Nouvel épisode de turbulence pour le camp monarchiste népalais. La scission qui frappe le Rastriya Prajatantra Party (RPP) met en lumière les profondes divisions d'un mouvement qui peine à transformer le regain d'intérêt pour la monarchie en véritable force politique.
La mouvance monarchiste népalaise vient d’éclater une nouvelle fois, conséquence du résultat des dernières élections législatives.
Alors que plusieurs figures historiques du Rastriya Prajatantra Party (RPP), menées par le secrétaire-général Dhawal Shumsher Rana, ont annoncé leur départ pour fonder une nouvelle formation politique, cet énième épisode au sein du camp royaliste dépasse la simple querelle interne : il révèle les limites d’un courant royaliste en recomposition, son poids électoral réel, ainsi que la persistance d’influences historiques anciennes, notamment celles de la dynastie Rana dont est issu le leader frondeur.
Un camp monarchiste en recomposition permanente
Depuis 2024, les signes de réactivation du monarchisme se multiplient dans la capitale népalaise. Longtemps marginalisé après la transition républicaine, le mouvement royaliste bénéficie désormais d’un contexte politique instable : gouvernements fragiles, corruption dénoncée, chômage massif des jeunes et sentiment d’échec des élites politiques.
Dans ce climat, une partie de la population voit dans l’ancienne monarchie un symbole de stabilité et d’unité nationale, notamment autour de la figure de l’ex-roi Gyanendra Shah qui peut compter sur une force politique capable de le représenter au Parlement et dans la rue.
Le RPP a vu le jour en 1990, dans un contexte de la démocratisation du Népal. Issu de la fusion de plusieurs formations liées à l’ancien système politique panchayat, il s’impose rapidement comme une force politique conservatrice, attachée à la stabilité institutionnelle et à l’autorité symbolique du roi. La guerre civile maoïste (financée par la Chine) les grandes mobilisations pro-démocratie de 2006 suivie de l’abdication du roi Gyanendra bouleversent l’équilibre politique du pays. En 2008, après avoir perdu ses principaux soutiens (le Congrès népalais et celui de l’Inde) la monarchie est officiellement abolie. Le Népal devient alors une république fédérale et laïque, loin de toute unanimité.
Pour le RPP, c’est un tournant majeur qui va se perdre dans une guerre des égos. Il se divise en plusieurs factions, dont certaines restent fidèles à une ligne royaliste dure, notamment autour de figures conservatrices et nationalistes comme Kamal Thapa ancien vice-Premier ministre (2015-2018) et ministre des Affaires étrangères (2015-2016). Ttrouble-fête de la politique népalaise, il transfome le mouvement en force capable de nuir aux institutions. L'invasion du Parlement en 2015 par les royalistes, manquant de peu de transformer l'essai , reste un exemple de cette capacité des partisans du monarque déchu à s'imposer dans la rue. Pour autant, accusé de diktat au sein du RPP, Kamal Thapa en est finalement limogé avant de revenir par la petite porte.
Ces scissions traduisent un débat profond : faut-il abandonner définitivement la monarchie ou continuer à la défendre comme solution institutionnelle ?
En 2016, une réunification partielle permet au RPP de retrouver une structure plus cohérente, sans pour autant résoudre ses tensions internes. Le but avoué : renforcer le poids électoral du courant conservateur et stabiliser le camp monarchiste afin d’en faire une force capable de restaurer l’institution royale. Les débuts sont prometteurs et vont même jusqu’à menacer le gouvernement marxiste à diverses reprises. Katmandou est fréquemment l’objet de vagues de manifestations monarchistes s’affrontant avec les loyalistes (2023 et 2024).
Mais la révolution de 2025 menée par des leaders issus de la Génération Z n’a pas permis aux monarchistes de capitaliser sur ce succès. De 14 députés en 2022, le RPP n’en compte plus que la moitié aujourd'hui. En termes de vote populaire, le parti a recueilli environ 5 à 6 % des suffrages, confirmant l’existence d’un noyau électoral monarchiste stable mais minoritaire.
La figure Rana : héritage historique et capital symbolique
La présence de Dhawal Shumsher Rana (64 ans) dans cette nouvelle scission ajoute une dimension historique à la crise actuelle. Ce ex-député (2022-2025) appartient en effet à la lignée prestigieuse des Rana, une dynastie aristocratique qui a dominé le Népal de 1846 à 1951 en instaurant un système héréditaire de premiers ministres, marginalisant la monarchie népalaise tout en concentrant le pouvoir exécutif.
Même si ce régime a disparu depuis plus de 70 ans, à la suite de l’intervention armée de l’Inde, le nom Rana conserve encore une forte charge symbolique dans certaines élites politiques népalaises. Il évoque une tradition d’autorité centralisée, un appareil administratif ancien, une continuité aristocratique pré-républicaine et un lien avec le régicide de 2001.
Dans ce contexte, la présence de Dhawal Shumsher Rana au sein du mouvement monarchiste n’est pas anodine : elle incarne aussi une forme de continuité historique entre anciennes élites dirigeantes et résurgence contemporaine des idées royalistes. Ses critiques contre la direction du RPP, qu’il accuse de rigidité et de dérive organisationnelle, s’inscrivent également dans une lecture plus large : celle d’un mouvement monarchiste incapable de se structurer durablement autour d’une hiérarchie claire.
La rupture actuelle entre le camp de Rajendra Lingden (actuel leader du RPP ) et celui de Dhawal Shumsher Rana s’inscrit dans une série de conflits plus anciens. Le débat central reste inchangé : la place de la monarchie dans le système politique népalais.
- Pour Lingden, la monarchie ne peut être qu’un élément constitutionnel encadré.
- Pour Rana et ses alliés, elle doit redevenir un principe politique central, voire un pivot de réorganisation nationale.
La nouvelle scission autour de Dhawal Shumsher Rana ne constitue pas seulement un épisode supplémentaire dans l’histoire agitée du RPP. En réalité elle met également en lumière une triple réalité : un électorat monarchiste minoritaire mais persistant, une influence politique intermittente mais réelle, et une résurgence symbolique des anciennes élites comme les Rana, dont le poids historique continue d’irriguer certaines dynamiques contemporaines.
Dans un Népal marqué par l’instabilité gouvernementale et la fragmentation partisane, le camp monarchiste reste ainsi un acteur paradoxal : jamais dominant, mais jamais totalement marginalisé.
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