Le chef de la maison impériale des Hohenzollern réaffirme son attachement à la démocratie allemande et prend ses distances avec les mouvements réclamant le retour de l'Empire. Une position qui tranche avec les attentes d'une partie de la population.
Dans un entretien accordé au quotidien allemand Berliner Zeitung, le 17 mai 2026, le prince Georg Friedrich von Preußen a répondu à une question que l’Allemagne continue de poser depuis la chute de l’Empire en 1918 : «(…) Souhaitez-vous devenir empereur d’Allemagne ? ».
La réponse du chef de la maison des Hohenzollern est sans ambiguïté : non.
L’arrière-arrière-petit-fils du dernier empereur Guillaume II affirme ne pas vouloir restaurer la monarchie abolie au lendemain de la Première Guerre mondiale, et défend au contraire la République fédérale allemande, tout en condamnant fermement les mouvements qui contestent l’ordre démocratique actuel.
Un héritier impérial qui refuse le rôle de prétendant politique
À 50 ans, Georg Friedrich von Preußen occupe une place singulière dans le paysage allemand.
Depuis la disparition de son grand-père, le prince Louis-Ferdinand de Prusse en 1994, il est le chef de la maison de Hohenzollern, l’une des plus anciennes dynasties européennes qui a régné sur la Prusse avant de faire l’unification de l’Allemagne sur les ruines du Second empire en 1871. Le prince Georg Friedrich de Prusse a hérité d’un nom chargé d’histoire, mais il affirme depuis plusieurs années vouloir dissocier l’héritage familial d’un quelconque projet de restauration monarchique.
Alors que plusieurs pays européens conservent une monarchie parlementaire - du Royaume-Uni aux Pays-Bas en passant par la Belgique ou l’Espagne - la question d’un éventuel retour de l'institution impériale est revenue régulièrement dans certains débats allemands. Centrale durant l’Entre-deux-guerres, elle a été reléguée aux oubliettes de l’histoire lors du chapitre nazi. En 1945, elle est à nouveau discutée mais peine à aboutir en raison des liens que les Hohenzollern ont entretenu avec le Troisième Reich et dont le prétendant actuel a encore aujourd'hui toutes les peines du monde à se défaire.
Cette réflexion intervient pourtant n’est pas anodine. Elle dans un contexte particulier : une partie de la population allemande exprime une défiance croissante envers les institutions politiques, alimentée par les crises économiques, sociales et géopolitiques. Certains mouvements monarchistes ou conservateurs estiment qu’unetelle institution pourrait apporter davantage de stabilité et d’unité nationale. Mais le prince Georg Friedrich de Prusse refuse cette analyse. Selon lui, l’Allemagne contemporaine possède déjà un cadre politique légitime : la Loi fondamentale (Grundgesetz) adoptée en 1949, qui constitue la base constitutionnelle de la République fédérale.
Son message est clair : l’héritage dynastique ne constitue pas une alternative institutionnelle. La famille Hohenzollern doit, selon lui, jouer un rôle culturel et mémoriel, et non chercher à revenir au pouvoir.
Aucune compromission avec l'extrême-droite
Cette position marque une rupture avec l’image traditionnelle de certains prétendants monarchiques qui auraient pu considérer la disparition de la monarchie comme une injustice historique. Le chef des Hohenzollern adopte au contraire une approche proche de celle des monarchies constitutionnelles modernes : la légitimité politique vient du peuple, pas uniquement de la naissance.
Cette déclaration est d’autant particulièrement importante car elle intervient dans un climat où plusieurs mouvements contestent ouvertement certaines institutions allemandes. Le prince établit une distinction entre une critique démocratique normale du fonctionnement de l’État et une remise en cause des principes fondamentaux de la République fédérale.
Pour lui, la démocratie libérale, l’État de droit et les libertés individuelles ne sont pas négociables. « Celui qui remet en question notre démocratie libérale joue avec le feu. », déclare-t-il
L’une des questions sensibles autour de la maison impériale allemande concerne le mouvement des Reichsbürger (« citoyens du Reich »). Ce courant hétérogène rassemble des groupes qui refusent parfois de reconnaître la légitimité de la République fédérale d’Allemagne et certains considèrent encore que l’Empire allemand n’aurait jamais totalement disparu. Une partie de ces militants utilise des symboles impériaux, notamment les couleurs historiques allemandes, ce qui a parfois conduit à une association erronée avec les Hohenzollern. Il estime que les groupes qui utilisent la nostalgie impériale pour contester la démocratie détournent l’histoire de sa famille.
Fondée en 1959, Tradition und Leben est une association, l’un des principaux mouvements monarchistes allemands. Elle défend l’idée d’une monarchie parlementaire. Cependant, le prince Georg Friedrich refuse toute proximité avec les courants monarchistes, conservateurs ou identitaires. Parmi lesquels se trouve également le parti Alternative pour l’Allemagne (AfD) qu'il a publiquement condamné (14% de ses membres assurent soutenir un projet de restauration de l’institution impériale).
Le prince Georg Friedrich de Prusse refuse catégoriquement cette récupération « Ma famille et moi condamnons toutes les tentatives dirigées contre l’ordre fondamental libre et démocratique de la République fédérale d’Allemagne. », affirme le prétendant au trône Après le vaste coup de filet mené par les autorités allemandes en décembre 2022 contre un réseau lié aux Reichsbürger et dirigé par le prince Henri de Reuss, il avait condamné toute tentative visant à remettre en cause l’ordre constitutionnel.
De la couronne au patrimoine : la nouvelle mission des Hohenzollern
Aujourd’hui, le prince Georg Friedrich ne se présente donc pas comme un souverain en attente.
Son rôle repose davantage sur : la préservation du patrimoine de sa famille , la gestion des biens historiques familiaux, la mémoire culturelle allemande, le soutien à des initiatives caritatives ou la réflexion historique autour du passé allemand.
Il participe notamment à des projets liés à la mémoire historique et au dialogue démocratique.
Sa conception du rôle dynastique rejoint celle exprimée autrefois par son grand-père Louis-Ferdinand de Prusse : une monarchie ne pourrait revenir que si le peuple allemand la souhaitait librement. Elle ne pourrait jamais être imposée par une famille ou par un mouvement politique. D’ailleurs à peine, 10 % des Allemands souhaitent actuellement le retour de la monarchie selon un sondage de 2023. Un chiffre qui est en chute libre. A titre de comparaison, 17% des Allemands y étaient favorables en 2018.
Pour le prince Georg Friedrich de Prusse, la véritable responsabilité d’un héritier historique n’est donc pas de réclamer le pouvoir perdu, mais de contribuer à préserver la mémoire d’un pays et les institutions qui l’organisent aujourd’hui.
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