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Louis de Bourbon : héritage capétien et question monarchique

Dans un pays où la monarchie a disparu depuis près de deux siècles, l’idée royale continue pourtant de survivre à la marge du débat public. Dans un entretien accordé au magazine À Rebours, le prince Louis-Alphonse de Bourbon revient sur son héritage dynastique, sa vision de la monarchie et la place qu’elle pourrait, selon lui, retrouver dans la France contemporaine.  

Descendant direct des rois capétiens et reconnu par les légitimistes comme l’héritier du trône de France sous le nom de Louis XX, Louis-Alphonse de Bourbon, duc d’Anjou, cultive depuis plusieurs années une parole rare mais structurée sur la place de la monarchie dans la France contemporaine.

Dans un long entretien accordé au magazine À Rebours, paru en février 2026,  le prince évoque sa mission d’héritier, la crise des institutions françaises et la possibilité, encore lointaine mais selon lui réelle, d’un retour du principe monarchique.

Généalogie des Rois de France @DR

Un héritage dynastique revendiqué

Pour Louis-Alphonse de Bourbon, la question de la monarchie française ne relève pas d’une ambition personnelle mais d’une logique historique. Né en 1974 à Madrid, arrière-petit-fils du roi Alphonse XIII d’Espagne et descendant direct de Louis XIV, ce père de 4 enfants incarne pour les légitimistes la continuité dynastique de la maison capétienne issue de Hugues Capet.

Dans l’entretien qu’il accorde au magazine À Rebours, le prince tient d’ailleurs à clarifier ce qu’il considère comme un malentendu fréquent : sa position ne serait pas celle d’un prétendant au sens politique du terme, mais celle d’un héritier. « Mon positionnement par rapport au trône de France n’est pas une prétention, c’est une succession. Tout le monde peut prétendre à un trône, mais en France une seule personne peut succéder aux rois, et le destin a voulu que cela soit moi », affirme-t-il.

Pour le duc d’Anjou, cet héritage implique avant tout une responsabilité morale. Il insiste sur la dimension familiale et historique de la transmission dynastique. « Une lignée ne se conçoit pas dans un individu mais dans une très longue chaîne qui s’étend dans le passé et dans le futur. Je ne suis qu’un maillon chargé de faire en sorte que l’histoire continue », explique-t-il.

Louis de Bourbon le 21 janvier 2026 @facebookLDB

Une monarchie compatible avec la modernité

Dans sa réflexion, Louis de Bourbon insiste davantage sur la notion de devoir que sur celle de pouvoir. À ses yeux, la fonction royale s’inscrit dans une tradition de service héritée de l’histoire capétienne et du christianisme.

« Mes devoirs vis-à-vis de la France sont nombreux : l’exemplarité, l’écoute, le témoignage et la transmission », explique-t-il. Il se dit également prêt, si les circonstances l’exigeaient, à répondre à ce qu’il appelle « le besoin du principe monarchique ». « Ma personne est à la disposition des Français pour le cas où ils ressentiraient le besoin de recourir au principe monarchique que j’incarne aujourd’hui. », ajoute vt-il.

Au cœur de cette vision se trouve la notion de justice, qu’il considère comme la vertu fondamentale de la royauté française. « La justice est peut-être la valeur par excellence des rois de France. Les Français ont aujourd’hui soif de justice, pas seulement pénale mais également sociale », souligne-t-il. Cette référence à la tradition médiévale du roi justicier témoigne d’une conception du pouvoir où l’autorité n’est pas d’abord politique mais morale. Conscient que la monarchie est souvent associée, dans l’imaginaire collectif, aux fastes de l’Ancien Régime, Louis-Alphonse de Bourbon s’attache à rappeler que l’institution a toujours su évoluer au fil des siècles. « Les ombres des carrosses et des perruques poudrées ne sont jamais loin pour tourner en ridicule le principe monarchique », observe-t-il. Pourtant, selon lui, l’histoire démontre l’extraordinaire capacité d’adaptation de la royauté française.

De Hugues Capet monté sur le trpone en 987 à Charles X renversé en 1830, explique-t-il, les institutions monarchiques ont constamment évolué pour s’adapter aux réalités politiques et sociales de leur époque.  Dans cette perspective, le prince estime qu’une éventuelle restauration ne pourrait se concevoir qu’à travers une refondation institutionnelle. « Cela fait 196 ans qu’il n’y a plus de roi de France. Un système monarchique serait donc entièrement à repenser pour le XXIᵉ siècle », affirme-t-il. Il plaide d'ailleurs pour ue monarchie constitutionnelle, comparable à celle de l'Espagne.

Il rejette par ailleurs l’idée d’une incompatibilité entre monarchie et démocratie, rappelant que plusieurs monarchies européennes contemporaines fonctionnent dans un cadre démocratique stable avec des élections régulières, parties prenantes de l’Union européenne (UE).

Louis de Bourbon et le chroniqueur Franck Ferrand @Facebook LDB

Une figure d’unité nationale face à l’héritage républicain et la marginalisation de l’idée royale

L’un des arguments centraux du discours du duc d’Anjou repose sur la capacité supposée de la monarchie à dépasser les divisions politiques.

« Le roi n’est pas un personnage politique à proprement parler. Sa naissance le place hors du jeu politicien qui divise trop souvent les peuples », explique-t-il. Dans cette logique, le souverain pourrait incarner une figure d’arbitrage et de continuité au-dessus des partis. Le prince cite notamment l’exemple de son cousin Felipe VI, roi d’Espagne, dont l’intervention lors de la crise catalane de 2017 avait renforcé l’image d’un pouvoir stabilisateur.

L’histoire de France elle-même fournirait, selon lui, plusieurs exemples d’une monarchie capable de restaurer l’unité nationale, à l’image du règne de Louis XVIII, qui tenta de réconcilier les Français après la Révolution et l’Empire. Le prince reconnaît cependant que la République s’est profondément enracinée dans la culture politique française. Selon lui, cela tient en grande partie à la politique éducative mise en place à la fin du XIXᵉ siècle.  « (…) A  partir de l’avènement de la IIIe République, l’idée royale en France semble s’être très vite effondrée. Cependant, nuançons ce constat en évoquant les deux tentatives de restauration de mon arrière- grand-oncle le comte de Chambord entre 1871 et 1873, mais également la force du courant monarchique des années 1910 aux années 1930, même s’il était éloigné des fondements du légitimisme, et enfin, nous pourrions également évoquer les hésitations du général de Gaulle concernant le rétablissement d’une monarchie au début de la V e République », résume t-il. Il évoque également les lois scolaires de Jules Ferry, qui ont instauré l’école obligatoire et contribué à diffuser une culture républicaine dans plusieurs générations de Français. « Il ne s’agissait pas seulement d’instruire mais de former des petits Français républicains », analyse-t-il, estimant que l’enseignement de l’histoire monarchique a souvent été présenté de manière partiale.

Pour autant, Louis-Alphonse de Bourbon estime que l’idée monarchique n’a jamais complètement disparu du paysage intellectuel français. Il rappelle que le dernier sondage sur le sujet démontrait qu'un certain nombre de Français considère qu’un retour de la monarchie pourrait avoir des conséquences positives.

Le prince Louis de Bourbon et ses partisans à la Chapelle Expiatoire @FacebookLDB

Une influence surtout symbolique

Dans la réalité politique française, l’influence de Louis-Alphonse de Bourbon demeure toutefois limitée. Le mouvement royaliste reste divisé entre plusieurs sensibilités, notamment les légitimistes (mouvance minoritaire) qui soutiennent le duc d’Anjou et les orléanistes (mouvance majoritaire) qui reconnaissent Jean d'Orléans, comte de Paris, comme héritier de la tradition monarchique. Soutenu par diverses mouvances militantes, il est le descendant direct du roi Louis-Philippe Ier, qui régna de 1830 – 1848, monté sur le trône par le biais d’une révolution, chassé par une autre, chef de la Maison royale de France. Entre les deux prétendants, aucune réconciliation possible tout comme leurs partisans que tout sépare en dépit de certaines acointances politiques et idéologiques communes. 

Cette division historique, héritée des débats du XIXᵉ siècle, nés du décés du comte de Chambord mort sans enfants en 1883, empêche l’émergence d’un courant monarchiste unifié capable de peser électoralement et de peser dans le débat national. Toutes les tentatives de fusion ont été des échecs, faute de compromis dans ce qui a souvent ressemblé à une guéguerre des égos.  Malgré cette marginalité politique qui se double avec une ascendance franquiste dont il revendique pleinement l’héritier, le duc d’Anjou bénéficie toutefois d’une visibilité croissante dans certains milieux intellectuels, politiques, notamment d’obédience catholique. Ses quelques déplacements en France, souvent liés à des commémorations historiques ou religieuses, rassemblent régulièrement plusieurs centaines de sympathisants mais ne sont guère médiatisés, si on excepte une presse alternative et quelques complaisances journalistiques.

Dans son entretien, le prince insiste d'ailleurs sur la dimension philosophique de son engagement. Il ne propose pas de programme politique détaillé, mais une réflexion sur la nature de l’autorité et du pouvoir.« La royauté a su construire notre pays, garantir sa souveraineté et porter un idéal de justice », affirme-t-il. Face aux crises politiques et institutionnelles qui traversent la France, il estime que la monarchie pourrait offrir une autre manière de concevoir l’État. « Je ne présente pas de solutions techniques ou ponctuelles. Je propose une nouvelle manière de concevoir la politique, dans laquelle le pouvoir se vit comme un service et une charge », explique-t-il. Et de conclure par une formule qui résume sa vision de la fonction royale : « Dans le message chrétien dont notre royauté est imprégnée, servir suppose d’aimer. Eh bien moi, je propose de servir les Français. ».

Plus qu’un acteur politique, le prince Louis-Alphonse de Bourbon apparaît ainsi comme le gardien d’une tradition dynastique et historique qui peine à retrouver son chemin, malgré l’engouement d’une jeunesse avide de repères, sensible à l’idée monarchique.

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Date de dernière mise à jour : 09/03/2026