À Sainte-Anne-d'Auray, le monument du comte de Chambord vandalisé
À Sainte-Anne-d'Auray, le monument du comte de Chambord vandalisé
Dans le Morbihan, le monument consacré à Henri V, comte de Chambord, a été vandalisé. Recouvert de cocardes tricolores et marqué d’un slogan macabre sur son mur d’enceinte, cet acte a provoqué l’indignation et une réaction du prince Louis-Alphonse de Bourbon.
Dans la nuit du 12 au 13 juillet 2026, le monument érigé à la gloire d’Henri V, comte de Chambord, dernier héritier légitime de la branche aînée des Bourbons, a été la cible d’un acte de profanation.
Situé face à la basilique Sainte-Anne, l’un des hauts lieux spirituels de Bretagne, ce monument privé ouvert au public, classé monument historique depuis 2019, a été recouvert de cocardes tricolores apposées sur le piédestal et plusieurs éléments sculptés. Sur un mur d’enceinte du site, un tag a également été découvert avec l’inscription : « Que demande le peuple ? Qu’on lui coupe la tête. »
Une formule provocatrice qui semble détourner une référence révolutionnaire pour viser directement la mémoire monarchique incarnée par le comte de Chambord et ses successeurs.
Pour Thomas de Baglion, président de l’association propriétaire du monument depuis plus d’un siècle, cet acte est avant tout une atteinte absurde à un lieu historique. « C’est un acte complètement débile. Des gens ont essayé de mimer des cocardes sur le piédestal et les statues… Ça nous oblige à faire une remise en état du monument. C’est un monument privé mais ouvert au public, censé être traité dans le respect. C’est une grosse déception pour nous », explique-t-il dans une interview accordée à Valeurs actuelles.
Une restauration longue, complexe et coûteuse
Érigé entre 1891 et 1897 à l’initiative de la société de Saint-Henri, le monument a été conçu par l’architecte Édouard Deperthes, également auteur de la basilique Sainte-Anne voisine.
Dominant le site de plusieurs mètres de hauteur, le monument abrite la plus imposante et seule statue consacrée au comte de Chambord. Au sommet de l’édifice, le petit-fils du roi Charles X est représenté agenouillé, vêtu d’un costume de sacre, la couronne déposée à ses côtés. À son flanc figure « Joyeuse », l’épée légendaire attribuée à Charlemagne. Au premier niveau du monument, quatre grandes figures historiques et spirituelles en pied veillent sur le prince : sainte Jeanne d’Arc (patronne de la France) , sainte Geneviève (patronne de Paris), le chevalier Pierre Terrail de Bayard qui s'illustra durant les guerres d'Italie , et le connétable breton Bertrand Du Guesclin, héros de la guerre de Cent ans.
Cette représentation rappelle le destin singulier du prince. Prétendant au trône, il fut reconnu par les légitimistes comme le roi Henri V après la chute de la monarchie en 1830. Malgré une tentative de restauration entre 1870 et 1873, souhaitée un Parlement dominé par les monarchistes, le comte de Chambord refusa finalement de ceindre la couronne qui lui était offerte pour des raisons de principe. Associée à la Révolution française, ses tragédies et ses horreurs, Henri V exigea de régner avec un drapeau blanc en lieu et place du tricolore national qu'il détestait.
Au-delà de l’émotion suscitée par cette dégradation, l’association gestionnaire doit désormais faire face à un important chantier de restauration.
Les produits utilisés pour recouvrir les pierres et les sculptures pourraient nécessiter des interventions spécialisées afin d’éviter d’endommager durablement l’œuvre. Le coût exact des travaux n’est pas encore connu, mais Thomas de Baglion redoute une opération longue et particulièrement onéreuse.
Louis de Bourbon dénonce une atteinte à la mémoire nationale
Pendant des décennies, le site a été un lieu majeur de rassemblement pour les royalistes bretons. Dans un Morbihan profondément marqué la chouannerie durant la Révolution française, au XIXe siècle par le catholicisme et une forte sensibilité légitimiste, pèlerinages, messes commémoratives, rassemblements politiques et souscriptions populaires ont contribué à faire vivre la mémoire du prince exilé.
Réfugié dans l'actuelle Slovénie, alors terres autrichiennes, Henri V est décédé au château de Frohsdorf en 1883, à l'âge de 62 ans, sans enfants et sans avoir désigner de successeur officiel.
Malgré les changements politiques et les périodes de tension, le monument a traversé les décennies. Restauré en 2012, puis inscrit au titre des monuments historiques en 2019, il avait retrouvé son éclat avant cette nouvelle dégradation.
La profanation a également provoqué la réaction du prince Louis-Alphonse de Bourbon, 52 ans, considéré par les légitimistes comme le successeur des rois de France (sou le nom de Louis XX) et aîné des Capétiens. Interrogé par Valeurs actuelles, il a fait part de son indignation : « J’admets avoir été choqué par cet acte de vandalisme aussi inutile qu’irrespectueux. La profanation d’un monument dédié à la mémoire de mon grand-oncle le Comte de Chambord n’atteint pas seulement la pierre : elle blesse notre patrimoine et notre histoire. », a déclaré le duc d’Anjou au magazine.
Pour le prince, les oppositions idéologiques ne peuvent constituer une justification : « Les convictions politiques ne sauraient jamais justifier le vandalisme, car une nation qui ne laisse plus le repos aux morts et ne respecte plus son patrimoine s’appauvrit elle-même. »
Un message qui dépasse la seule question monarchique et pose celle de la préservation des lieux historiques, quels que soient leur héritage politique, religieux ou culturel. Interrogé sur les responsables potentiels de cette dégradation, Thomas de Baglion estime que l’acte pourrait relever d’une démarche idéologique locale. « Je ne pense pas que ce soient les antifas, mais plutôt une réaction très locale de républicains de gauche, anti-monarchistes », avance-t-il. Sur les réseaux sociaux, des groupes antifascistes locaux ont été également cités sans être nommés.
Aucune revendication officielle n’a toutefois été attribuée à ce stade aux auteurs des dégradations. Le doute sur ceux qui ont réalisé cette opération demeure encore.
Des atteintes répétées contre des symboles historiques et religieux
Cette profanation intervient dans un contexte politique marqué par plusieurs actes visant des symboles patrimoniaux.
En juin dernier, en marge d’une marche des fiertés, la statue de Jeanne d’Arc située à Romagné, en Ille-et-Vilaine, avait été recouverte aux couleurs LGBT, rappelle Valeurs actuelles. Plus récemment, un groupuscule antifasciste a revendiqué la destruction d’une croix située au pic de l’Aiguille, dans les Hautes-Alpes. Ou encore en janvier de cette année, la statue équestre de Jeanne d’Arc, place Saint-Augustin à Paris quand un homme a arraché l’épée de la statue (œuvre de Paul Dubois, 1895). Sans compter les actes antichrétiens sont en hausse dans une France dite « fille aînée de l’Eglise « : 322 au premier semestre 2025 (+13 % par rapport à 2024), avec des vols dans les édifices catholiques (820 signalés en 2024, +24 %) et de multiples profanations (hosties piétinées, objets liturgiques volés).
Face à cette succession d’atteintes, catholique convaincu, le prétendant au trône de France, qui s'était rendu au monument en 2015, appelle à sortir de la logique de confrontation : « Cessons les actes de division, et respectons la mémoire des lieux, et le débat civilisé. », plaide t-il.
Au-delà de sa dimension monarchique, le monument de Sainte-Anne-d’Auray appartient désormais pleinement au patrimoine historique français. Son histoire témoigne d’une époque, de ses croyances, de ses combats politiques et de ses évolutions. Alors que l’association propriétaire prépare les travaux de restauration, elle appelle à la mobilisation afin de préserver ce lieu de mémoire plus que centenaire.
Cet épisode relance une question récurrente : dans une société traversée par de fortes tensions idéologiques, les monuments historiques doivent-ils rester des espaces de confrontation symbolique ou demeurer des témoins protégés d’une histoire commune ?
Pour les défenseurs du patrimoine, une réponse s’impose : quelles que soient les convictions de chacun, la sauvegarde de la mémoire collective ne peut passer par la destruction ou la dégradation des traces du passé.