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Léon XIV en France : Bourbons et Orléans face à leur héritage chrétien

La venue du pape Léon XIV en France offre une image presque historique : à Paris comme à Lourdes, les princes Louis-Alphonse de Bourbon, Jean d’Orléans et Eudes d’Orléans doivent prendre part aux célébrations pontificales. Deux maisons rivales dans la question dynastique française, mais réunies par une même référence à l’histoire catholique du pays.

Il y a des images qui racontent davantage qu'un long discours. Du 25 au 28 septembre 2026, le pape Léon XIV effectue son voyage apostolique en France, avec Paris, Lourdes et Metz au programme.

Le souverain pontife, monté sur le trône de Saint-Pierre en Mai 2025, célébrera notamment une messe place de la Concorde le 26 septembre, avant de rejoindre Lourdes où il célébrera une nouvelle messe le lendemain. Un évènement lourd de symboles puisque c’est ici sur ce même lieu quue le roi Louis XVI et la reine Marie-Antoinette ont été guillotinés en 1793, premières victimes des affres de la Révolution française.

Dans ce rendez-vous exceptionnel, les deux principales maisons revendiquant l'héritage monarchique français seront représentées.

Tenant du légitimisme, le prince Louis-Alphonse de Bourbon, duc d'Anjou, sera présent à Paris. Du côté de la Maison d'Orléans, le prince Jean d'Orléans, comte de Paris, est attendu à Lourdes, tandis que son frère, le prince Eudes d'Orléans, duc d'Angoulême, participera aux cérémonies parisiennes.

La présence des princes n'a évidemment aucune valeur de reconnaissance dynastique de la part du Saint-Siège. Mais elle possède une évidente portée symbolique. Car derrière ces trois présences se dessine une même histoire : celle d'une monarchie française dont la légitimité historique fut longtemps indissociable du sacre, de Reims et de la foi catholique chevillée à son corps.

Jean d’Orléans : une conception chrétienne de la France et de la transmission

Chez le prince Jean d’Orléans (61 ans), le rapport au christianisme apparaît comme une dimension personnelle autant que familiale et historique. Le comte de Paris ne présente pas simplement le catholicisme comme un élément du patrimoine de la Maison de France : plusieurs de ses déclarations publiques témoignent d'une référence assumée à la foi chrétienne et à une conception de la société profondément marquée par celle-ci.

Son mariage avec Philomena de Tornos y Steinhart constitue notamment un marqueur de cette dimension. Après leur mariage civil célébré à Paris en 2009, le couple s'est marié religieusement à Senlis, ville hautement symbolique pour l'histoire capétienne puisque Hugues Capet y fut élu roi des Francs en 987. La biographie officielle du prince rappelle cette double célébration.

Mais c'est surtout dans ses interventions publiques que cette dimension chrétienne apparaît avec le plus de netteté.

Dans ses vœux de janvier 2013, le chef de la Maison royale de France évoquait ainsi sa participation à un colloque consacré à la vie et sa présence, avec son épouse, à l'abbaye d'Heiligenkreuz, en Autriche, dans le cadre d'une initiative consacrée à la défense de la liberté religieuse. Il mentionnait également son engagement auprès des jeunes du patronage Notre-Dame du Bon Conseil et les activités menées à Dreux autour de la chapelle royale. Cette même déclaration est révélatrice de sa conception de la fonction princière. Jean d'Orléans y associait ses engagements autour de la famille, de l'histoire, du patrimoine et des activités sociales, avec l'idée d'une présence de la famille royale « au cœur de la vie du pays ». Le christianisme apparaît ainsi chez lui moins comme une revendication politique que comme une grille de lecture de la transmission : transmission familiale, historique, culturelle et spirituelle.

Cette conception s'est également exprimée lors des débats qui ont accompagné la loi Taubira.

En 2013, alors duc de Vendôme, Jean d'Orléans avait pris part à la mobilisation contre le projet de mariage entre personnes de même sexe. Le contexte était celui d'une importante mobilisation de mouvements associatifs et religieux autour de la défense d'une conception traditionnelle du mariage et de la famille. Cette période est importante pour comprendre le positionnement du prince : son intervention ne relevait pas uniquement d'une défense abstraite de la monarchie. Elle s'inscrivait dans un ensemble plus large de préoccupations concernant la famille, la filiation, la transmission et la place de la vie humaine dans la société.

Évoquant les récentes évolutions sociétales françaises, il mentionne explicitement l'inscription de l'avortement dans la Constitution et le débat sur la fin de vie. Il écrit alors, à propos de cette dernière expression : « le Chrétien que je suis croit en la vie éternelle ». Cette formulation est particulièrement importante. Elle ne renvoie plus simplement à un héritage familial ou culturel : le prince se définit lui-même comme chrétien et rattache directement cette foi à sa réflexion sur les questions de vie et de mort.

Ce père de six enfants critique par ailleurs la présentation de certaines évolutions sociétales comme des « progrès », estimant qu'elles peuvent conduire à une disparition de repères qu'il juge nécessaires au développement de l'être humain.

Cette dimension chrétienne s'est de nouveau manifestée en juillet 2026, après l'adoption par l'Assemblée nationale de la loi relative à l'aide à mourir.

Le descendant du roi Louis-PhilippeI Ier, dernier roi des Français ,a alors exprimé publiquement son regret face à l'adoption du texte. Il estime notamment que celui-ci porte « une atteinte grave » au droit à la vie et refuse que l'euthanasie ou le suicide assisté puissent être assimilés à des soins ou à une mort naturelle. Il critique également l'obligation faite aux professionnels de santé de participer à l'acte létal sans possibilité de faire valoir une clause de conscience.

Cette prise de position rejoint sur plusieurs points celle exprimée par les évêques de France, qui se sont opposés à la légalisation de l'euthanasie et du suicide assisté et ont défendu parallèlement le développement des soins palliatifs.

Louis-Alphonse de Bourbon : l'héritage catholique revendiqué de la Maison de Bourbon

Chez Louis-Alphonse de Bourbon (52 ans), le rapport au catholicisme apparaît encore plus explicitement dans son discours public. Le duc d'Anjou ne se contente pas de participer à des cérémonies religieuses ou de revendiquer une filiation historique avec les rois de France : il présente régulièrement la foi catholique comme une composante de l'héritage qu'il entend transmettre et comme une dimension de sa conception de la France.

Sa présence lors de messes commémoratives, notamment celles célébrées chaque année en mémoire de Louis XVI (tout comme le prince Jean) à la Chapelle Expiatoire, constitue l'une des manifestations les plus visibles de cette relation. Depuis plusieurs années, le prince participe ou se fait représenter lors des cérémonies organisées autour du 21 janvier.

Mais le rapport de ce descendant de Louis XIV au christianisme dépasse largement le seul devoir mémoriel. Sa déclaration la plus significative intervient précisément à l'occasion de la venue du pape Léon XIV en France.

Dans un comuniqué publié le 24 septembre 2026, le duc d'Anjou affirme vouloir participer à la joie suscitée par la visite pontificale. Il insiste sur le paradoxe d'une France devenue largement sécularisée mais capable de rassembler plusieurs centaines de milliers de personnes autour d'une messe pontificale.

Surtout, le prince assume explicitement ce qu'il appelle son « héritage catholique reçu de mes pères ». Il relie cet héritage à l'histoire de la monarchie française et rappelle notamment le rôle d'Henri III et de l'Ordre du Saint-Esprit. Il évoque également son grand-père, le prince Jacques-Henri de Bourbon, qui avait fait placer le Sacré-Cœur de Jésus et le Cœur immaculé de Marie sur ses grandes armes. Pour Louis-Alphonse de Bourbon, ce geste témoigne du « lien indéfectible » de sa famille avec le catholicisme.

Cette déclaration est particulièrement révélatrice : le prince ne parle pas seulement d'un catholicisme patrimonial. Il revendique une filiation spirituelle.

Le discours du duc d'Anjou comporte toutefois une nuance importante.

Louis-Alphonse de Bourbon ne défend pas une conversion imposée de la société française. Dans son message consacré à Léon XIV, il affirme au contraire que « la Foi est un don gratuit et libre » et qu'il serait vain de vouloir contraindre les Français à une conversion massive. Cette distinction est importante dans son approche de la laïcité. Le prince critique ce qu'il considère comme une utilisation de la laïcité contre le christianisme, tout en affirmant qu'une « saine laïcité » doit distinguer le domaine politique et le domaine religieux.

Il écrit ainsi que le politique est responsable du temporel tandis que la religion concerne le salut éternel. Il se prononce donc en faveur d'une présence chrétienne dans la société sans appeler à imposer la foi par la contrainte.

Cette conception apparaît également dans ses prises de position sociétales.

Lors des débats sur le mariage entre personnes de même sexe en 2012-2013, Louis-Alphonse de Bourbon avait pris publiquement position en faveur du mariage entre un homme et une femme. Il présentait alors la famille comme la cellule fondamentale de la société et associait explicitement cette conception à la tradition « naturelle et chrétienne ». Dans un entretien accordé quelques années plus tard, il est sur les manifestations de 2013 et expliquait avoir été frappé par la mobilisation des familles. Il a insité sur la famille comme « creuset de la société » et sur le rôle respectif du père et de la mère dans l'éducation des enfants.

Son discours ne s'est donc pas limité à la question du mariage. Il a associé famille, éducation, responsabilité et transmission. Dans la même logique, le prince explique que lui et son épouse accordent une importance particulière à l'éducation de leurs 4 enfants et souhaitent leur transmettre des bases permettant d'en faire des adultes responsables.

La protection de la vie constitue un autre axe important de son discours. Dans une déclaration consacrée à la fête de la Saint-Louis, Louis-Alphonse  de Bourbon présentait comme des « combats de civilisation » la défense de la vie et de l'intégrité de la personne humaine, « de la conception à la mort », ainsi que la défense de la famille. Il associait cette conception à la défense de la foi et des chrétiens d'Orient, en particulier face aux persécutions dont ils étaient victimes. Cette continuité est intéressante : famille, protection de la vie, éducation, dignité humaine et liberté religieuse constituent chez lui un ensemble cohérent plutôt qu'une succession de prises de position isolées.

Plus récemment, le duc d'Anjou s'est également exprimé contre l'euthanasie et l'aide à mourir. En mai 2025, une tribune publiée dans le Journal du Dimanche (JDD) était présentée sous le titre « Euthanasie : l'appel de Louis-Alphonse de Bourbon contre un basculement civilisationnel ». Sur ce terrain, ses positions rejoignent certaines préoccupations exprimées par l'Église catholique concernant la protection de la vie humaine et le développement des soins palliatifs.

La France, « fille aînée de l'Église »

Concernant la querelle qui oppose les princes de France pour la succession au trône de France, qui perdure depuis 1883, le Vatican n’a jamais pris officiellement position, recevant avec le même degré de respect les deux prétendants. La messe les rassemblera là où la question dynastique les sépare.

 Cette présence princière prend également un relief particulier dans le pays qui a longtemps été désigné comme la « fille aînée de l'Église », terme popularisée au cours du XIXe siècle mais qui avait déjà été notifié sous le règne de Charles VIII par le Saint-Siège en 1495.

L'expression renvoie à la conversion du roi des Francs Clovis et à la place particulière prise par le royaume des Francs dans l'histoire du christianisme occidental. Selon l'Église catholique de France, Clovis a été baptisé vers 496 et son baptême a marqué un événement majeur dans l'histoire religieuse et politique de ce qui deviendra la France.

Le terme est encore employé aujourd'hui dans le langage ecclésial. Dans un message adressé aux catholiques français en mars 2026, le cardinal Pietro Parolin, secrétaire d'État du Saint-Siège, évoquait explicitement la France comme « la Fille aînée de l'Église » et appelait les catholiques français à persévérer dans leur foi et dans l'annonce de l'Évangile.

La formule appartient donc toujours au vocabulaire catholique, même si la France contemporaine est évidemment une République laïque depuis la séparation des Églises et de l'État. Entre Clovis, Saint Louis, Sainte Jeanne d'Arc, le sacre de Reims et les grandes heures de la monarchie française, le catholicisme a laissé une empreinte considérable dans l'histoire nationale.

Mais la « fille aînée » s'est largement sécularisée

Selon l'Ifop, en 2025, 41 % des Français déclaraient croire en Dieu, contre 66 % en 1947. Près d'un Français sur deux se déclarait encore catholique, mais seuls 26 % déclaraient participer à la messe au moins quelques fois par an, contre 34 % en 2012 et 68 % en 1961. La France reste donc profondément marquée par le catholicisme culturel, patrimonial et historique, mais elle n'est plus une société majoritairement pratiquante.

Et c'est précisément ce qui rend la venue de Léon XIV singulière.

L'Ifop relève en septembre 2026 que 26 % des Français pensent que la visite du pape pourrait donner « un nouveau souffle » à l'Église en France. Cette proportion atteint 41 % chez les catholiques pratiquants. Mais seuls 8 % pensent que cette visite influencera le débat éthique et sociétal, et 6 % le débat politique à l'approche de 2027. La visite pontificale apparaît ainsi moins comme un événement politique que comme un révélateur de la place toujours particulière du catholicisme dans l'imaginaire français.

À Lourdes, Paris et Metz, une page de l'histoire se tourne-t-elle ?

La présence des princes comme de leurs partisans ( Action française, Nouvelle Action royaliste, Cercle d'Action légitimiste..) ajoutent une dimension supplémentaire à cette séquence : les descendants des deux principales maisons monarchiques françaises réunis autour du successeur de saint Pierre dans une République en proie à de multiples crises, qui se cherche des repères y compris dans la foi.

En dépit d’une France dont l'identité politique a changé, les cathédrales, les sanctuaires, les tombeaux royaux, les fêtes religieuses, les œuvres d'art et les traditions continuent de porter la mémoire d'un pays longtemps façonné par le christianisme. Ils sont associés à des heures de gloires à une époque où le progressisme attaque jusqu’au fondement du roman national. Une guerre idéologique qui tourne désormais à l’avantage du Vatican en passe de reconquérir ses ouailles françaises. Un Saint-Siège qui n'a pas hésité à mettre un camouflet au Président Emmanuel Macron, refusant les honneurs que ce dernier entendait remettre au successeur de Saint Pierre. 

Durant quelques jours, la France va redevenir la capitale du christianisme européen : entre 600 000 et un million de personnes sont attendues dans les différentes villes où le Pape Léon XIV (qui possède lui-même des origines françaises) se rendra, sous le regard des Capétiens et des fleurs de Lys, symboles de la monarchie défunte.

À l'heure où le pape Léon XIV vient rappeler la présence du catholicisme dans la France, Bourbons et Orléans seront donc là, chacun de son côté, mais autour d'une même messe. Une rencontre qui ne règle pas la question du trône, mais qui rappelle une évidence historique : avant d'être une querelle dynastique, leurs deux maisons appartiennent à la mémoire catholique de la France.

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Date de dernière mise à jour : 24/09/2026