de la Maison de Bourbon, la Couronne représenterait un point d'équilibre capable de dépasser les clivages partisans. « En tant que Chef de la Maison de Bourbon, j’aspire à incarner une forme de continuité, un repère dans lequel tous puissent se retrouver. », affirme t-il tout en ajoutant :  « À l’ombre d’une Couronne unificatrice, transcendance et subsidiarité peuvent se conjuguer. Verticalité et autonomies locales peuvent coexister. ».

Une vision qui s'inscrit dans la tradition du monarchisme social et décentralisateur défendu par plusieurs penseurs royalistes depuis le XIXe siècle.

Louis de Bourbon @FDN/S Vasseur

Qui est Louis -Alphonse de Bourbon ?

Louis-Alphonse de Bourbon bénéficie d’une généalogie éloquente et qui a fait de lui l’aîné de la maison de Bourbon. Bien que sa branche soit exclue de la succession au trône d’Espagne par un coup de plume décidé par son arrière-grand-père, le roi Alphonse XIII, il est considéré par les légitimistes comme l'héritier dynastique des rois de France.

Son influence repose principalement sur les mouvements légitimistes, plusieurs associations monarchistes, des cercles catholiques attachés à l'héritage capétien ainsi qu'une partie des défenseurs du patrimoine historique français.  S'il demeure éloigné des grands partis politiques, le duc d’Anjou s'est progressivement imposé comme l'une des figures la plus en vue du combat pour la défense des catholiques en France et de la famille. Il s’est positionné à plusieurs reprises contre l’avortement (participant à des Marches pour la Vie) et le mariage pour tous.  Il entretient d’ailleurs des liens avec divers milieux traditionalistes, dont certains sont proches de la Russie.

Bien que ses déplacements soient très peu commentés dans la presse française, voire ignorés, il continue de multiplier tribunes, hommages mémoriels et interventions publiques, assurant quelques interviews à la télévision assez remarquées. En 2018, il a bénéficié d’une forte publicité avec les Gilets Jaunes qu’il a appelé à soutenir.

Résidant en Espagne, celui qui est connu comme « Don Luis-Alfonso » est également l’arrière-petit-fils du général Franco, Caudillo d’Espagne (1939-1975), à qui le pays doit le retour de la monarchie à son décès. Président d’honneur de la fondation qui porte le nom du dictateur, Louis-Alphonse de Bourbon défend régulièrement la mémoire de celui qui demeure très controversé encore aujourd’hui en Espagne. Depuis 2018, le prince Louis-Alphonse de Bourbon dénonce une réécriture de l’histoire par le gouvernement de coalition de gauche qui tente de rejouer de manière excessive la guerre d’Espagne (1936-1939) en multipliant les actes mesquins contre sa famille. Après avoir exhumé la dépouille du généralissime, malgré un long combat du prince pour la préserver dans son lieu de sépulture à la Vallée de Los Caïdos, c’est à sa fondation que le Premier ministre Pedro Sanchez s’attaque désormais en exigeant sa dissolution.

Banquier, homme d’affaires qui a récemment connu quelques déboires avec ses entreprises, le prince Louis-Alphonse de Bourbon est également engagé en politique en Espagne. C’est un proche de Santiago Abascal, député et leader de Vox, un ami proche du duc d’Anjou. Tout comme en France, où il peut compter sur le soutien de journalistes, élus locaux et nationaux, officiers militaires que l’on peut apercevoir autour de lui lors de ses visites en France.

Il est contesté dans ses droits au trône de France par le prince Jean d’Orléans, comte de Paris dans une querelle dynastique qui date depuis 1883. Le descendant du roi Louis-Philippe Ier est soutenu par la majorité des partis et associations monarchistes.

Louis de Bourbon rend hommage à Louis XVI @FDN/P. Peru

Quel est l’impact de cette tribune aux accents fortement engagés ?

Publiée dans Le Figaro, reprise dans le magazine Valeurs Actuelles, la tribune a peu de chances de percer les différents milieux sociaux français. Si elle va contenter ses partisans qui vont s’en égosiller sur les réseaux sociaux, les milieux conservateurs attachés à l'histoire nationale, les catholiques sensibles à l'héritage capétien ou encore des lecteurs intéressés par les questions identitaires et patrimoniales, sa portée demeure probablement limitée,

Toutefois, elle reste potentiellement significative sur le plan symbolique et culturel.  Il faut distinguer d’ailleurs plusieurs niveaux de lecture.

La réalité est que la monarchie demeure aujourd'hui une opinion minoritaire en France. Les différents sondages réalisés ces dernières années montrent généralement qu'entre 10 % et 20 % des Français se déclarent favorables à une monarchie sous une forme ou une autre, tandis qu'une majorité reste attachée à la République. Dans ce contexte, une tribune signée par Louis-Alphonse de Bourbon ne modifie pas immédiatement les équilibres politiques nationaux. Elle ne crée ni mouvement électoral ni basculement d'opinion massif mais s’inscrit dans un courant intellectuel qui défend l'idée d'une continuité historique française. Cette tribune rejoint toutefois certaines préoccupations présentes chez une partie de la droite conservatrice, souverainiste ou identitaire.

Elle sert avant tout à conforter son image de gardien de la mémoire capétienne, de défenseur de l'unité nationale et d’héritier d'une tradition politique pluriséculaire. Elle contribue à installer son personnage dans le paysage intellectuel français, même auprès de personnes qui ne souhaitent pas une restauration monarchique. Cette tribune ne devrait pas convaincre le centre, potentiellement irrité les forces de (extrême-) gauche qui ne verront que dans les références constantes aux rois, à la continuité dynastique et à la monarchie, « une vision idéalisée du passé » .

Une critique que l’on retrouve régulièrement placardée comme parabole du Christ lors des interviews des ténors de cette mouvance politique qui ont tendance à réécrire l'histoire à sa sauce trotskiste, robespierriste et staliniste.

Généalogie des Rois de France @DR

Pays réel et pays légal

Dans l’absolu, le décalage entre les préoccupations quotidiennes des Français et le contenu de la tribune limite mécaniquement sa portée populaire.

Pour les Français, les sujets du moment restent l’inflation et pouvoir d'achat, la dette publique, la sécurité, l’immigration, la crise du logement ou encore tensions internationales. Or, le texte parle essentiellement d'histoire, de mémoire, de continuité, de monarchie.

Paradoxalement, ce n'est pas la proposition monarchique qui a le plus de chances de toucher les Français. Les passages les plus susceptibles d'être retenus de cette tribune sont ceux qui évoquent l'unité nationale, la transmission de l'histoire, l'assimilation culturelle et la lutte contre les divisions. Si tant est que des experts tentent de la décortiquer sur des plateaux de télévision.

C'est davantage une intervention dans la bataille des idées qu'une intervention dans la compétition politique qu’offre la lecture de cette tribune.  Et c'est précisément ce qui explique à la fois son intérêt intellectuel et ses limites en termes d'influence sur l'opinion publique.

La conclusion de la tribune est sans doute la plus personnelle et reflète le mode de pensée du prétendant. Évoquant les figures d'Henri IV et de Louis XVIII, deux souverains associés à la réconciliation nationale après des périodes de troubles, Louis de Bourbon résume son ambition pour la France actuelle. « Mes ancêtres les rois Henri IV et Louis XVIII [...] ont chacun établi leur règne sur deux mots : paix et unité » .  Avant de conclure très patriotiquement : « Deux cents ans après le dernier, leur successeur n’a pas d’autre souhait pour la France. ». Bon sang ne saurait mentir.

Copyright@Frederic de Natal

Date de dernière mise à jour : 16/06/2026