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Malaisie : Le jubilé d’argent du sultan de Sélangor

Sharafuddin Idris Shah, sultan de Sélangor, a célébré son jubilé d’argent. À la tête de l’un des États les plus développés de Malaisie, le souverain a souhaité des festivités mesurées, privilégiant la mémoire dynastique, la continuité institutionnelle et le lien avec la population.

En Malaisie, le sultanat de Selangor a célébré le jubilé d’argent de son souverain, Sharafuddin Idris Shah Alhaj, monté sur le trône le 22 novembre 2001.

L’anniversaire a donné lieu à plusieurs manifestations officielles, associant la famille royale, les autorités de l’État, les représentants religieux et la population. Mais le souverain a tenu à ce que les célébrations demeurent modestes. En avril dernier, il avait annoncé avoir demandé que plusieurs programmes soient réduits ou annulés, en raison du contexte économique international et de ses répercussions sur le quotidien des habitants.

« Je suis conscient des défis économiques mondiaux et des difficultés rencontrées par la population. J’ai donc décidé que la célébration du jubilé d’argent se déroulerait avec modération et sans excès », avait-il déclaré, selon l’agence nationale Bernama. Une décision qui donne à cet anniversaire une tonalité particulière : au-delà du faste protocolaire, le monarque entend placer la considération de ses sujets au centre de la commémoration.

 

 

Un jubilé placé sous le signe de la mémoire

Les festivités ont notamment été marquées par la publication d’ouvrages consacrés à l’histoire du règne et à l’institution monarchique. Le 19 octobre 2026, le souverain a inauguré à la bibliothèque Raja Tun Uda, à Shah Alam, une publication intitulée Menjulang Takhta: 25 Tahun Pemerintahan Sultan Selangor, retraçant les vingt-cinq années de son règne et l’héritage de la maison souveraine.

Des timbres commémoratifs, une enveloppe spéciale et une pièce en argent ont également été dévoilés. Réalisés avec le concours de Pos Malaysia et des institutions de l’État, ces objets reprennent plusieurs symboles de la monarchie de Selangor : le Balairung Seri, salle cérémonielle du palais, le Tengkolok Balung Raja, coiffe royale traditionnelle, le Keris Terapang Gabus, poignard cérémoniel, ainsi que la fleur de Bunga Tanjung.

Le 23 octobre, l’agence de presse nationale Bernama a, à son tour, présenté au souverain un ouvrage bilingue de 204 pages, Payung Mahkota Selangor: 25 Tahun di Singgahsana - « Le parasol de la Couronne de Selangor : vingt-cinq ans sur le trône ». Réparti en dix chapitres, il revient sur l’histoire du sultanat, la proclamation et le couronnement de Sharafuddin, mais aussi sur la place de la famille royale dans la vie de l’État.

Les cérémonies ont également conservé leur dimension religieuse et traditionnelle. Le 2 octobre, une récitation du Yasin, suivie d’un tahlil et de prières spéciales, a rassemblé environ 15 000 personnes à la mosquée Sultan Salahuddin Abdul Aziz Shah, à Shah Alam. Le 25 octobre, une cérémonie d’investiture à l’Istana Alam Shah, à Klang, a permis au souverain de remettre plusieurs distinctions de l’État à des personnalités malaisiennes, parmi lesquelles le vice-Premier ministre Fadillah Yusof et le président de la Cour fédérale, Wan Ahmad Farid Wan Salleh.

La réception organisée le 24 octobre au palais, en présence de 1 500 retraités, investisseurs et fonctionnaires, a constitué l’un des derniers rendez-vous du programme commémoratif. Le souverain y a également lancé un ouvrage consacré à l’administration de l’État de Selangor.

 

 

Sharafuddin Idris Shah, un souverain au parcours singulier

Né le 24 décembre 1945 à l’Istana Jemaah, à Klang, sous le nom de Tengku Idris Shah, le futur souverain est le fils aîné de Sultan Salahuddin Abdul Aziz Shah et de sa première épouse, Raja Saidatul Ihsan binti Tengku Badar Shah. Il appartient à une lignée qui règne sur Selangor depuis le XVIIIᵉ siècle.

Son éducation le conduit d’abord à Kuala Lumpur, notamment à la St John’s Institution, avant de poursuivre ses études en Australie, puis en Angleterre. À son retour en Malaisie, il découvre les rouages de l’administration publique en travaillant au secrétariat du gouvernement de Selangor, au bureau du district de Kuala Lumpur et au sein de la police royale.

La préparation à ses futures fonctions commence très tôt. En septembre 1960, alors âgé de quinze ans, il est proclamé Raja Muda, titre porté par l’héritier du trône de Selangor. Il conserve cette position pendant plus de quatre décennies, avant de succéder à son père en novembre 2001. Son couronnement officiel intervient le 8 mars 2003, lors d’une cérémonie traditionnelle à l’Istana Alam Shah de Klang.

Sharafuddin Shah ne correspond toutefois pas uniquement au profil d’un prince formé aux obligations protocolaires. Passionné de navigation, de voyages et de sports mécaniques, il s’est distingué par plusieurs aventures qui ont contribué à sa réputation internationale. Entre 1995 et 1996, alors qu’il était encore prince héritier, il entreprend un tour du monde à la voile à bord de son yacht, le S.Y. Jugra. L’expédition dure vingt-deux mois. Deux ans plus tard, en 1997, il prend part au rallye automobile Pékin-Paris, une traversée de quelque 16 000 kilomètres accomplie en 43 jours au volant d’une voiture ancienne.

Il est également amateur de photographie, de philatélie, de lecture et de collection de voitures anciennes. Son expérience maritime se prolonge dans ses fonctions officielles : il devient capitaine en chef de la Marine royale malaisienne. En 2012, la France lui a décerné les insignes de commandeur de la Légion d’honneur.

Son règne s’inscrit dans un État marqué par une forte croissance économique, une urbanisation rapide et une société multiculturelle. Les témoignages recueillis par le quotidien The Star à l’occasion du jubilé insistent sur son intérêt pour les questions sociales et la gestion de l’État. Son ami de longue date, Tan Sri Razman Hashim, souligne notamment son attention aux problèmes de pauvreté et aux inondations. Un autre proche, Richard Curtis, décrit un souverain attaché à une société où les différentes communautés puissent vivre ensemble, sans être laissées à l’écart du développement.

Cette préoccupation du vivre-ensemble trouve un écho dans les déclarations du monarque sur l’harmonie entre les communautés et la nécessité de placer les habitants au premier plan. Dans un entretien  accordé à l’occasion de son quatre-vingtième anniversaire, en décembre 2025, le souverain avait notamment évoqué l’importance de l’unité et de la responsabilité envers la population.

 

La maison de Selangor, une dynastie d’origine bugis

Pour comprendre la portée de ce jubilé, il faut revenir aux origines de la dynastie. La maison souveraine de Selangor est issue d’une famille princière bugis, originaire de Sulawesi, dans l’actuelle Indonésie. Au XVIIIᵉ siècle, les Bugis occupent une place importante dans les réseaux politiques et commerciaux de l’archipel malais et exercent une influence notable au sein du sultanat de Johor-Riau.

Le fondateur de la lignée est Raja Lumu, fils de Daeng Chelak, lui-même figure importante de la noblesse bugis et vice-roi de Johor-Riau. Souhaitant affirmer son autorité sur Selangor, Raja Lumu obtient la reconnaissance du sultan de Perak, Sultan Mahmud Shah. Il reçoit les insignes de souveraineté et prend le titre de Sultan Salehuddin Shah. La fondation du sultanat est généralement située en 1766, même si certaines chronologies locales font remonter les premières étapes de son établissement à vingt-ans plus tard.

Cette origine explique la singularité de la dynastie : contrairement à plusieurs autres maisons souveraines de la péninsule malaise, la maison de Selangor revendique une ascendance bugis, liée aux anciennes principautés de Sulawesi. Depuis Raja Lumu, neuf souverains ont été reconnus dans la succession officielle de Selangor.

Le premier, Sultan Salehuddin Shah, règne jusqu’à la fin des années 1770 ou au début des années 1780, selon les chronologies retenues. Son fils, Sultan Ibrahim Shah, lui succède. Son règne est marqué par les affrontements avec les Néerlandais, qui prennent notamment Kuala Selangor en 1784. Le troisième souverain, Sultan Muhammad Shah, gouverne de 1826 à 1857, dans une période de consolidation de l’autorité du sultanat.

L’un des personnages majeurs de cette histoire reste Sultan Abdul Samad, quatrième souverain de la dynastie, qui règne de 1857 à 1898. Son long règne accompagne le développement de l’exploitation de l’étain et l’essor économique de la région. La montée en puissance de Kuala Lumpur, notamment grâce à l’activité minière et aux infrastructures, transforme profondément le territoire. C’est également sous son règne que les rivalités politiques locales et les interventions britanniques prennent une importance croissante. Son successeur, Sultan Alauddin Sulaiman Shah, règne de 1898 à 1938. Son époque est elle-même marquée par la modernisation des infrastructures, l’extension du réseau ferroviaire et le développement urbain. Il célèbre notamment son jubilé d’or après quarante années de règne, une référence historique qui donne un relief particulier à la commémoration actuelle.

Le sixième souverain, Sultan Hisamuddin Alam Shah, accède au trône en 1938. Son règne est bouleversé par l’occupation japonaise de la Malaisie pendant la Seconde Guerre mondiale. En 1942, les autorités le contraignent à céder le trône à son frère aîné, Musa Ghiatuddin Riayat Shah, qui règne jusqu’en 1945. À la fin de la guerre, Hisamuddin retrouve la couronne et demeure souverain jusqu’à sa mort en 1960. Son parcours dépasse les frontières de Selangor. Après l’indépendance de la Fédération de Malaisie, en 1957, il devient le deuxième Yang di-Pertuan Agong, c’est-à-dire le roi fédéral de Malaisie, en 1960. Il meurt quelques mois après son accession à cette fonction.

Son fils, Sultan Salahuddin Abdul Aziz Shah, lui succède sur le trône de Selangor en septembre 1960. Il règne pendant plus de quarante ans, jusqu’en novembre 2001. À l’image de son père, il accède également à la fonction de Yang di-Pertuan Agong, devenant le onzième roi fédéral de Malaisie en 1999. Son règne accompagne l’essor économique et urbain de Selangor, devenu l’un des moteurs de la fédération malaisienne.

C’est à sa disparition, le 21 novembre 2001, que son fils aîné, Sharafuddin, est appelé à lui succéder. Le lendemain, il est proclamé neuvième sultan de Selangor. La continuité dynastique est ainsi assurée, dans une monarchie qui a traversé la période coloniale, l’occupation japonaise, l’indépendance et la construction de la Malaisie moderne. Autour du souverain, plusieurs membres de la famille jouent un rôle important dans la représentation de la maison de Selangor. Son épouse actuelle, Tengku Permaisuri Norashikin, devenue reine consort de l’État après leur mariage célébré le 31 août 2016 à l’Istana Alam Shah, l’accompagne lors des principales cérémonies officielles et des manifestations du jubilé.

Le sultan est père de trois enfants : Tengku Zerafina, Tengku Zatashah et Tengku Amir Shah. Ce dernier, né en 1990, porte le titre de Raja Muda de Selangor et occupe la place d’héritier du trône. Il représente la prochaine génération de la dynastie et participe aux engagements institutionnels de la famille royale. Présent aux côtés de son père lors des cérémonies du jubilé, il incarne la continuité de la maison souveraine.

Parmi les autres membres de la famille élargie figurent notamment Tengku Sulaiman Shah, qui porte le titre de Tengku Laksamana Selangor, ainsi que d’autres princes et dignitaires issus de la maison royale. Leur présence dans les cérémonies et les institutions traditionnelles rappelle que le sultanat repose sur une organisation familiale et cérémonielle qui dépasse la seule personne du souverain.

Une monarchie traditionnelle dans une Malaisie moderne

La célébration des vingt-cinq années de règne de Sharafuddin intervient dans un contexte institutionnel particulier. La Malaisie est une monarchie fédérale élective : le Yang di-Pertuan Agong, chef de l’État fédéral, est choisi pour un mandat de cinq ans parmi les neuf souverains héréditaires des États malais disposant d’un monarque. Le sultan de Selangor demeure, pour sa part, le chef traditionnel et constitutionnel de son État.

Son rôle s’inscrit dans un système où la monarchie conserve des prérogatives constitutionnelles, religieuses et symboliques, tandis que le gouvernement élu assure la conduite des affaires politiques quotidiennes. En tant que chef de l’islam dans son État, le sultan joue également un rôle religieux important. Dans un entretien au Star, « la monarchie assure la stabilité en période de changement et nous rappelle que des institutions pérennes continuent de jouer un rôle essentiel dans la préservation de l’harmonie nationale », a rappelé à cet effet le souverain. Avant d’ajouter que Constitution définit clairement ses responsabilités : « Il est de mon devoir de servir toute la population du Selangor, sans favoritisme ni préjugé », a-t-il affirmé.

En vingt-cinq ans, Sharafuddin a ainsi accompagné les transformations d’un Selangor devenu un territoire central de l’économie malaisienne, tout en préservant les traditions de la maison royale. Son jubilé d’argent n’est pas seulement celui d’un homme et d’un règne : il rappelle la permanence d’une dynastie bugis fondée il y a plus de deux siècles et demi, dont les souverains ont traversé les bouleversements de l’histoire malaise.

En choisissant des célébrations mesurées, le neuvième sultan semble avoir voulu donner à cet anniversaire une signification qui dépasse le cérémonial. Entre mémoire historique, solidarité envers la population et transmission dynastique, le jubilé de Sharafuddin Idris Shah met en scène une monarchie qui entend demeurer un repère dans une société malaisienne en constante évolution.

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Date de dernière mise à jour : 05/11/2026