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Le prince de Reuss à la tête d'une tentative de putsch en Allemagne

Le 7 décembre 2022, les autorités fédérales allemandes ont annoncé l'arrestation d’un groupe de 25 membres appartenant au Mouvement des Citoyens du Reich et de l’Alternative pour l’Allemagne (AfD). Le but : s’emparer du Bundestag, mettre en place un nouveau gouvernement et restaurer la monarchie avec à sa tête le prince Henri XIII de Reuss, leader du complot, comme Régent.

C’est le parquet fédéral allemand qui a révélé l’information. Aux premières du matin, ce mercredi 7 décembre 2022, la police a procédé à l’arrestation de 25 personnes soupçonnées de vouloir s’emparer du Bundestag, de renverser le gouvernement du chancelier social-démocrate Olaf Scholz, de restaurer la monarchie défunte et de placer le prince Henri XIII de Reuss comme régent à la tête du nouveau régime. Résidant au château de Bad Lobenstein, ce dernier a été arrêté à Francfort sous l’œil des caméras. Une opération préparée de longue date, qui a mobilisé 3000 policiers sur le terrain, dispersés dans 11 États. Il fait suite à une autre tentative du genre déjouée il y a deux mois et pose la question de la résurgence de la mouvance monarchiste allemande qui s’est radicalisée.

Henri de Reuss arrêté par la police allemande

Une conspiration monarchiste

Pour la plupart membres du mouvement des Reichbürgers (Citoyens du Reich) ou de l’Alternative für Deutschland (Alternative pour l’Allemagne-AfD), un parti qui compte 81 députés au Parlement, ils étaient sous la surveillance des services secrets allemands depuis novembre 2021. Réunis en « Conseil », parmi eux se trouvent des policiers, des anciens officiers, soldats de la Bundeswehr, de l'ANV (Armée populaire nationale de la RDA) et une ancienne députée de l’AfD (2017-2021), Birgit Malsack-Winkemann. Désignée comme future ministre de la Justice, c’est une habituée des théories « grossières » d’après le Spiegel (elle affirmait que « les migrants étaient atteints de bactéries résistantes aux antibiotiques et de maladies infectieuses, appelant à leur mise en quarantaine »). Elle avait la charge de recruter des fonctionnaires afin de les convaincre de rejoindre la conspiration et de reporter directement au prince de Reuss avec qui l’euro-sceptique Birgit Malsack-Winkemann partageait la conviction que le gouvernement de la république « était illégitime ». Tous étaient convaincus de la nécessité de restaurer le Second Reich tombé en novembre 1918 après la Première Guerre mondiale. Parmi les armes et documents saisis, les détails de l’opération (« Un gouvernement de transition (militaire) devait être formé dans le cadre de négociations avec les puissances alliées victorieuses de la Seconde Guerre mondiale » peut-on y lire) et des papiers incriminant le prince de Reuss qui avait « insisté pour que la tentative de coup d'État soit déclenchée dès que possible » révèle le Deutsche Presseagentu. Selon le parquet qui a évoqué une « tentative terroriste de grande ampleur », les comploteurs (qui avaient prévu d'enlever le ministre fédéral de la Santé Karl Lauterbach) auraient reçu de l’aide de la Russie.  Ce que le Kremlin a catégoriquement démenti par le biais de son porte-parole et son ambassadeur en poste à Berlin.

Qui est le prince Henri XIII de Reuss ?

Henri XIII, prince de Reuss, est né le 4 décembre 1951. Entrepreneur immobilier, endetté (il aurait contracté plusieurs emprunts) passionné d’esotérisme, il a épousé une iranienne, Susan Doukht Jalali avec lequel il a eu un fils du même prénom (1991). Il « vivrait actuellement avec une russe » affirme le quotidien WDR (elle est également sous les verrous). En 2019, il avait prononcé un discours liminaire lors du Web world Forum à Zurich et, durant 15 minutes, avait dénoncé l'abolition de la monarchie allemande et la perte d'influence de sa famille. Selon lui, les allemands de cette époque, qui « vivaient sous le règne de ses ancêtres avaient une vie heureuse simplement parce que les structures administratives étaient simples et transparentes ». « Quand les choses ne vont pas bien... vers qui êtes-vous censé vous tourner aujourd'hui ? Votre parlementaire ? Niveau local, fédéral, européen ? Bonne chance ! » avait-il ajouté très sarcastiquement avant de plaider fermement pour un retour à une « Allemagne souveraine encore sous la tutelle par les Alliés ». Pour le prince de Reuss, « les monarchies du monde entier, y compris celle de France, ont été renversées en raison de l'ingérence de puissances étrangères, capitalistes, et dont les peuples payent encore le prix », citant les Rothschild et les Francs-maçons comme principaux responsables de ce «  désastre ».

Les Reichbürgers

Un aristocrate désavoué et proche des Reichbürgers

Dernièrement, il s’était rapproché des Reichbürgers, un mouvement composé de composés de monarchistes, d’antisémites, d’adeptes des théories du complot, d’anti-vaccins covid-19 et de nationalistes radicaux. Un groupe qui s’est distingué en 2020 en pleine crise du coronavirus en tentant de prendre d’assaut le parlement. Les drapeaux du Reich impérial avaient été brandis par les membres de ce parti qui compterait des milliers d’adhérents et sympathisants dans tout le pays. Le prince de Reuss aurait également « noué des liens avec un autre groupuscule, l’Union Patriotique, le groupe américain Qanon et possiblement un autre mouvement italien non identifié » d’après l’agence Reuters. L’AfD s’est empressée de se désolidariser de ce complot par communiqué officiel, réclamant que la « lumière soit faîte dans les meilleurs délais ».

Henri XLV de Reuss (gauche) et Hermine de Reuss et le kaiser Guillaume II (droite )

La maison Reuss condamne la tentative d’un « un vieil homme confus »

L’origine de la maison de Reuss remonte au XIIe siècle et doit ses titres à Henri VI, Empereur du Saint-Empire romain germanique. Ils possèdent une numérotation unique. Dès que le centième est atteint, le chiffre repart à I. Les différentes branches de la lignée Reuss ont régné sur les États historiques éponymes pendant des centaines d'années avant d’être unifiées en 1913 et subir le sort de toutes les dynasties du Reich lors de la révolution allemande de 1918. Elle a même donnée une impératrice de jure à l’Allemagne avec Hermine de Reuss (1887-1947). Seconde épouse du Kaiser Guillaume II, elle a été une des financières du parti national-socialiste d’Adolf Hitler, persuadée qu’une fois arrivée au pouvoir le leader nazi restaurerait la monarchie. Même sentiment chez les Reuss dont l’héritier à la couronne, Henri XLV, a rejoint les rangs du NSDAP avant de connaître un destin tragique en 1945, à 50 ans, probablement exécuté dans un camp de concentration par les Soviétiques. Sans enfants, ses propriétés nationalisées, les droits sont passés à une des branches cadettes de la maison, actuellement dirigée par le prince Henri XIV (né en 1955).

Interrogé par la presse au sujet de cette conspiration, le prince Henri XIV s’est distancié des actes de son cousin. « De mon point de vue personnel, ce n’est qu’un vieil homme amer qui tire parfois la mauvaise conclusion de ses défaites personnelles. J'ai peur qu'il soit un adepte des théories du complot et qu’il ne possède plus qu’un esprit partiellement confus » a déclaré le prétendant. Il a également confirmé n’avoir plus aucun lien avec son cousin depuis quatorze ans et que celui-ci« avait quitté la famille de son propre chef ». La dernière tentative de restauration de la monarchie en Allemagne remonte à 1968. 

Copyright@Frederic de Natal

Date de dernière mise à jour : 08/12/2022

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