Monarchies et Dynasties du monde Le site de référence d’actualité sur les familles royales

Le prince rouge du carlisme se pose en prétendant au trône d'Espagne

Le prince charles xavier cp« Je suis au service des Espagnols. Je me dois à l'Espagne, aux Espagnols. Et, bien sûr, aux devoirs qui m'ont été imposés d'être à la tête de la dynastie carliste, sans jamais renoncer à aucun d'eux ni à mes droits, comme tous mes ancêtres l'ont toujours fait ». Monarque de l’Espagne depuis 2014, le roi Felipe VI est pourtant contesté dans ses droits  par une minorité de royalistes qui remettent en question la légitimité de sa branche. A l’heure où le pays est traversé par une grave crise politique et économique, aggravée par la montée des indépendantismes et accentuée par la pandémie de covid-19, les carlistes s’agitent de plus en plus. Réunis (pour une partie d’entre eux) autour du prince Charles-Xavier de Bourbon-Parme, des deux côtés des Pyrénées,  ils rêvent de le voir monter sur le trône au nom du droit de primogéniture masculine. Le magazine « Vanitatis » est parti à la rencontre de ce descendant de Louis XIV qui assume pleinement ses devoirs et se pose en alternative crédible pour le pays de Cervantès.

Ferdinand viiMarié quatre fois, le libéral Ferdinand VII n’aura que deux filles issues de son dernier mariage avec Marie-Christine de Bourbon-Sicile. Contre toute attente, il décide en 1830 d’abroger la loi de succession par primogéniture masculine afin de permettre à son aînée, Isabelle, de lui succéder. En modifiant les règles dynastiques, le souverain provoque la colère de l’héritier en titre, son frère Charles, chef de la faction conservatrice. Lorsque Ferdinand meurt trois ans plus tard, Charles va soulever ses partisans contre Isabelle II. L’Espagne va alors connaître des décennies de guerre civile et la mouvance carliste, de devenir une force d’opposition à la monarchie avant que le franquisme ne vienne y mettre fin. Bien qu’ils soient aujourd’hui  minoritaires et divisés en deux camps que tout oppose, une partie des carlistes est réunie autour du prince Charles-Xavier de Bourbon-Parme dont la branche est détentrice des droits au trône espagnol depuis 1936. Il réside à l’année aux Pays-Bas, avec femme et enfants, mais continue d’entretenir des relations étroites avec le pays de Cervantès.

« Nous avons nos aînés, des personnes dépendantes, des personnes handicapées, des familles avec moins de ressources économiques ... Ce sont eux qui doivent être au centre de toute aide, ce sont eux qui subissent de près les impacts de cette pandémie ». Crise sanitaire oblige, le prince Charles –Xavier de Bourbon- Parme est au chevet d’une Espagne durement touchée et appelle ses concitoyens à plus de solidarité et de cohésion nationale. Confiné chez lui comme une grande partie de l’Europe, ce prétendant au trône regarde avec inquiétude les conséquences de la pandémie, notamment sur le plan économique dont il fustige « ce modèle individualiste » qui continue d’être appliqué au mépris du bien commun de tous. S’il confirme n’avoir pas été victime du covid-19, il évoque la mémoire de la princesse Marie-Thérèse de Bourbon-Parme, sa tante décédée en mars dernier et une des premières à avoir été touchée par le coronavirus. « La mort de ma tante bien-aimée, Marie-Thérèse  a été très difficile pour la famille et pour les carlistes. Elle était un exemple de vitalité, toujours prêt à faire des compromis pour les autres et liée profondément à l'Espagne, aux Espagnols ». Pour autant, le prince est convaincu que le pays va se relever comme il l’a toujours fait dans toutes les crises qu’il a affrontées, réclamant toutefois que les dissenssions politiques soient mises de côté et que «  tous acceptent de travailler côte à côte ».

Charles xavier en famille cpLa politique, une passion pour Charles-Xavier de Bourbon-Parme, ce quincagénaire que certains à Paris verraient bien aussi sur un trône de France. Questionné sur le scandale financier qui touche le roi Juan-Carlos, exilé dans les Emirats Arabes Unis, le prince botte en touche. « Je ne suis pas juge, donc je ne peux pas en dire plus. Cette question est entre les mains de la justice, que je respecte absolument en tant qu’espagnol » clame Charles-Xavier qui en profite pour rappeler quelques règles qui lui tiennent à cœur. « Ce que je peux et dois dire, c'est que dans tout type de fonction publique à responsabilité politique ou institutionnelle, chacun se doit être irréprochable dans tous ses comportements. Ils sont et devraient être des références pour la société. S'ils perdent cette valeur, leur fonctionnalité disparaît »  affirme le duc de Parme.  Regrettant que cette affaire ait jeté de l’opprobre sur l’institution monarchique, le prince confesse qu’il n’a quasiment aucune relation avec le roi Felipe VI en dehors de quelques événements familiaux. « Nous sommes plongés dans une seconde «transition», très différente de celle de 1978, en ce que ce que la société réclame désormais, c'est une transparence totale dans la gestion publique et l'indépendance du pouvoir judiciaire. Je crois sincèrement qu'il vit des moments très difficiles » reconnait Charles Xavier qui refuse d’évoquer le travail de son concurrent. « Qu’auriez-vous fait à sa place ? » lui demande le journaliste. « La même chose que je fais à ce jour, être au service de l'Espagne et des Espagnols. Travailler constamment afin que la société espagnole puisse continuer son développement sans oublier que le plus important est le respect de la dignité de la personne et les libertés » répond le prétendant.  « Pensez-vous qu'il serait bon de tenir un référendum sur la monarchie ? » poursuit Vanitatis. « Nous, les carlistes, avons toujours défendu la nécessité pour les Espagnols de s'exprimer sur toutes les questions qui nous semblent d'importance. Bien entendu, le travail pédagogique doit également se faire sur les différentes formes d’État existantes. République ou monarchie ? Le Tout est de savoir de ce dont on parle réellement » affirme Charles-Xavier qui évoque ses «  devoirs et ses responsabilités en tant que chef de la dynastie ».Partido carlista

Sur le plan politique, Charles-Xavier promeut un carlisme de gauche alternative, autogestionnaire, fédéraliste et anti-européen. On est loin du carlisme traditionaliste représenté par son oncle Sixte-Henri de Bourbon-Parme et qui applique les poncifs d’origine de cette mouvance : « Dieu – la Patrie – les Fueros – le Roi ».  En dépit de résultats électoraux marginaux qui leur sont communs, les deux groupes continuent toujours de se regarder en « chiens de faïences »  depuis l’incident de Montejurra, où en 1976, ils s’étaient violemment affrontés. « Je suis au service des Espagnols. Je me dois à l'Espagne, aux Espagnols, comme nous les carlistes aimons à le dire ... Et, bien sûr, aux devoirs qui m'ont été imposés d'être à la tête de la dynastie carliste, sans jamais renoncer à aucun d'eux ni à mes droits, comme tous mes ancêtres l'ont toujours fait » rappelle le prince. « Le carlisme est ancré dans le présent et  le futur, un  mouvement social et politique né des traditions et des libertés historiques de l'Espagne, qui ne cesse de se projeter dans le futur. Face à une société de consommation, nous proposons une société qui promeut le bien commun et le développement intégral de la personne ... toujours à la recherche de la justice sociale. Compte tenu de la polarisation politique dans laquelle la société espagnole est plongée, la pensée carliste propose le fédéralisme comme troisième voie, lieu de rencontre de tous les Espagnols » renchéri Charles-Xavier qui se pose en prétendant. « Mon fils, malgré son jeune âge, est très conscient de ses droits et de ses devoirs que notre famille a avec l'Espagne et les Espagnols. Nous gardons toujours à l'esprit la réalité politique et sociale de l'Espagne. Mon fils apprend par-dessus tout de l'exemple de ses parents, tout comme mes frères et moi avons reçu cet héritage de nos parents. Nous sommes en contact permanent avec l'Espagne, effectuant de fréquentes visites pour rencontrer des hommes d'affaires, des hommes politiques, la société civile » précise-t-il encore.

Les carlistesA 80 ans, le « Régent » Sixte-Henri prépare sa succession comme le sous-entendait, il y a quelques jours et en filigrane, sa page officielle. Difficile de dire qui sera choisi à ce stade mais si personne n’est désignée, ses partisans pourraient rejoindre, soit les rangs du prince Louis-Alphonse de Bourbon [1], déjà qualifié de Luis II sur les forums carlistes et qui a l’avantage de soutenir Vox (un parti dans lequel s’inscrivent les carlistes traditionalistes), soit la mouvance carloctaviste représentée par l’archiduc Dominic de Habsbourg-Toscane. Une minorité dans la minorité. Sur le plan familial, avantage au prince Charles-Xavier. C’est en 2010 qu’il a épousé la journaliste Annemarie Cecilia Gualthérie van Weezel avec laquelle il a eu 3 enfants, deux filles et un garçon, le prince Charles-Henri, 4 ans, le prince des espoirs pour les carlistes. Tâche sur ce tableau idyllique, un enfant illégitime, le prince Carlos Hugo Roderik Sybren de Bourbon de Parme (23 ans) qui s’est battu avec succès pour faire reconnaître sa filiation avec le prétendant. Un sujet que ce cousin du roi des Pays-Bas élude totalement et qui préfère s’accentuer sur  le Think Tank « COMPAZZ » qu’il préside, fondé sur la « nécessité de mener une transition énergétique, ainsi qu'un changement de modèle économique où règnerait l'équilibre écologique et celui de l'individu ».

Copyright@Frederic de Natal

[1] https://lincorrect.org/louis-xx-est-mort-viva-luis-ii/

 

Date de dernière mise à jour : 18/11/2020

Ajouter un commentaire

Anti-spam