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Le roi Gyanendra Shah parie sur la jeunesse pour refonder la nation

À la veille du Nouvel An népalais, l’ancien souverain Gyanendra Shah a surpris par un discours empreint d’optimisme. Longtemps critique envers les partis politiques, il salue désormais l’émergence d’une nouvelle génération appelée, selon lui, à redonner un cap au pays.

L’intervention du roi Gyanendra Shah, 78 ans, n’est jamais anodine dans le paysage politique népalais. Monté sur le trône en 2001 dans des circonstances tragiques -le massacre de la famille royale-, il a été le dernier souverain du nNépal avant l’abolition de la monarchie à la suite d’un vaste mouvement populaire et de la transition vers une république fédérale.

Son règne reste marqué par une période de fortes tensions, notamment lorsqu’il avait suspendu les institutions démocratiques en 2005 pour tenter de reprendre le contrôle d’un pays fragilisé par la guerre civile maoïste. Trois ans plus tard, la monarchie était officiellement abolie, faisant du Népal une république fédérale, marquée par de fortes turbulences économique et politique.

Depuis, le roi Gyanendra Shah s’exprime régulièrement sur la situation du pays, souvent avec sévérité à l’égard d’une classe politique jugée inefficace et divisée.

Un ton nouveau : l’optimisme envers la jeunesse

Dans un message vidéo diffusé à la veille du Nouvel An 2083, l’ancien souverain a adopté un ton sensiblement différent. Il a salué « un sujet d’enthousiasme » : la participation croissante de la jeunesse à la vie politique et à la gouvernance.

Selon lui, l’arrivée de figures « enthousiastes, instruites, conscientes des enjeux nationaux et maîtrisant les nouvelles technologies » est de nature à transformer le pays en profondeur et à ouvrir une nouvelle phase de prospérité. Ce changement de ton est notable. Par le passé, Gyanendra Shah a dénoncé des transformations politiques « superficielles », allant jusqu’à qualifier le Népal de « laboratoire » des rivalités partisanes.

Ce message intervient dans un contexte politique instable. Depuis l’instauration de la république en 2008, le Népal a connu une succession de gouvernements fragiles, marqués par des coalitions instables et des rivalités internes, une révolution portée par la Génération -Z (2025) qui n’a pas été bénéfique aux monarchistes. En dépit d’un soutien important dans la rue, ce succès ne s’est pas traduit dans les urnes puisque le Rastriya Prajatantra Party (RPP) n’a remporté que 8 sièges sur 275.  Un échec qui met à mal l’unité monarchiste en passe d’éclater à nouveau en diverses factions.

L’émergence de nouvelles figures politiques, à l’image du maire de Katmandou Balen Shah, incarne une rupture avec les partis traditionnels. Élu sur un discours anti-establishment, il symbolise cette génération montante qui attire l’attention d’une population lassée des élites politiques classiques. C’est précisément cette dynamique que l’ancien roi semble désormais encourager, y voyant une opportunité de renouvellement national.

Des recommandations aux accents souverainistes

Au-delà de l’hommage à la jeunesse, Gyanendra Shah a formulé plusieurs recommandations au gouvernement actuel. Il a insisté sur la nécessité d’améliorer la situation économique, le renforcement des relations avec les pays voisins et partenaires, la consolidation de la sécurité intérieure.

Il a également plaidé pour une plus grande autonomie du pays, appelant à éviter toute forme de dépendance extérieure, un thème récurrent dans ses prises de position. Dans un registre plus politique, il a exhorté les dirigeants à abandonner les logiques de « rancœur » et de « vengeance », appelant à un exercice du pouvoir tourné vers l’intérêt général et les aspirations populaires.

Enfin, l’ancien monarque a mis en avant la nécessité de préserver « l’identité originelle » du Népal, un concept qui résonne particulièrement dans un pays partagé entre traditions monarchiques, diversité ethnique et modernisation rapide. Se disant confiant dans la nouvelle génération, Gyanendra Shah a conclu son message en formulant le vœu que tous les Népalais puissent accéder à la justice, à la paix et au bonheur.

Si la monarchie a été abolie il y a près de deux décennies, la figure de Gyanendra Shah continue de susciter l’attention, voire une certaine nostalgie dans une partie de la population. Dans un contexte de défiance envers les institutions républicaines, ses prises de parole s’inscrivent dans un débat plus large sur l’avenir politique du Népal.

Ce discours marque peut-être une inflexion stratégique : moins critique, plus rassembleur, l’ancien roi semble vouloir accompagner – sinon influencer – une transition générationnelle qui pourrait redessiner les équilibres politiques du pays.

Copyright@Frederic de Natal

Date de dernière mise à jour : 21/04/2026