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Sofia : le tsar Samuel retrouve sa dernière demeure, mille ans après sa mort

Plus de mille ans après sa mort, le tsar Samuel Ier a retrouvé la Bulgarie. Transférée depuis Thessalonique sous les honneurs militaires, sa dépouille a été accueillie à Sofia lors d’une cérémonie d’État avant de rejoindre la basilique Sainte-Sophie. Un retour chargé d’histoire, de mémoire et de symboles pour un souverain qui consacra les dernières années de sa vie à la lutte contre l’Empire byzantin.

La scène a eu quelque chose d’exceptionnel, ce 3 octobre 2026. Après plus d’un millénaire passé hors de Bulgarie, les restes attribués au tsar Samuel Ier ont été officiellement remis à l’État bulgare par la Grèce. La cérémonie de transfert s’est tenue au Musée de la culture byzantine de Thessalonique, avant le départ de la dépouille vers Sofia.

« Nous avons récupéré notre roi », a déclaré le Premier ministre Roumen Radev à l’arrivée de la délégation bulgare à Thessalonique. Une formule qui résume à elle seule la portée symbolique de cette journée.

Le retour d’un souverain médiéval : une cérémonie d’État au cœur de Sofia

La cérémonie officielle a débuté à 10h30 au Musée de la culture byzantine de Thessalonique. Les deux États ont signé les protocoles organisant la remise des restes attribués au souverain bulgare. Les documents ont été paraphés par le ministre bulgare de la Culture, Evtim Miloshev, et son homologue grecque, Lina Mendoni, en présence des Premiers ministres Roumen Radev et Kyriakos Mitsotakis.

Les restes avaient été découverts en 1964 par l’archéologue Nikolaos Moutsopoulos dans la basilique Saint-Achille, sur l’île de Saint-Achille, dans la région du Petit lac de Prespa. Ils avaient été conservés dans quatre sarcophages.

À l’occasion de cette restitution, la Bulgarie et la Grèce ont également procédé à un échange patrimonial. Sofia a remis à Athènes 48 reliques religieuses, parmi lesquelles des icônes, des croix, des objets liturgiques ainsi qu’un trône épiscopal. Ces objets avaient été acquis pendant la Première Guerre mondiale par le métropolite de Serrès et Nigrita ainsi que par les monastères de Saint-Jean-Baptiste et de Panagia Ikosifinissa.

Le retour du souverain bulgare s’est ensuite poursuivi dans les airs. Vers 12h30, l’avion militaire Spartan transportant la dépouille est entré dans l’espace aérien bulgare. Il a été escorté par des chasseurs MiG-29 et F-16 avant de survoler la place du Prince Alexandre Ier, au cœur de Sofia. À son arrivée à l’aéroport Vasil Levski, la dépouille a été prise en charge par l’armée bulgare. Transportée dans un convoi militaire et escortée par la police militaire, des véhicules spécialisés et des motocyclistes, elle a rejoint le centre de la capitale.

À 13h40, la cérémonie d’État a commencé sur la place Knyaz Alexandre Ier. La présidente Iliana Yotova était présente aux côtés du Premier ministre Roumen Radev. Durant l’interprétation de l’hymne national bulgare, 21 salves d’artillerie ont été tirées.

Le cortège s’est ensuite dirigé vers la basilique Sainte-Sophie, où les citoyens ont pu rendre hommage aux restes du souverain . Un lieu d’inhumation à la dimension particulière. La tradition historique rapportée dans le texte établit en effet un lien entre Samuel et l’ancienne basilique de Sofia. Selon le père Kiril Didov, président du conseil d’administration de Sainte-Sophie, le père de Samuel aurait été gouverneur de Sredets. Ses enfants auraient ainsi grandi dans la région, fréquenté l’église et, selon cette hypothèse, Samuel aurait pu y être baptisé.

Le sarcophage de marbre contenant les restes du souverain devait ainsi être installé à proximité de l’autel, dans un lieu présenté comme intimement lié aux origines religieuses et à l'enfance de Samuel.

 

 

Samuel Ier, le souverain de la résistance bulgare

Pour comprendre la portée de cette cérémonie, il faut revenir au tournant des Xe et XIe siècles.

Samuel, en bulgare Samuil, fut d’abord un commandant militaire des territoires occidentaux du tsarat bulgare avant de devenir tsar  dans une période marquée par l’affrontement entre la Bulgarie et l’Empire byzantin.

Issu de la famille des Comitopouloï selon la tradition, Samuel grandit dans un royaume profondément fragilisé par les offensives byzantines. Avec ses frères, David, Moïse et Aaron, il participe à la tentative de reconstitution de la puissance bulgare après la soumission d’une partie du territoire à Byzance.

La trajectoire de Samuel est aussi celle d'une expansion militaire spectaculaire. Après plusieurs campagnes, il étend l’influence bulgare vers la Thessalie, la Grèce, l’Albanie et la Dalmatie. En 986, les Bulgares remportent notamment une victoire importante contre l’empereur Basile II lors de la bataille des Portes de Trajan, près de Sofia. En 997, après la mort de Roman de Bulgarie, Samuel Ier se proclame souverain. Pendant plusieurs années, il apparaît comme l’un des principaux adversaires de Basile II.

Mais l’Empire byzantin finit par reprendre l’initiative.

À partir de 1001, Basile II lance régulièrement des campagnes contre les territoires contrôlés par Samuel. Vidin, Skopje et Vodéna tombent progressivement aux mains des Byzantins. Le royaume bulgare se retrouve peu à peu réduit à ses territoires occidentaux. Le dénouement intervient en 1014 lors de la bataille de la Passe de Kleidion, également appelée bataille de Stoumitza dans le texte. La défaite bulgare est particulièrement dramatique. Selon le récit transmis par les sources historiques évoquées dans le document, une partie des prisonniers bulgares aurait été mutilée sur ordre de Basile II. Samuel aurait alors été confronté au spectacle de ses soldats mutilés et serait mort quelques mois plus tard, le 6 octobre 1014.

Cette scène est devenue l’un des épisodes les plus tragiques associés à la mémoire du souverain.

Lors de la cérémonie de Sofia, Le Premier ministre Roumen Radev a justement insisté sur cette dimension héroïque et tragique du règne de Samuel, évoquant un souverain qui aurait consacré sa vie à défendre les frontières et l’identité bulgares. « Voilà devant nous les restes du roi Samuel », a déclaré le Premier ministre, avant de revenir sur le destin du souverain et sur la violence de ses dernières années.

Une mémoire qui dépasse les clivages politiques

Le transfert des restes à Sofia ne constitue donc pas uniquement une cérémonie funéraire. Il réactive également la relation entre Samuel et l’un des monuments les plus anciens de la capitale bulgare.

L’inhumation dans la basilique Sainte-Sophie donne à l’édifice une nouvelle dimension mémorielle. Le monument est déjà associé à l’histoire ancienne du christianisme bulgare et à la tradition ecclésiastique du pays. Selon le père Kiril Didov, l’histoire personnelle de Samuel pourrait être liée à ce lieu dès son enfance. Le sarcophage du souverain doit ainsi prendre place dans un édifice dont les pierres sont présentées comme les témoins de plusieurs siècles de l’histoire religieuse et politique bulgare.

Pour Vasil Nachkov, guide touristique à Sofia, cette restitution revêt également une dimension patrimoniale : le retour de Samuel permettrait aux générations actuelles et aux visiteurs étrangers de renouer avec l’un des souverains majeurs de l’histoire médiévale bulgare.

L’événement a également rassemblé, fait suffisamment rare pour être souligné, des responsables politiques issus de sensibilités différentes.

Petar Vitanov, du parti Bulgarie progressiste, a présenté cette journée comme un moment de fierté nationale et a estimé qu’elle pourrait contribuer aux relations avec la Macédoine du Nord. Ivaylo Mirchev, de Bulgarie démocratique, a pour sa part appelé à continuer de parler de Samuel et à transmettre son histoire aux générations futures. L'ancien minitre et leader d'un parti d'opposition Assen Vassilev a également salué la décision grecque comme un geste de bon voisinage et insisté sur l’héritage laissé par Samuel et ses frères.

La question de la mémoire de Samuel reste toutefois liée aux débats historiques dans les Balkans. Le retour de ses restes en Bulgarie intervient notamment dans un contexte où la figure du souverain fait l’objet de lectures différentes dans la région. Le mouvement Vazrazhdane a ainsi annoncé vouloir faire installer une plaque commémorative sur l’île de Saint-Achille, lieu où les restes avaient été découverts. Son représentant Angel Georgiev a insisté sur la dimension territoriale et historique de cette mémoire.

Présent en dépit d'un agenda, le roi de Bulgarie et ex Premier ministre Siméon II n'a pas fait de déclaration.

Plus qu’une restitution, un retour dans la mémoire nationale

La figure de Samuel Ier n’est d’ailleurs pas exempte de débats historiques. Son origine familiale demeure notamment discutée.

La tradition la plus couramment rapportée présente Samuel Ier comme le fils du comte Nicolas et de Rhipsime, et comme l’un des quatre frères Comitopouloï. Mais certaines sources médiévales proposent une autre lecture.

L’historien arménien Stepanos Asoghik affirme ainsi que Samuel n’aurait eu qu’un frère et qu’ils auraient été originaires de la région arménienne de Derjan, alors intégrée à l’Empire byzantin. Cette hypothèse a également été défendue par Nicolas Adontz et par l’historien bulgare Jordan Ivanov. Ces divergences rappellent ainsi que la mémoire d’un souverain médiéval se construit à partir de sources parfois fragmentaires, de traditions nationales et de récits historiographiques élaborés au fil des siècles.

À Sofia, le retour du tsar Samuel aura donc été bien davantage qu’une cérémonie protocolaire. Des sarcophages de Saint-Achille à la basilique Sainte-Sophie, en passant par Thessalonique et la place Alexandre Ier, les restes attribués au souverain auront parcouru en quelques heures plus de mille ans d’histoire balkanique.

Mort en 1014 après avoir affronté pendant des décennies la puissance byzantine, le tsar Samuel Ier revient aujourd’hui dans une Bulgarie qui fait de sa mémoire un élément de son patrimoine historique. 

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Date de dernière mise à jour : 06/10/2026