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La bataille silencieuse pour la succession de Rama X

Le décès de la princesse Bajrakitiyabha en juin 2026 a relancé les interrogations sur l’avenir de la dynastie Chakri. Entre le prince héritier présomptif Dipangkorn Rasmijoti, la montée en puissance de la princesse Sirivannavari et les rumeurs d’une réhabilitation des fils aînés du roi Maha Vajiralongkorn, la succession royale demeure entourée d’incertitudes.

La visite officielle du roi Maha Vajiralongkorn, Rama X, et de la reine Suthida en France (28 juin au 2 juillet 2026) a eu tout d’un événement historique. Prétexte au 170e anniversaire de l’amitié franco-thaïlandaise, ce deuxième seulement déplacement d’État, depuis le début du règne du souverain thaïlandais, a offert au royaume l’occasion d’afficher la grandeur de la monarchie Chakri sur la scène internationale.

Accueillis par le président Emmanuel Macron et son épouse Brigitte Macron au palais de l’Élysée, le roi et la reine ont participé à plusieurs cérémonies mettant en valeur les liens anciens entre la France et la Thaïlande. Les joyaux royaux, les costumes traditionnels et la présence remarquée de la famille royale ont contribué à donner à cette visite une dimension particulièrement symbolique.

Mais derrière les fastes protocolaires, un autre sujet, beaucoup plus sensible, occupait discrètement les observateurs : l’avenir de la monarchie thaïlandaise après Rama X. Car depuis la disparition de la princesse Bajrakitiyabha Mahidol, fille aînée du roi, la question de la succession est redevenue l’un des sujets les plus délicats de la vie politique thaïlandaise.

 

 

La disparition de Bajrakitiyabha : un bouleversement dynastique

Pendant plusieurs années, la princesse Bajrakitiyabha avait été considérée par de nombreux spécialistes comme la future figure centrale de la monarchie.

Née en 1978, fille du roi Vajiralongkorn et de sa première épouse Soamsawali, elle possédait un profil particulièrement adapté aux exigences modernes de la monarchie thaïlandaise. Diplômée en droit, ancienne représentante auprès des Nations unies, elle bénéficiait d’une solide expérience internationale et d’une image relativement consensuelle.

Son engagement dans les domaines judiciaires, diplomatiques et sociaux avait renforcé l’idée qu'un jour, elle pourrait jouer un rôle majeur au sein du royaume.

Sa disparition, après plusieurs années d’hospitalisation, a donc profondément changé les équilibres internes de la famille royale.

Elle laissait derrière elle une question essentielle : qui pourra incarner l’avenir de la dynastie Chakri après Rama X ?

 

 

Le prince Dipangkorn : héritier officiel mais avenir incertain

La succession royale thaïlandaise repose principalement sur la loi de succession de 1924, adoptée sous le règne du roi Vajiravudh (Rama VI).

Cette loi établit plusieurs critères pour accéder au trône. L’héritier doit notamment appartenir à la famille royale légitime, être accepté par la famille royale et les institutions du royaume, et répondre à certaines conditions morales et physiques.

Traditionnellement, la monarchie thaïlandaise privilégie un héritier masculin.

Cependant, les évolutions constitutionnelles ont ouvert une possibilité : en l’absence d’un héritier mâle jugé apte, une femme pourrait théoriquement accéder au trône, sous réserve d’une procédure d’approbation institutionnelle. Cette possibilité donne aujourd’hui une importance nouvelle à plusieurs membres féminins de la famille royale.

Sur le papier, la succession semble claire : le principal héritier demeure le prince Dipangkorn Rasmijoti.

Né en 2005, il est le fils unique du roi Rama X et de sa troisième épouse, Srirasmi Suwadee. Après la chute de cette dernière au sein de la famille royale, Dipangkorn est resté le seul fils du souverain bénéficiant encore officiellement d’un statut royal complet. À ce titre, il représente aujourd’hui la continuité dynastique masculine. Pourtant, son avenir fait l’objet de nombreuses interrogations. Très discret publiquement et potentiellement atteint d’une forme d’autisme, le jeune prince apparaît rarement lors des grandes cérémonies officielles. Cette absence médiatique, en raison de longs séjours en Allemagne dans le cadre de son éducation, alimente depuis plusieurs années des spéculations concernant sa capacité à assumer un jour les lourdes responsabilités liées à la fonction royale.

Aucune information officielle ne remet cependant en cause son statut d’héritier. Mais dans une monarchie où le souverain est traditionnellement considéré comme une figure presque sacrée, la question de la personnalité, de l’autorité et de l’acceptation populaire du futur roi est essentielle.

Le  prince Dipangkorn demeure donc l’héritier légal, mais pas forcément l’unique scénario envisagé dans les cercles royaux.

 

 

Sirivannavari Nariratana : la princesse qui attire tous les regards

Au cours de la visite française, une autre personnalité royale a particulièrement retenu l’attention : la princesse Sirivannavari Nariratana.

Née en 1987, elle est la fille du roi Rama X et de son ancienne épouse Yuvadhida Polpraserth. Contrairement à ses quatre frères issus du même mariage, elle n’a jamais été exclue de la famille royale.

Son parcours est singulier. Formée en France à l’École de la Chambre Syndicale de la Couture Parisienne, elle est devenue une créatrice de mode reconnue, présentant notamment ses collections à Paris. Elle est également une sportive accomplie, ayant représenté la Thaïlande en badminton et participé à des compétitions internationales d’équitation. Mais au-delà de ses activités artistiques et sportives, sa présence officielle s’est considérablement renforcée ces dernières années. Lors de la visite d’État en France, elle occupait une place particulièrement visible dans l’ordre protocolaire, apparaissant aux côtés du roi et de la reine lors des événements majeurs.

une présence qui n’a pas échappé aux observateurs.

Pour certains spécialistes, la princesse Sirivannavari pourrait représenter une alternative crédible si la succession masculine devenait impossible.

Elle possède plusieurs atouts : une image internationale, une relation étroite avec son père, une expérience publique et une appartenance incontestée à la famille royale. Son accession au trône resterait toutefois une hypothèse exceptionnelle, car elle nécessiterait un changement majeur dans la tradition successorale.

 

 

Les fils bannis du roi : un retour possible dans le jeu dynastique ?

Autre élément d’incertitude : le destin des quatre fils nés du mariage entre Rama X et Yuvadhida Vivacharawongse.

Après le divorce du couple en 1996, le roi avait accusé son ancienne épouse d’adultère et avait retiré les titres royaux à celle-ci ainsi qu’à leurs enfants. Les quatre princes -parmi lesquels Vacharaesorn Vivacharawongse, Juthavachara Vivacharawongse et Chakriwat Vivacharawongse -ont alors vécu principalement à l’étranger.

Pendant des années, ils semblaient définitivement éloignés de la succession. Mais un événement a changé la perception de certains observateurs : le retour très médiatisé de Vacharaesorn Vivacharawongse en Thaïlande en 2023. Sans annonce officielle, cette apparition a alimenté toutes les spéculations. Certains y ont vu le signe possible d’une réhabilitation progressive de ces princes, dans l’hypothèse où la monarchie aurait besoin de renforcer la continuité masculine de la dynastie. Pour l’instant, aucune décision royale n’a confirmé cette possibilité et malgré sa qualité de fils du roi,  Vacharaesorn Vivacharawongse a été cependant expulsé du royaume de Thaïlande en juin 2025. Il affirme pourtant n’avoir aucune ambition pour le trône.

Mais dans une monarchie où la survie de la lignée constitue une priorité absolue, aucun scénario ne semble totalement exclu.

À la différence de son père, le très populaire roi Bhumibol Adulyadej, qui avait préparé pendant des décennies la transmission du trône, Rama X n’a pas encore totalement clarifié l’avenir dynastique.

Le souverain conserve une influence considérable dans le processus successoral et pourrait jouer un rôle déterminant dans la désignation du futur roi. La question reste donc ouverte.

Derrière les cérémonies officielles, les voyages diplomatiques et les apparitions publiques soigneusement orchestrées, une bataille silencieuse se joue : celle de la continuité d’une institution vieille de plus de deux siècles. Alors que la Thaïlande entre progressivement dans l’après-Rama X, la monarchie Chakri doit répondre à une question essentielle : qui portera demain la couronne du royaume ?

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Date de dernière mise à jour : 13/07/2026