Monarchies et Dynasties du monde Le site de référence d’actualité sur les familles royales

Joachim Murat : « Une grande nation ne demande pas sa place, elle la prend »

Par-delà la polémique déclenchée par l’ambassadeur israélien à Washington, la tribune du prince Joachim Murat résonne comme un rappel historique et stratégique : la France peut-elle encore peser au Liban ?

Écartée des discussions entre Israël et le Liban par une déclaration cinglante de l’ambassadeur israélien à Washington, prononcée le 14 avril 2026, la France voit sa place contestée au Proche-Orient.

Dans une tribune remarquée, le prince Joachim Murat, 53 ans, dénonce une mise à l’écart révélatrice d’un malaise plus profond : celui d’une puissance qui doute d’elle-même alors même que son histoire et ses intérêts la placent au cœur du jeu libanais.

Yechiel Leiter , Ambassadeur d'Israel @screenshot/you tube

Une mise à l’écart qui interroge la place de la France

La phrase a fait l’effet d’un coup de tonnerre. Au lendemain de pourparlers directs entre Israël et le Liban à Washington, Yechiel Leiter a estimé que la France devait être tenue « aussi loin que possible » de ces discussions, la jugeant inutile, estimant qu’elle n’est « pas nécessaire » et n’exerce pas « d’influence positive », « particulièrement sur le Liban ».

Dans un Proche-Orient sous haute tension - marqué par la fragilité du Liban, l’influence régionale de Iran et le rôle structurant du Hezbollah - cette déclaration dépasse la simple provocation diplomatique. Elle pose une question centrale : la France a-t-elle encore une voix qui compte au Levant ?

La sortie peu diplomatique de l’ambassadeur a fait réagir le prince Joachim Murat. Dans une tribune à la tonalité résolument offensive, publiée dans Le Diplomate, le prince de Pontecorvo a rejeté ce qu’il qualifie « darrogance peu supportable, aussi insolente qu’indigne ». Mais surtout, il retourne l’argument : si la France dérange, c’est précisément qu’elle n’est pas insignifiante.

Mais au-delà de l’indignation, c’est une démonstration stratégique qu’il déploie. « De deux choses l’une : ou bien la France est devenue si insignifiante qu’il est inutile de l’écarter, ou bien elle compte encore assez pour gêner. À l’évidence, c’est la seconde hypothèse qui est la bonne », écrit-il.

Le raisonnement est implacable. Une puissance marginale ne suscite ni rejet ni exclusion. Dès lors, la volonté affichée d’écarter Paris trahit, selon lui, la persistance d’une capacité d’influence autonome — peut-être même trop autonome aux yeux de certains acteurs. En creux, le prince, ancien candidat aux élections européennes, plaide pour une redéfinition du rôle français : non pas une puissance d’appoint, mais une nation capable de porter une ligne propre, distincte de celle de ses alliés.

Débarquement du corps expéditionnaire à Beyrouth, Jean-Adolphe Beaucé.

La France et le Liban : une histoire longue, une responsabilité singulière

Pour le prince Murat, la déclaration israélienne souffre d’un défaut majeur : elle ignore la profondeur historique de la présence française au Levant. « La France n’est pas dans cette région une simple commentatrice occidentale parmi d’autres, elle y est une puissance historique de présence, de protection et de médiation », rappelle-t-il.

Dès le XVIe siècle, sous François Ier, les Capitulations conclues avec l’Empire ottoman fondent une présence française durable au Levant, notamment auprès des communautés chrétiennes d’Orient. Cette vocation protectrice s’affirme au XIXe siècle, lorsque l’Empereur Napoléon III intervient en 1860 pour défendre les maronites du Mont-Liban.

Au XXe siècle, cette relation prend une dimension institutionnelle avec le mandat français sur le Liban, confié par la Société des Nations après la Première Guerre mondiale. Si l’indépendance du pays en 1943 marque la fin de cette tutelle, elle ne rompt pas les liens : langue, culture, réseaux éducatifs et diplomatiques continuent de structurer une relation privilégiée. Aujourd’hui encore, la France demeure l’un des rares acteurs capables de dialoguer avec l’ensemble des forces libanaises, tout en maintenant une présence militaire au sein de la FINUL.

Le prince Murat insiste : « La France verse encore son sang dans cette région. Elle n’a donc de leçons de légitimité à recevoir de personne », évoquant la mort récente d’un soldat français au Liban.

Le prince Joachim Murat au Ministère des Affaires étrangères @Claudia Corbi/ FDN/ Revue Dynastie

Joachim Murat, une voix issue de la tradition impériale et gaullienne

Au-delà de l’histoire, la tribune du prince Murat s’inscrit dans une tradition politique clairement assumée : celle de Charles de Gaulle. 

Comme le Général en son temps, il défend une France indépendante dans ses choix, fidèle à ses alliances mais jamais alignée. Une France capable de reconnaître la Chine populaire en 1964, de quitter le commandement intégré de l’OTAN en 1966, ou de proposer des solutions diplomatiques alternatives au Vietnam. Cette vision, aujourd’hui mise à l’épreuve par les recompositions géopolitiques, repose sur un principe simple : la crédibilité internationale passe par la liberté de décision. Il récuse d’ailleurs toute accusation de post- néo-colonialisme :  « Protéger sans annexer, soutenir sans humilier, garantir sans posséder. » est une ligne qu’il assume, traduisant les valeurs d’une nation héritière de sa monarchie capétienne, impériale et de sa république.

Descendant du maréchal d’Empire Joachim Murat (1767-1815, roi de Naples et figure flamboyante du Premier Empire, son actuel héritier s’inscrit dans l’héritage napoléonien. Beau-frère de Napoléon Ier grâce à son mariage avec Caroline Bonaparte, son ancêtre a incarne tout sa vie une noblesse d’action, un panache forgé sur les champs de bataille et au service de l’État. Cette filiation nourrit aujourd’hui une parole publique singulière, mêlant sens de l’histoire et réflexion stratégique. Sans rôle institutionnel, le prince Murat intervient néanmoins régulièrement dans le débat intellectuel, défendant une vision souveraine et volontariste de la France, plébiscité par ses partisans issus de la tous les champs de la société civile ou politique, bonapartistes ou muratistes convaincus. Ce qui le place dans les personnalités charismatiques les plus en vues, susceptibles un jour d’assurer des charges importantes au sein de l’État.

Au fond, cette exclusion de la France des négociations agit également comme un autre segment révélateur. En contestant la place de la France, certains acteurs reconnaissent implicitement qu’elle peut encore peser. Reste à savoir si Paris est prêt à assumer ce rôle et se libérer de toute tutelle européenne dans laquelle l'Elysée semble se complaire. Entre fidélité aux alliances occidentales et tentation de l’effacement, la ligne de crête est étroite.

Pour le prince Joachim Murat, la réponse ne souffre aucune ambiguïté : la France n’a pas à demander sa place, elle doit la prendre. Le prince rappelle que le Général de Gaulle avait compris « quelque chose que notre époque oublie : la France n’est respectée que lorsqu’elle décide par elle-même ». Dans un Proche-Orient fragmenté, où les médiations se raréfient, une puissance capable de parler à tous sans appartenir à personne n’est pas un luxe. C’est, peut-être, une nécessité.

Copyright@Frederic de Natal

Date de dernière mise à jour : 03/05/2026