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Eudes d’Orléans : « La monarchie n’est pas morte, l’idée revient »

Dans un billet, le prince Eudes d’Orléans estime que la question monarchique pourrait retrouver une actualité en France.  Le duc d’Angoulême défend une monarchie conçue moins comme une restauration nostalgique que comme une réponse possible aux crises de la République.

L’idée monarchique serait-elle en train de sortir des marges et des pages jaunies de l'Histoire  ?

C’est en tout cas la thèse développée par le prince Eudes d’Orléans dans un billet publié sur son site officiel.

Selon le duc d'Angoulème, dans sa lettre du 5 juillet 2026, la monarchie ne serait pas nécessairement l’antithèse de la République et pourrait, dans certaines circonstances, redevenir une question politique sérieuse. Son raisonnement part d’un constat : l’idée monarchique ne reviendrait pas seulement par les cercles royalistes habituels, mais elle réapparaîtrait également dans les réflexions d’intellectuels qui s’interrogent sur l’épuisement du système institutionnel français. Eudes d’Orléans cite notamment l’écrivain et critique littéraire Marin de Viry, auteur de deux ouvrages consacré à l’histoire contemporaine de l’idée monarchique.

Pour le frère du prince Jean d'Orléans, prétendant au trône de France, cette résurgence ne serait donc pas uniquement affaire de nostalgie. Elle traduirait une interrogation plus profonde sur la continuité de l'État, l'incarnation de la nation et la capacité des institutions à dépasser les affrontements partisans.

Eudes d'Orleans@Claudai Corbi/FDN

Un prince d’Orléans au cœur de la réflexion monarchiste

Né à Paris le 18 mars 1968, Eudes d’Orléans, duc d’Angoulême, est le dernier des cinq enfants du prince Henri VII d’Orléans (1933-2019), comte de Paris, et de Marie-Thérèse de Wurtemberg, duchesse de Montpensier. Son grand-père, Henri d’Orléans, comte de Paris, lui a attribué le titre de duc d’Angoulême lors des célébrations du millénaire capétien (1987).

Formé à la philosophie puis au management, Eudes d’Orléans a notamment travaillé dans les ressources humaines et le conseil. Il a effectué son service militaire comme officier et obtenu en 2009 un Executive Master à HEC. Il demeure parallèlement engagé dans les activités de la maison d’Orléans et auprès de son chef, dont il est l’un des proches conseillers. Il siège notamment au conseil d’administration de la Fondation Saint-Louis depuis 2023.

Son propos n’est donc pas celui d’un observateur extérieur à la question dynastique. Il est celui d’un prince de la maison d’Orléans, qui s’inscrit ouvertement dans une réflexion sur l’avenir institutionnel de la France.

La loi d'exil

 

Quand la République exile ses princes

Premier exemple convoqué : la loi du 22 juin 1886 relative aux membres des familles ayant régné en France, communément appelée « loi d’exil ».

Adoptée sous la IIIe République, cette législation interdit notamment le territoire aux chefs et héritiers directs des familles ayant régné sur la France. Elle vise particulièrement les maisons d’Orléans et Napoléon, dont les représentants apparaissent alors comme les principales menaces dynastiques pour le régime républicain.

Le comte de Paris, Philippe VII d’Orléans, prétendant de l'époque, quitte alors la France, suivi  par les descendants de Jérôme Bonaparte, roi de Westphalie. Pour Eudes d’Orléans, cette décision constitue un paradoxe historique. La République, en voulant neutraliser les prétendants susceptibles de la menacer, aurait implicitement identifié les deux maisons qu’elle considérait comme les véritables adversaires dynastiques et ainsi valider de fait une prétention au trône, écartant toutes les autres.  Le prince en tire une conclusion plus ambitieuse : « La République ne percevait comme adversaires royaux sérieux que les Orléans et les Bonaparte [Napoléon -ndlr]. ».

La formule mérite toutefois d’être comprise comme une lecture politique du texte plutôt que comme une vérité juridique absolue. La loi employait la catégorie des « familles ayant régné en France » et définissait précisément les personnes concernées ; son application historique fut plus complexe que ne le laisse entendre une opposition strictement binaire entre deux maisons. Il reste que l’épisode illustre la méfiance profonde de la IIIe République envers les dynasties susceptibles de constituer un recours politique.

La loi sera finalement abrogée par la loi du 24 juin 1950.  Pour la Maison royale de France, cette abrogation marque la fin juridique d’un siècle d’exclusion et ouvre une nouvelle période : celle d’une présence dynastique désormais possible sur le territoire national, mais débarrassée de tout statut politique officiel.

De Gaulle et le comte de Paris Henri d'Orléans

De Gaulle et le comte de Paris : le mystère d’une restauration possible

Le deuxième épisode occupe une place centrale dans le raisonnement d’Eudes d’Orléans : la relation entre le général de Gaulle et Henri d’Orléans, comte de Paris.

Après la Seconde Guerre mondiale, les deux hommes entretiennent pendant plusieurs années une relation étroite. Le billet du prince évoque des rencontres discrètes, des échanges politiques et le rôle que le comte de Paris aurait pu jouer dans les réflexions institutionnelles du Général.

Une phrase particulièrement spectaculaire est attribuée à de Gaulle : « Si la France doit mourir, c’est la République qui l’achèvera. Si la France doit vivre, alors la monarchie aura son rôle à jouer. ». Cette citation doit cependant être maniée avec prudence. Elle est rapportée dans la littérature monarchiste et reprise par Eudes d’Orléans, mais son authenticité et son contexte précis ne sont pas suffisamment établis par une source primaire pour être présentés comme une déclaration incontestable du Général. Le même problème se pose pour certaines autres formules attribuées à de Gaulle dans le cadre de ses échanges avec le comte de Paris. Le prince rapporte notamment qu'en 1966, interrogé sur une éventuelle restauration, le Général aurait répondu : « Un jour, peut-être, si les circonstances le permettent. ». En revanche, une déclaration publique de 1959 rapportée dans le billet est plus facilement documentée dans les sources consacrées à la relation entre les deux hommes.

À Amboise, de Gaulle a explicitement déclaré en évoquant les descendants des rois : « Je salue nos rois, leurs descendants qui sont de très bons, de très dévoués serviteurs du pays. ». Une question demeure néanmoins toujours sans véritable réponse  : de Gaulle envisageait-il réellement une restauration monarchique ?

Le sujet reste débattu. Le Général était suffisamment attaché à une conception historique de la France pour entretenir des relations avec le comte de Paris, mais il n’a jamais engagé publiquement un processus de restauration. Son œuvre institutionnelle s’inscrit au contraire dans la construction de la Ve République. Dans la réalité des faits, il aurait souhaité que le comte de Paris lui succède et fasse ses preuves à la tête de la France avant de poser la question du retour de la monarchie au Français, fort de son bilan. L'opération échoua finalement face à la résistance des gaullistes de circonstance.

C’est précisément ce paradoxe qui intéresse Eudes d’Orléans. Pour le prince, la Ve République fondée en 1958 possède certaines caractéristiques que les observateurs ont parfois rapprochées d’une forme de monarchie élective. Le président de la République dispose d’une légitimité nationale forte, nomme le Premier ministre, préside le Conseil des ministres, peut dissoudre l’Assemblée nationale et dispose, en période de crise, des pouvoirs exceptionnels de l’article 16. Cette concentration de l’autorité présidentielle a conduit certains commentateurs, membres de l’opposition  à parler de « monarchie républicaine ».

Eudes d’Orléans y voit moins une simple formule polémique qu’un indice : la France aurait déjà cherché, dans son régime républicain, à recréer certaines fonctions traditionnellement associées à la monarchie - continuité, incarnation, arbitre institutionnel et représentation de la nation au-delà des partis. Mais une différence fondamentale demeure : le président de la République est élu et politiquement responsable devant les électeurs, tandis qu’un monarque constitutionnel tire sa fonction de la succession dynastique et exerce généralement des pouvoirs politiquement limités.

La comparaison a donc ses limites. Elle n’en demeure pas moins au cœur de la réflexion du prince.

Le Brésil : une monarchie battue dans les urnes

Pour mesurer les possibilités-mais aussi les limites - du retour de l’idée monarchique, le prince Eudes d’Orléans a choisir son regard vers le Brésil dont la maison impériale partage le même ancêtre, Louis-Philippe Ier, dernier roi des Français entre 1830 et 1848.

Le 21 avril 1993, les Brésiliens ont été appelés à se prononcer sur la forme de leur régime. La monarchie parlementaire figure parmi les options soumises au vote. Le verdict a été sans ambiguïté : 86,6 % des suffrages se prononcent pour la République, contre 13,4 % pour la monarchie. Le résultat a constitué une défaite majeure pour les monarchistes brésiliens. Mais, selon le frère du prétendant au trône de France, le prince Jean  d’Orléans, l'épisode révèle aussi l'une des faiblesses récurrentes des mouvements monarchistes : la difficulté à présenter une figure dynastique unifiée. La maison impériale du Brésil est alors traversée par une rivalité entre les branches de Vassouras et de Petrópolis. Pour le prince français, cette division aurait contribué à empêcher la monarchie de se présenter comme une alternative claire et immédiatement identifiable.

Plus de trois décennies plus tard, la question a pourtant réapparu dans le débat public brésilien. En 2024, une initiative citoyenne demandant l'organisation d'un nouveau plébiscite sur une éventuelle restauration monarchique a recueilli plus de 30 000 soutiens sur la plateforme e-Cidadania du Sénat brésilien, dépassant le seuil nécessaire pour être examinée par la Commission des droits humains.

La proposition SUG 9/2024 est toujours enregistrée au Sénat en 2026 et en cours d'examen même si les détracteurs du projet ont déjà proposé son rejet. Ce chiffre de 30 000 signatures ne saurait évidemment être interprété comme le reflet du soutien des électeurs à une restauration. Il correspond à un mécanisme de participation citoyenne permettant qu'une suggestion soit examinée par le Sénat. Mais pour Eudes d'Orléans, le simple fait que la question puisse encore être posée constitue déjà un signe.

La crise de la République comme terreau monarchique ?

Eudes d’Orléans ne prétend pas que la France serait aujourd’hui à la veille d’une restauration.

Il estime plutôt que la monarchie pourrait redevenir une hypothèse intellectuellement respectable avant de devenir, éventuellement, une hypothèse politique. La distinction est importante. Dans son analyse, une restauration ne se décrète pas. Elle supposerait une transformation préalable du regard porté par les Français sur l'institution monarchique. Le prince écrit ainsi qu’« une idée peut être juste sans être prête ». Elle peut répondre à un problème réel sans disposer encore des conditions politiques nécessaires à sa mise en œuvre.

Le raisonnement rejoint d'ailleurs celui de Marin de Viry, dont Un roi immédiatement, publié en 2017, défendait déjà une vision de la monarchie associée au service, à la continuité et à une forme d’incarnation politique. Dans son livre, l’auteur écrivait notamment que la monarchie pouvait être associée à « l’honneur », à la fidélité et au service. Son dernier ouvrage, Notre royaume, publié en avril 2026, poursuit cette réflexion sur la permanence de l'idée monarchique dans l'imaginaire politique français. Pour le prince Eudes d'Orléans, cette évolution est significative : la monarchie ne serait plus seulement défendue par les militants royalistes, mais ferait également l'objet d'une réflexion intellectuelle indépendante.

C'est ici que le billet prend une dimension plus directement contemporaine. Le prince dresse le portrait d'une France confrontée à la défiance envers ses institutions, à l'instabilité politique et à la fragmentation partisane. Dans ce contexte, il estime que le régime monarchique constitutionnel pourrait offrir ce que les élections ne peuvent pas garantir : une figure permanente au sommet de l'État.

L'idée n'est pas nouvelle. Elle correspond au fonctionnement de plusieurs monarchies parlementaires européennes, parmi lesquelles le Royaume-Uni, l'Espagne, les Pays-Bas, la Suède, la Norvège, le Danemark ou la Belgique. Dans ces systèmes, le souverain n'exerce généralement pas le pouvoir gouvernemental quotidien. Celui-ci revient au gouvernement issu du jeu parlementaire. Le monarque assure avant tout une fonction symbolique et institutionnelle, incarnant la continuité de l'État.

C'est précisément cette fonction que le prince souhaite remettre au centre du débat. « Il existe des formes de continuité étatique, de stabilité institutionnelle, d’incarnation de la nation au-delà des cycles électoraux », écrit-il en substance, estimant que certaines monarchies européennes ont conservé ce mécanisme sans renoncer à la démocratie.

Mais l'argument comporte une faiblesse évidente : rien ne permet d'établir mécaniquement qu'une monarchie produirait davantage de stabilité qu'une république. Les performances politiques et économiques des États dépendent de nombreux facteurs - système électoral, (le royalisme compte des partisans au sein des mouvements politiques mais aucun n'entend le défendre actuellement), culture politique, administration, économie, histoire institutionnelle - qui ne peuvent être réduits à la seule nature du chef de l'État.

Le parterre d'eau de Versailles @wikicommons/ PCB/

L'obstacle français : les divisions du royalisme

Le paradoxe est d'autant plus grand que les monarchistes français restent eux-mêmes divisés.

Depuis la disparition de la monarchie, plusieurs traditions dynastiques se sont opposées sur la question de la succession : légitimistes, orléanistes et, plus marginalement, bonapartistes ont développé des conceptions différentes de la légitimité historique, entre adoption du principe républicain et nostalgie de l'Empire. Eudes d'Orléans estime que ces querelles constituent aujourd'hui l'un des principaux obstacles au renouveau de l'idée monarchique. Son raisonnement est simple : comment convaincre les Français qu'une monarchie pourrait constituer un facteur d'unité lorsque ceux qui la défendent ne parviennent pas eux-mêmes à s'entendre sur celui qui devrait l'incarner ?

Le prince appelle ainsi à dépasser les « chapelles »,  les querelles dynastiques et les mesquineries qui vont avec. Il appelle d'abord à un travail intellectuel nécessitant une force de cohésion. « La France a besoin, d’abord, d’une idée -claire, moderne, débarrassée des écumes des chapelles », écrit-il.

Il n'est pas question de réhabiliter l'Ancien Régime ou de contester la légitimité historique de la République mais plutôt de déplacer la question. La monarchie ne serait plus nécessairement une affaire de restauration du passé, mais une réflexion sur l'avenir des institutions. C'est dans cette perspective que le prince évoque la monarchie constitutionnelle contemporaine : un souverain sans gouvernement personnel, un Parlement élu, un gouvernement responsable politiquement et un chef de l'État placé au-dessus des compétitions partisanes. Cette conception est très éloignée de la monarchie absolue. Elle rapproche au contraire la réflexion monarchiste d'une question très contemporaine : peut-on dissocier l'incarnation de la nation de la compétition électorale ?

Le président de la République française étant lui-même élu au suffrage universel direct, il devient inévitablement une personnalité politique. Le monarque constitutionnel, lui, peut théoriquement représenter l'État sans être directement impliqué dans la lutte partisane. C'est cette distinction que le prince Eudes d'Orléans entend remettre en discussion.

Une restauration encore très improbable

Reste la question essentielle : cette « idée qui revient » peut-elle réellement déboucher sur une restauration ?

À court terme, rien ne permet de l'affirmer. La France demeure profondément attachée à son régime républicain.Les sondages sur le sujet montrent une certaine adéhésion à cette idée mais stagnent désespréement autour des 18%.  Une restauration monarchique supposerait une transformation constitutionnelle considérable et, surtout, une adhésion populaire qui n'existe pas aujourd'hui à une échelle permettant d'envisager sérieusement un changement de régime. 

La situation française est donc moins celle d'une monarchie sur le point de revenir que celle d'une monarchie dont certains défenseurs espèrent voir revenir la question dans le débat public. Et c'est précisément ce que revendique le prince Eudes d'Orléans. Son ambition n'est pas de prédire une restauration. Elle consiste à soutenir qu'une idée autrefois considérée comme définitivement enterrée peut retrouver une certaine légitimité intellectuelle. « Quand cette idée sera suffisamment ancrée, quand elle ne fera plus ricaner, le reste viendra », écrit-il.

Une formule qui résume autant un espoir qu'une stratégie. Car, derrière le prince d'Orléans, c'est finalement une question plus vaste qui se dessine : dans une démocratie confrontée à la défiance, à l'instabilité et à la personnalisation croissante du pouvoir, faut-il nécessairement choisir entre la République et la monarchie ? Eudes d'Orléans répond que non. Il propose de regarder autrement l'histoire française : non comme une succession irréversible de régimes, mais comme une réserve d'expériences institutionnelles dont certaines pourraient, un jour, redevenir pertinentes.

La monarchie, dans cette perspective, ne serait donc pas morte. Elle attendrait simplement que les circonstances rendent à nouveau la question possible.

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Date de dernière mise à jour : 11/08/2026