À l’occasion de la Saint-Louis, le prince Louis-Alphonse de Bourbon, duc d’Anjou, a livré un diagnostic sévère sur la Franc. Il appelle à un « sursaut ». Sécurité, dette, immigration, fin de vie et affaiblissement de l’État nourrissent son inquiétude.
Chaque année, la Saint-Louis constitue pour le prince Louis-Alphonse de Bourbon un rendez-vous politique autant que dynastique.
Descendant de la branche aînée des Bourbons, arrière-petit-fils d’Alphonse XIII d’Espagne et du général Francisco Franco, chef de la maison de Bourbon selon la tradition légitimiste, il est considéré par ses partisans comme l’héritier des rois de France sous le nom de « Louis XX ». Né à Madrid en 1974, le duc d’Anjou revendique cette position non comme une simple prétention personnelle, mais comme la conséquence des anciennes lois successorales de la monarchie.
« La tradition multiséculaire dont je suis l’héritier », écrit-il ainsi dans son message du 25 août 2026. Cette légitimité dynastique demeure toutefois une position politique et historique contestée : les orléanistes reconnaissent, eux, le prince Jean d’Orléans comme chef de la maison royale de France.
Un prince qui entend parler au nom d’une tradition
Dans son adresse, le prince Louis-Alphonse de Bourbon dresse surtout le portrait d'une France en perte de repères.
Il dénonce la « disparition du principe d’autorité », une justice qu’il juge incapable d’enrayer la criminalité, une économie étouffée par la fiscalité et l’endettement, ainsi qu’un État dont les capacités d’action se seraient progressivement érodées. Sur ce dernier point, son inquiétude intervient alors que la dette publique française atteignait 3 536,1 milliards d’euros, soit 117,5 % du PIB, à la fin du premier trimestre 2026. Le prince reconnaît néanmoins que le tableau économique n’est pas uniformément sombre, citant notamment l’aéronautique, le luxe, l’énergie, la défense et l’intelligence artificielle comme autant d’atouts susceptibles de servir de points d’appui à un redressement national.
Mais son propos prend une tonalité nettement plus politique lorsqu’il s’en prend au modèle institutionnel contemporain : « Qui peut obtenir de l’État une réelle responsabilité ? La redevabilité des dirigeants est pourtant un principe cardinal, que nos institutions peinent à assurer. », pose t-il comme question.
Le passage le plus frontal concerne sans doute la fin de vie. Louis-Alphonse de Bourbon condamne la loi relative au droit à l’aide à mourir, adoptée définitivement par l’Assemblée nationale le 15 juillet puis promulguée le 18 août 2026. Pour le duc d’Anjou qui a toujours manifesté son opposition à cette loi comme d'autres jugées tout aussi progressistes, cette évolution constitue un « basculement mortifère pour toute la société » et marque une rupture avec la conception traditionnelle de la protection des plus vulnérables. Mais son texte dépasse largement la seule question bioéthique. Il s’inquiète d’une France traversée par trois « spectres » : le conflit entre générations, la « division intérieure » et la guerre extérieure. Sur l’immigration et l’identité, il estime que les « vagues successives d’immigration » ont contribué à un « morcellement identitaire et culturel sans précédent », tandis qu’il appelle à reconstruire une unité nationale qu’il juge fragilisée. Enfin, sur la scène internationale, il exhorte les dirigeants français et européens à retrouver la capacité de négocier et de rechercher la paix, en invoquant l’exemple du règne Saint Louis. Même si celui-ci n'est pas exempt de tout reproche pour autant.
Le trait est juste, posé, incisif, fédérateur et efficace. Le prince Louis-Alphonse de Bourbon transforme ainsi son héritage dynastique en grille de lecture de la France contemporaine : autorité, responsabilité, transmission, unité nationale et devoir de protéger les plus faibles.

Une parole politique réelle, mais une influence électorale marginale
Reste à mesurer la portée réelle de cette parole. Et c’est ici que la distinction entre influence symbolique et influence politique s’impose.
Le prince Louis-Alphonse de Bourbon n’est ni élu, ni candidat à une élection, ni responsable d’un parti représenté au Parlement. Il ne dispose d’aucun mandat institutionnel et ne participe pas directement à la compétition présidentielle. Le légitimisme qu’il incarne demeure un courant minoritaire de la vie politique française, même si plusieurs candidats monarchistes ont cherché à se présenter aux dernières élections municipales de 2026 sous cette bannière.
Son influence en France se situe donc principalement dans les réseaux royalistes, certains milieux conservateurs et catholiques, les associations légitimistes et un écosystème numérique particulièrement actif. Historiquement, le légitimisme a pourtant joué un rôle beaucoup plus important dans la politique française, notamment au XIXe siècle, avant de perdre progressivement son poids électoral et de se réveiller par pure opposition aux Orléans vers le milieu du XXe siècle. La mouvance bénéficie aujourd'hui de quelques relais politiques et médiatiques, souvents classés à l'extrême-droite de l'échiquier politique.
Le prince Louis-Alphonse de Bourbon dispose d’une capacité certaine à susciter l’attention médiatique et à fédérer une partie des monarchistes autour de sa personne, mais il serait excessif de le présenter comme un acteur déterminant de la politique française contemporaine. Sa véritable singularité réside ailleurs : il peut prendre la parole sur les grandes crises françaises sans avoir à solliciter le suffrage des Français, tout en affirmant qu’il demeure disponible « selon la permanence du principe royal ». Là est toute la force des prétendants au trône de France qui se placent au-dessus des partis politiques.
Un prétendant qui parle, une République qui ne l’écoute pas ?
Le message du prince Louis-Alphonse de Bourbon est donc davantage qu’une traditionnelle déclaration dynastique : c’est une véritable tribune politique, conservatrice et profondément critique à l’égard de l’état actuel du pays. En invoquant Saint Louis pour juger la France de 2026, le duc d’Anjou tente de replacer la question monarchique sur le terrain de la responsabilité, de l’autorité et de la continuité historique.
Mais le paradoxe demeure entier. Le prince Louis-Alphonse de Bourbon peut revendiquer une légitimité dynastique vieille de plusieurs siècles, la vérité n’en reste pas moins qu’il ne dispose d’aucune légitimité électorale dans la France républicaine. Sa parole peut trouver un écho chez ceux qui doutent du régime, en contestent sa légitimité ou qui y voient des complots francs-maçons à tous les coins de rues mais elle ne constitue pas, à ce jour, une force capable de peser directement sur l’issue de la prochaine présidentielle, prévue en 2027.
Son appel au « sursaut » pose néanmoins une question que la République ne peut entièrement balayer d’un revers de main : si la confiance dans les institutions continue de s’éroder, jusqu’où les Français chercheront-ils ailleurs les figures d’autorité que le système politique peine à leur offrir ? Et c’est bien là finalement que le prince Louis-Alphonse de Bourbon entend jouer sa carte sur le long terme en rappelant qu’il est l’alternative crédible à cette gabegie et aux crises que vit la France. Le Figaro ne s'y est pas trompé en lui consacrant dernièrement un long article aussi élogieux qu'ironique.
Encore faut-il qu'il puisse rallier à son panache blanc ses opposants au sein du royalisme comme républicains. Un pari loin d'être gagné actuellement tant son courant reste encore mioritaire au sein du monarchisme français. « À cœur vaillant rien d'impossible » dit l'adage bien connu.
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