Au terme d’une visite historique de deux jours à Melilla, le roi Felipe VI a réaffirmé l’appartenance de la ville à l’Espagne et à l’Union européenne. Dans un contexte de tensions autour des enclaves espagnoles d’Afrique du Nord, le souverain a également appelé à l’unité institutionnelle et à la défense des libertés.
Dans la suite de celle de Ceuta, la visite du roi Felipe VI et de la reine Letizia à Melilla a été tout aussi triomphale et attendue.
Il s’agissait de la première visite du couple royal dans cette ville autonome depuis le début du règne de Felipe VI en 2014, et de la première venue d’un souverain espagnol à Melilla depuis celle de Juan Carlos Ier et de la reine Sophie, dix-neuf ans auparavant.
Ce déplacement intervient dans un contexte de tensions entre l’Espagne et le Maroc concernant la souveraineté sur Ceuta et Melilla, deux enclaves espagnoles situées sur la côte nord-africaine et revendiquées par Rabat depuis son indépendance prise en 1956. Les événements survenus à Ceuta quelques semaines auparavant, marqués par l’arrivée massive de migrants depuis le territoire marocain, avaient ravivé les inquiétudes quant à la sécurité des frontières espagnoles et européennes.
Au-delà de sa dimension institutionnelle, ce déplacement a également constitué un signal politique destiné à réaffirmer les liens entre Melilla, Madrid et les institutions européennes.
« Melilla est l’Espagne et Melilla est l’Europe »
C’est devant les représentants de la société civile de Melilla, réunis à l’hôtel Melilla Puerto, que Felipe VI a prononcé son discours de clôture. Le roi y a insisté sur l’appartenance pleine et entière de la ville à l’Espagne et à l’Union européenne.
« Bien que cela puisse paraître évident, il est important de le réaffirmer : Melilla est l’Espagne et Melilla est l’Europe », a-t-il déclaré.
Le souverain a rappelé que les frontières de Ceuta et de Melilla sont également celles de l’Union européenne. À ce titre, toute menace pesant sur la frontière d’un État membre concerne, selon lui, l’ensemble de l’Union. « Toute menace pesant sur la frontière d’un État membre constitue donc une menace pour l’ensemble de l’UE », a souligné Felipe VI sur un ton ferme, inscrivant ainsi la situation des deux villes autonomes dans une perspective européenne plus large.
Le roi a également défendu les principes fondamentaux sur lesquels repose l’Union, notamment l’État de droit, la dignité humaine et le respect des libertés. « Que personne ne confonde ces convictions avec de la faiblesse. Nous sommes prêts à défendre nos valeurs et nos libertés », a-t-il affirmé.
Un appel à l’unité face aux défis communs
Au-delà du message relatif à la souveraineté pour lequel Rabat n’a fait aucun commentaire, Felipe VI a insisté sur la nécessité de maintenir une cohésion institutionnelle face aux tensions récentes. Évoquant les événements de Ceuta et la situation à Melilla, il a estimé que ces circonstances rappelaient l’importance de travailler collectivement.
Pour le souverain, les divergences politiques doivent s’accompagner d’un dialogue permanent, d’une recherche d’entente et d’une unité entre les institutions. Cette approche, a-t-il expliqué, constitue une condition essentielle à la stabilité et à l’efficacité de l’action publique. Une référence subtile aux manifestations populaire de défiance contre le gouvernement du Premier ministre Pedro Sanchez et qui avait généré une crise importante entre le Palais royale de Zarzuela et celui de la Moncloa.
La visite a aussi été marquée par l’accueil chaleureux réservé au couple royal. Un véritable bain de foule qui a confirmé l’attachement des habitants de cette enclave à la monarchie, toute religions confondues. Le roi Felipe VI a tenu à souligner la nécessité de renforcer les liens entre Melilla et le reste de l’Espagne, estimant que les habitants de la ville devaient ressentir plus régulièrement la proximité de leurs souverains et de leurs compatriotes. « Vous méritez de ressentir plus souvent - y compris à travers vos Souverains - l’affection et la proximité de tous les Espagnols. Non pas malgré le fait que vous viviez ici, mais précisément pour cette raison », a-t-il déclaré.
Le roi a ainsi voulu rappeler que la situation géographique de Melilla ne devait pas constituer un facteur d’éloignement politique ou affectif. Il a également encouragé les habitants à poursuivre leur engagement dans la vie locale, à travers leurs activités économiques, leurs établissements scolaires et leur participation à la vie publique. « Ne cessez jamais de croire en l’avenir de Melilla, car nous sommes tous engagés dans cet avenir », a-t-il lancé, en évoquant le soutien de l’Espagne et de l’Union européenne.
En conclusion de son intervention, Felipe VI a exprimé son attachement à l’avenir social, économique et culturel de la ville. Il a rappelé que son développement reposait autant sur l’action des institutions que sur la mobilisation de ses habitants.
« La Reine et moi n’oublierons pas cette visite ; nous repartons avec l’envie de revenir », a-t-il affirmé.
Cette visite restera marquée par la portée symbolique des déclarations royales dans un contexte de tensions diplomatiques et de préoccupations liées aux frontières. Sans se limiter à une affirmation de souveraineté, le déplacement a également permis au monarque de réaffirmer la place de Melilla et de Ceuta dans le projet européen et de témoigner du soutien de la Couronne à ses habitants. Un véritable succès diplomatique pour la Couronne tant sur le plan local comme international.
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