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Louis de Bourbon, entre légitimisme et franquisme: quelle prétention ?

Louis-Alphonse de Bourbon occupe une position singulière entre histoire dynastique française et héritage franquiste espagnol. Prétendant légitimiste au trône de France, il assume également la mémoire de son arrière-grand-père Francisco Franco. Une double filiation qui nourrit depuis plusieurs années une vive controverse des deux côtés des Pyrénées.

Arrière-petit-fils du roi Alphonse XIII et du généralissime Francisco Franco, le prince Louis Alphonse de Bourbon occupe une position particulière dans le paysage politique et dynastique européen.

Prétendant légitimiste au trône de France, il est aussi devenu en Espagne l'une des figures les plus visibles de la défense de la mémoire de son arrière-grand-père. Sa présence lors de l'exhumation de Franco en 2019, ses déclarations sur le dictateur, ses liens avec certains responsables de Vox et son rôle à la Fondation Francisco Franco ont contribué à l'identifier, auprès de ses adversaires, à la droite radicale espagnole.

Une lecture qu'il convient toutefois de confronter aux faits, à ses propres déclarations et à la nature exacte de ses engagements.

Une prétention des deux côtés des Pyrénées

Il existe des destins dynastiques plus simples. Celui de Louis Alphonse de Bourbon ne l’est certainement pas. Sa trajectoire est traversée par une généalogie exceptionnelle, des rivalités dynastiques et une succession de tragédies qui ont profondément marqué l’histoire de sa branche familiale.

Âgé de 52 ans, le prince Louis Alphonse de Bourbon porte avec lui le poids du temps et celui d’une histoire familiale hors norme. Descendant direct de Louis XIV, il appartient à la branche des Bourbons qui accéda au trône d’Espagne en 1700, avec l’avènement de Philippe V mais dont l’aînesse a été exclue par décision du roi Alphonse XIII en raison de la surdité de son fils aîné, Don Jaime-Enrique (1933).

Pour les légitimistes français, il est aujourd’hui l’aîné des descendants de la branche aînée des Bourbons et, à ce titre, « Sa majesté Très Catholique Louis XX », roi titulaire de France selon les règles de leur doctrine .

Cette prétention demeure naturellement sans aucune reconnaissance institutionnelle en France. La République ne reconnaît aucune succession dynastique et Louis-Alphonse n’y exerce aucune fonction officielle. Il apparaît d’ailleurs relativement peu dans l’espace public français. Ses déplacements dans l’Hexagone sont souvent signalés par les réseaux légitimistes eux-mêmes. A travers des photographies ou des vidéos le montrant au contact de sympathisants et revendiquant, dans le cadre de sa conception de la monarchie, il déclame régulièrement sa disponibilité à servir la France si celle-ci devait un jour choisir de restaurer ses institutions monarchiques.

Sa présence médiatique reste néanmoins confidentielle, même si certains journaux, comme Le Figaro, lui consacrent ponctuellement des articles, parfois sur un ton plus ironique que véritablement dynastique.

De l’autre côté des Pyrénées, la situation est tout autre. En Espagne, chacun de ses gestes est scruté avec une attention particulière, non pas seulement en raison de ses prétentions françaises, mais surtout en raison de son ascendance espagnole. Depuis la décision du roi Juan Carlos Ier qui a retiré tout statut à sa famille (1987), le prince Louis Alphonse n’occupe aucune place officielle dans la Maison royale espagnole. Il est donc simplement « Don », « son Excellence » Luis Alfonso de Borbón y Martínez-Bordiú, sans titre ni prédicat reconnus par la Couronne espagnole.

Marié en 2004 à María Margarita Vargas Santaella, fille de l’homme d’affaires et banquier du régime vénézuélien Víctor Vargas, il est père de quatre enfants. Présenté comme un mariage d’amour dans la grande tradition des unions aristocratiques, cette alliance n’a cependant pas effacé, dans l’opinion espagnole, la question autrement plus sensible de ses origines familiales.

Car c’est par sa mère, Carmen Martínez-Bordiú, que Louis Alphonse est l’arrière-petit-fils de Francisco Franco.

Un enfant élevé dans l'ombre du Caudillo

Le Caudillo a dirigé l’Espagne jusqu’à sa mort, en 1975. Son parcours reste l’un des chapitres les plus controversés de l’histoire contemporaine espagnole. Général, Franco fut l’un des principaux chefs du soulèvement militaire de juillet 1936 contre la Seconde République. La guerre civile qui s’ensuivit (1936-1939), a fait des centaines de milliers de victimes et a été accompagnée d’une répression massive.

Héros et sauveur de l’Espagne pour ses partisans, dictateur sanglant pour ses adversaires, Franco demeure aujourd’hui encore au cœur d’une guerre des mémoires qui divise profondément la société espagnole. Et c’est précisément là que se trouve l’un des paradoxes les plus saisissants de la vie de Louis Alphonse de Bourbon dont la lignée a été finalement exclue du trône une seconde fois par décision du Caudillo qui aura préféré le prince Juan Carlos à son père Alphonse de Bourbon (1975),

Cette double ascendance constitue toute l’ambiguïté de son personnage public. D’un côté, l’héritier symbolique d’une dynastie monarchique française disparue, dont la prétention n’est reconnue par aucune institution de la République et par une minorité de monarchistes. De l’autre, le descendant direct d'un homme qui a façonné l’Espagne pendant près de quarante ans, dont il assume aujourd’hui ouvertement la mémoire.

La relation de Louis Alphonse avec le clan Franco n'est pas seulement généalogique. Après la mort accidentelle de son père (certains parlent d’un assassinat), Alphonse de Bourbon, en janvier 1989, alors qu’il n’avait que quatorze ans, le jeune Louis Alphonse retourna vivre à Madrid auprès de sa grand-mère maternelle, Carmen Franco (Paris ne lui ayant guère plu, ses relations avec sa mère plus que compliquée).

Cette dernière joua un rôle important dans son éducation. El País rapporte ainsi que Carmen Franco l'avait pris en charge et lui a transmis les convictions religieuses et patriotiques profondément ancrées dans la famille. Cette proximité explique en partie pourquoi, devenu adulte, Louis- Alphonse ne s'est pas contenté d'assumer une ascendance franquiste comme un simple fait familial. Il a progressivement adopté une position beaucoup plus explicite sur la mémoire de son arrière-grand-père et a finalement relevé le flambeau d’un héritage qui fait débat en Espagne comme en France.

Un héritage assumé par le duc d'Anjou

Jusqu’ici cantonné à quelques cercles, le franquisme a refait surface avec l’entêtement du gouvernement de coalition socialiste à vouloir effacer toute mention de cette période dans l’Espagne actuelle.

En 2018, le Premier ministre Pedro Sanchez a soudainement décidé de faire exhumer Franco de son mausolée, situé dans la Vallée de Los Caïdos, pèlerinage obligatoire pour tout ce que l’Europe compte de mouvement nationalistes et d’extrême-droite. La réaction de Louis-Alphonse de Bourbon n’a pas tardé et c’est un long procès qui a opposé le prince au gouvernement, ponctué de messages sur les réseaux sociaux ne faisant pas mystère de ses convictions. « Tes ennemis et des traîtres à la Patrie ne t'oublient pas [...] Mais ton œuvre insurpassable [...] restera pour toujours. », écrit-il alors à ce moment sur le réseau social X.

Son apparition au mausolée sous les acclamations et les bras tendus des franquistes tourneront en boucle dans les médias espagnols. Certains n’hésitent pas à le proclamer roi, une association soutient même ses droits sous le nom d’ El Rey Luis II.  Ce n'était plus seulement le descendant d'un dictateur défendant un souvenir familial, le prince apparaissait désormais publiquement comme un défenseur de l'héritage politique de Franco, refusant de revendiquer la moindre couronne hispanique.

C'est pourtant le jour de l'exhumation de Franco que cette dimension va prendre une portée spectaculaire. Le 24 octobre 2019, après une bataille juridique pleine de rebondissement où le prince n'a eu de cesse de se battre contre les tentatives d'exhumation mises en place par le Parti socialiste, les restes de Francisco Franco sont finalement retirés du Valle de los Caídos, quarante-quatre ans après sa mort. Le cercueil est porté à l'extérieur de la basilique par plusieurs membres de la famille. Parmi eux, se trouve Louis Alphonse de Bourbon qui porte fièrement le drapeau espagnol sur son plastron, en tête de cercueil aux côtés d'autres descendants du dictateur. Les images sont immédiatement diffusées dans toute l'Espagne, l’Europe qui oscille entre admiration et soulagement.

Mais Louis-Alphonse de Bourbon ne s'arrête pas au geste.

Le lendemain, il publie une longue déclaration en français dans laquelle il assume explicitement sa double ascendance. « La Providence m'a placé à la convergence d'une double ascendance : ma lignée paternelle, qui me lie profondément à la France, le pays de mes ancêtres, où j'ai des devoirs dynastiques [...] ». Puis vient le passage consacré à Franco : « Je dois également assumer les devoirs de ma lignée maternelle. Ce devoir n'est pas de même nature que celui qui me lie à la France. Mais je me dois d'être fidèle à la mémoire si injustement attaquée de mon arrière-grand-père. ».

Et surtout : « Il fut un grand soldat et un grand homme d'État, animé avant tout par sa foi chrétienne profonde et son amour de l'Espagne. ».

Louis Alphonse poursuit en attribuant à Franco l'origine d'une Espagne : « pacifiée, prospère et reconnue parmi les grandes puissances mondiales ». Avant de conclure : « Défendre sa mémoire fait partie intégrante de ma conception de l'honneur et de la loyauté. »

La phrase la plus politiquement sensible vient ensuite : « La monarchie a été rétablie par le général Franco. C'est ce que l'histoire retiendra. ».

La déclaration est capitale pour comprendre sa position. Louis Alphonse ne prétend pas seulement défendre un ancêtre. Il inscrit cette défense dans une conception historique de la monarchie espagnole : selon lui, le régime franquiste a permis la restauration monarchique qui aboutira à l'accession au trône de Juan Carlos Ier en 1975. Insidieusement, le prince Louis-Alphonse se pose en prétendant au trône d’Espagne par sa filiation franquiste. De quoi faire ravir ses partisans  en Espagne qui l’appellent El Rey Luis II, crisper la Légitimité qui s’emploie à gommer toute hispanité de son poulain afin de le rendre présentable en France.

De la mémoire familiale aux réseaux de la droite espagnole

Pour El País, les images de cette cérémonie sont saisissantes. 

Le quotidien y voit alors une représentation particulièrement forte du nationalisme espagnol qui connait un revival jusque dans les urnes, incarné par le parti Vox dirigé par le député Santiago Abascal.  Il existe notamment  une proximité ancienne entre Louis-Alphonse de Bourbon et  Santiago Abascal. ,Le président de Vox a été  un soutien sans faille au duc d'Anjou dans la lutte qui a opposé cet héritier au gouvernement espagnol.  En 2019, laSexta avait notamment documenté leur participation à la course des « 101 kilomètres de la Légion », où Louis Alphonse apparaissait également aux côtés d'Abascal, vidéos à l'appui, portant un tee-shirt orné d’une croix de Bourgogne, le symbole du carlisme traditionnaliste.

Il faut cependant distinguer proximité personnelle et appartenance partisane. Si, les sources médiatiques disponibles établissent des relations et des apparitions communes, cela ne signifie pas pour autant que Louis-Alphonse occupe une fonction dirigeante au sein de l’appareil de Vox ou qu'il en soit officiellement membre en dépit d’une réunion politique qui a fait débat dans un article d’El Mundo. Cette nuance est importante.

Elle n'empêche toutefois pas que son univers idéologique public, où se mêle catholicisme conservateur, défense de la famille traditionnelle, opposition à certaines évolutions sociétales (avortement, mariage pour tous, loi sur la fin de vie) et combat en faveur de la mémoire de Franco, de l'avoir rapproché de certains milieux de la droite conservatrice et radicale espagnole.

Sept ans après l'exhumation, l'affaire n'est pourtant pas close dans le débat public espagnol.

Dans le documentaire Anatomía de... : El rey sin trono, diffusé par l’émission  laSexta en juillet 2026, qui semble obnubilée par le prétendant tant elle le décortique régulièrement, l'ancienne vice-présidente des Cortès Carmen Calvo est revenue sur la présence de Louis Alphonse lors de l'exhumation du généralissimme et son influence dans les milieux conservateurs castillans. Son jugement est sévère. « Il joue le jeu de de l'ultradroite. » Et d’ajouter : « Si vous prétendez revendiquer au XXIe siècle une quelconque forme de monarchie, la première chose à laquelle vous devez vous habituer, c'est de ne pas intervenir en politique. C'est la première erreur qu'il commet. ».

Pour l’actuelle présidente du Conseil d’État, l'engagement de Louis-Alphonse dans la défense de Franco fragilise précisément sa prétention dynastique française : celui qui souhaite incarner une monarchie historique devrait, selon elle, éviter de s'identifier à un courant politique contemporain. Mais cette ancienne élu socialiste va plus loin. « La dictature a maintenu l'Espagne appauvrie, attristée, opprimée et isolée du reste du monde. Confondre la religion et la politique nous ramène directement au XIXe siècle. » s’agace-t-elle, à la lecture de la déclaration du prince, qu’elle renomme en « héritier de la dictature. ».

La Fondation Francisco Franco et le duché fantôme

Cette accusation repose également sur un élément institutionnel.

Après la mort de sa grand-mère Carmen Franco en 2017, Louis-Alphonse est devenu président d'honneur de la Fondation Francisco Franco, organisation créée peu de temps après la mort du Caudillo pour préserver et diffuser sa mémoire. La fondation indique elle-même parmi ses objectifs la diffusion de la vie, de la pensée, du legs et de l'œuvre de Franco ainsi que l'étude de l'État qu'il dirigea.

Louis Alphonse en est le président d'honneur. laissant la direction exécutive à un ancien général de division et ancie aide de camp du roi Juan Carlos, Juan Chicharro Ortega. Cette distinction n'enlève rien à la portée symbolique de sa position. Interrogé l'historien Eduardo Juárez rappelle que quel que soit la position du duc d’Anjou, il collabore avec « une fondation consacrée à maintenir la mémoire d'un dictateur qui accède au pouvoir par le biais d’une guerre civile » jugeant que cela est une « absurdité en soi. », ajoute-t-il.

L'association avec la Fondation est d'autant plus sensible que le gouvernement espagnol a engagé depuis deux ans une procédure visant à obtenir sa dissolution judiciaire. En avril 2026, le ministre de la Culture Ernest Urtasun a annoncé que le gouvernement allait saisir la justice, estimant que la fondation était contraire à l'intérêt général et portait atteinte à la dignité des victimes du franquisme. La loi espagnole de Mémoire démocratique considère en effet comme contraire à l'intérêt général « l'apologie du franquisme qui exalte le coup d'État et la dictature ou glorifie ses dirigeants ».

La bataille autour de la fondation dépasse donc largement la personne de Louis-Alphonse : elle constitue l'un des derniers affrontements institutionnels entre l'État démocratique espagnol qui entend réécrire l'histoire et les organisations revendiquant la mémoire du franquisme qui souhaitent préserver un héritage indissociable de l'histoire espagnole.

À cette histoire politique s'ajoute une dimension nobiliaire particulièrement révélatrice.

Le duché de Franco a été créé par le roi Juan Carlos Ier en novembre 1975, quelques jours après la mort du dictateur, en faveur de sa fille Carmen Franco y Polo, avec Grandeur d'Espagne. Le titre avait été conçu comme une distinction nobiliaire liée à la mémoire de Franco. Après la mort de Carmen Franco en 2017, sa fille Carmen Martínez-Bordiú en est devenue officiellement titulaire en 2018, peu avant que le Parti Populaire, la droite conservatrice, ne fasse ses cartons du gouvernement. Un pied de nez guère apprécié par les socialistes. Le titre aurait ensuite pu entrer dans la descendance de cette dernière, ce qui aurait replacé virtuellement Louis-Alphonse dans la ligne successorale et jouir d'une proximité avec la couronne d'Espagne. Une constance pour cette branche qui a tout fait pour la récupérer avant de se pencher sur celle de France. 

Quasiment éteinte au cours de la première moitié du XXe siècle, la mouvance légitimiste française a refait surface dans les années 1950, connu une forte poussée trois décennies plus tard avec le prince Alphonse de Bourbon. Elle reste minoritaire actuellement dans la mouvance royaliste française mais connaît une nouvelle aura depuis une décennie, grâce à une comunication bien huilée et un appareil plutôt jeune autour du prétendant devenu le porte-drapeau du conservatisme catholique.

 La loi espagnole 20/2022 sur la mémoire démocratique a supprimé le duché de Franco, contresignée par le roi Felipe VI, a  finalement privé Louis-Alphonse d’un titre sur lequel il lorgnait pour des raisons familiales.  Le symbole est néanmoins paradoxal au regard de sa position au trône de France. Le prétendant légitimiste au trône de France aurait pu, en vertu de sa filiation maternelle, devenir le titulaire d'un titre nobiliaire créé précisément pour honorer son arrière-grand-père.

Deux héritages, deux mémoires, deux légitimités symboliques qui se retrouvaient dans une même personne qui se tient droit dans ses bottes. Louis-Alphonse de Bourbon ne renonce pas, il assume. C’est un homme de foi et de principes. C’est un monarchiste convaincu qui reconnait volontiers être impliqué en politique en Espagne (il a pris position contre les sécessionistes catalans et vote à Madrid à chaque élection) mais entend rester au-dessus des partis dès qu’il s’agit des affaires françaises. Tout comme son père, il n’a jamais appelé à voter pour un candidat en particulier.

Un « roi » qui n'est monarque d'aucun État

Pour la presse espagnole, le prince Louis-Alphonse est « roi sans trône ». C’est le surnom qu’elle lui donne régulièrement, se moquant avec ironie de ses prétentions au trône de France.

Depuis 1870, la France est République. Si plusieurs tentatives de restauration ont échoué à aboutir, sous diverses formes, elle ne reconnaît pas les titres de noblesse encore moins les prétentions à un trône. La Constitution de 1958 ne reconnaît d’ailleurs aucune prétention au trône de France (même quand elle sait faire appel à eux lors de crise diplomatique) et son article 89 stipule explicitement que « la forme républicaine du Gouvernement ne peut faire l’objet d’une révision ». Autrement dit, si la monarchie peut être défendue comme une opinion politique, elle ne peut être instaurée par une simple révision de la Constitution selon la procédure prévue par cet article. 

Dans le documentaire de laSexta, le journaliste français Mathieu de Taillac, correspondant du Figaro et de Radio France, décrit ainsi la perception française du personnage : « Il incarne un paradoxe historique : il est à la fois prétendant à ce trône de France inexistant et arrière-petit-fils d'un dictateur. ».  Selon lui, Louis-Alphonse bénéficie uniquement de l'attention de médias nationalistes lorsqu'il apparaît dans l'actualité monarchiste, mais reste éloigné de l’attention des grand médias. Il faut remonter à 2018, lors de l’épisode des Gilets Jaunes (2018), pour retrouver un buzz autour de son nom après qu’il a apporté un soutien aux manifestants.

D’ailleurs, pour Louis-Alphonse de Bourbon, la question de sa légitimité ne se discute : « il ne prétend pas, il est ! », de droit le vrai souverain de France en titre.

Exit donc sa prestation de serment de fidélité et loyauté à la couronne d’Espagne (1998) effectuée lors de son service militaire ( il avait souhaité le faire en France mais Paris lui a rappelé les lois en vigueur en matière de binationalité et l’obligation de faire ses classes dans son pays d’origine) et ses agissements franquistes que ses aficionados tentent à cacher, préférant vendre de lui un prince muée en alternative à la République, qui se soucie du bien commun (dans de ses communiqués relayés souvent par Valeurs Actuelles ou le Journal du Dimanche),  loin des Orléans, l’autre branche concurrente au trône de France.

Pour autant, le duc d’Anjou ne réside pas en France mais en Espagne aux côtés de son épouse, peu connue du grand public. C’est d’ailleurs là qu’il gère ses nombreuses entreprises qui ont connu dernièrement quelques turpitudes financières menant certaines à fermer. Peu importe qu’il réside en Espagne pour les Légitimistes. « Là où est le roi, la France est !», vous explique-t-on dans une formule circonstanciée.

Le marquis Fernando Ramírez de Haro y Valdés, Grand d’Espagne (une titulature que Louis-Alphonse de Bourbon aurait pu obtenir avec le duché de Franco) également interrogé dans l'émission, résume cette contradiction d'une formule particulièrement cinglante : « Ce n'est pas un roi, c'est un Don Quichotte. ». « En France, nombre de ses détracteurs surnomment Louis Alphonse « Pepito » car, bien qu'il parle couramment français, il le fait avec un accent espagnol. Il est fort improbable qu'un Espagnol ait la moindre chance de monter sur le trône de France », déclare-t-il très séchement.

On n’est pas responsable des erreurs de ses ancêtres. Une vérité. Mais, pour les détracteurs à ce sportif accompli, cette proximité assumée avec Franco rend sa prétention monarchique suspecte et l'enferme dans un passé politique que la démocratie espagnole cherche précisément à dépasser. Pour ses soutiens français, elle ne remet nullement en cause ses droits dynastiques français : ils considèrent que son ascendance franquiste appartient à son histoire familiale espagnole, ne concerne pas la question de la succession française.

Bien que l'argument profite en réalité aux partisans du prince Jean d’Orléans, comte de Paris. Si les Français devaient restaurer la monarchie (17% y seraient en faveur selon un sondage BVA de 2016), le pragmatisme et une certaine légitimité de la Maison d’Orléans, dont les représentants descendent du roi Louis-Philippe Ier (1830-1848), l’emporteraient probablement dans cette querelle de succession qui dure depuis 1883.  

Aujourd'hui d'ailleurs, rien n'indique que les enfants de Louis-Alphonse de Bourbon reprendront la flamme légitimiste qui risque de s'étioler après lui. Le duc d'Anjou veille à les protéger des médias, peu connus de la presse française, élevés en Espagne et venant très peu en France comme leur mère. 

Le prince Louis-Alphonse de Bourbon se dit à la disposition, des Français, si ceux-ci le souhaitent tout en cultivant son hispanité. Il renie pas ses origines, assume son arbre généalogique capétien.  C'est sa force.  Entre les deux, une même personne, deux héritages dont la coexistence continue de nourrir une controverse qui, sept ans après l'exhumation du dictateur, n'est toujours pas éteinte et qui refera sans nul doute surface si un jour les Français devaient l'appeler sur le trône. 

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Date de dernière mise à jour : 21/09/2026