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Québec : Paul St-Pierre Plamondon veut abolir la monarchie

À quelques jours des élections législatives au Québec, le leader du Parti québécois Paul St-Pierre Plamondon promet, s’il accède au pouvoir, de déposer rapidement un projet de loi visant à abolir les liens institutionnels de la Belle-Province avec la monarchie. Une offensive qui dépasse la seule question protocolaire : au Québec, le rapport à la Couronne britannique demeure étroitement lié à l’histoire de la Conquête, au nationalisme québécois et aux querelles constitutionnelles avec Ottawa.

La promesse est spectaculaire, mais elle n'est pas nouvelle dans le parcours politique de Paul St-Pierre Plamondon. Le 30 septembre  2026, l'avocat et leader du Parti Québécois (PQ) de 49 ans a affirmé vouloir « abolir la monarchie sur le territoire québécois », notamment en supprimant la fonction de lieutenant-gouverneur et en mettant fin au financement québécois de son cabinet. Il souhaite réorienter les sommes ainsi économisées vers la lutte contre l’itinérance.

Son projet se heurte toutefois à une difficulté majeure : la fonction de lieutenant-gouverneur est inscrite dans l’architecture constitutionnelle canadienne. Selon les constitutionnalistes cités par Radio-Canada, sa suppression ne pourrait vraisemblablement pas être décidée par le seul Parlement de Québec. L’article 41 de la Loi constitutionnelle de 1982 prévoit en effet qu’une modification à la charge du roi, du gouverneur général ou du lieutenant-gouverneur nécessite l’accord du Parlement fédéral et de toutes les provinces.

Le chef péquiste le sait. Il reconnaît lui-même que son projet pourrait se retrouver devant les tribunaux.

 

 

Une institution héritée de la conquête britannique du Canada

Pour comprendre pourquoi la monarchie suscite au Québec une sensibilité particulière, il faut remonter à 1759-1760. Après la capitulation de Québec puis celle de Montréal, les autorités britanniques instaurent un régime d’occupation militaire. Le traité de Paris de 1763 officialise ensuite la cession de la Nouvelle-France à la Grande-Bretagne. Les habitants de la nouvelle Province de Québec deviennent alors sujets de la Couronne britannique après avoir été longtemps ceux du roi de France.

Un épisode particulièrement douloureux reste inscrit dans la mémoire collective : Le Grand Dérangement. Il désigne la déportation massive des Acadiens par les autorités britanniques à partir de 1755, pendant la guerre de Sept Ans. Installés principalement en Acadie, ces francophones furent expulsés de leurs terres parce qu’ils refusaient notamment de prêter un serment d’allégeance inconditionnel à la Couronne britannique. Des milliers d’Acadiens ont été ainsi dispersés vers les colonies britanniques, la France, les Caraïbes ou la Louisiane, où une partie a formé la communauté cadienne (Cajun). Cette déportation a profondément marqué la mémoire et l’identité acadiennes et demeure l’un des épisodes les plus tragique de l’histoire des populations francophones d’Amérique du Nord.

La rupture n’a pas été seulement militaire ou territoriale. Elle a été également institutionnelle. La Proclamation royale de 1763 a établi les premières structures du gouvernement britannique dans la colonie et donné à la Couronne un rôle central dans son administration. L'Acte de Québec de 1774 est venu par la suite rétablir notamment le droit civil français et garantir le libre exercice du catholicisme, tout en maintenant la souveraineté britannique.

Les rapports avec la monarchie sont donc historiquement ambivalents. La Couronne britannique a été, à la fois, l'autorité qui a succédé au régime français et celle qui a progressivement accepté certaines particularités fondamentales de la société canadienne-française. Le système monarchique a été longtemps vécu comme quelque de disciminatoire. Dans la Province de Québec, les serments d'allégeance imposés aux titulaires de charges publiques  ont comporté des dispositions qui excluaient alors les catholiques de certaines fonctions publiques au détriment des protestants.

Cette histoire compelxe contribue à expliquer pourquoi, contrairement à ce qui peut être observé dans d'autres parties du Canada, les symboles monarchiques peuvent être perçus au Québec comme les vestiges d'une relation de domination historique.

 

 

Des Patriotes au souverainisme moderne

Cette contestation ne s'est toutefois pas limitée à la monarchie elle-même. Au XIXe siècle, les Patriotes ont combattu les institutions coloniales britanniques et réclamé une plus grande représentation politique des francophones.

Au XXe siècle, la question monarchique s'est progressivement intégrée à une réflexion plus large sur l'autonomie du Québec, puis sur sa souveraineté. Un combat linguistique est mené de front par les francophophnes à qui ont impose l'usage de l'anglais dans l'administration. Une véritable politique d'éradication du français est alors menée par Londres. Il faudra attendre 1977 ( loi 101) pour que le français soit la seule langue reconnue au Québec.

En 1982, la Constitution canadienne est rapatriée sans l'accord du gouvernement du Québec. Cette rupture demeure l'un des épisodes fondateurs du discours souverainiste contemporain. Les échecs successifs des accords du lac Meech en 1990 et de Charlottetown en 1992 ont ensuite nourri le sentiment, chez les souverainistes, que le Québec ne parvenait pas à obtenir une reconnaissance constitutionnelle correspondant à ses aspirations particulières. Parallélement, l'idée indépendantiste a fait son chemin, relayée par le Parti Québécois fondé en 1968.

Un autre combat que les indépendatistes réussissent à porter la question de l’indépendance dans les urnes par deux fois. En 1980, le projet de « souveraineté-association » défendu par René Lévesque (Premier ministre de 1976  à 1985 )  est rejeté avec 59,56 % de Non contre 40,44 % de Oui. Quinze ans plus tard, le référendum de 1995, organisé par le gouvernement de Jacques Parizeau (Premier ministre de 1994 à 1996) , donne lieu à un résultat historique : le Non l’emporte de seulement 54 288 voix, avec 50,58 % contre 49,42 % pour le Oui.

 

 

Paul St-Pierre Plamondon : une opposition ancienne à la Couronne

L'annonce de 2026 n'est donc pas un changement de position de dernière minute.  Marié et trois enfants,  Paul St-Pierre Plamondon s'est progressivement taillé un nom dans la politique québécoise. 

En octobre 2022, après son élection comme député de Camille-Laurin, il a imédiatement annoncé son intention de ne pas prêter le serment au roi Charles III. Dans un point de presse à l'Assemblée nationale, il expliquait vouloir distinguer le serment au peuple québécois de celui exigé au nom de la Constitution canadienne envers le souverain. Son geste avait provoqué une importante controverse institutionnelle. Sous la pression du Parti québécois, l'Assemblée nationale avait adopté à l'unanimité une disposition supprimant l'obligation pour les parlementaires québécois de prêter serment au monarque.

Quelques jours plus tard, le chef du PQ écrivait également au Premier ministre François Legault (depuis 2018) pour demander que les députés puissent choisir de ne pas prêter serment au roi. Dans cette lettre, il qualifiait les institutions monarchiques d'« archaïques » et rappelait que le parti au poiuvoir à Québec ( CAQ) avait elle-même inscrit l'abolition de la monarchie britannique au Québec dans son programme depuis 2015.

La position du PQ s'est depuis précisée, plus tranchée. En 2025,  Paul St-Pierre Plamondon a déclaré à l'Assemblée nationale : « Ce n'est juste pas mon roi. Ce n'est pas mon pays », en parlant du Canada,  tout en affirmant ne rien avoir contre les Anglais. Il a même ajouté  que la monarchie britannique demeurait, selon lui, « problématique au quotidien » à l'Assemblée nationale. Cette déclaration permet de mesurer la continuité de son discours : le refus de la monarchie chez le chef péquiste relève moins d'une hostilité envers le Royaume-Uni ou les Britanniques que d'une conception souverainiste de l'identité politique québécoise.

Le nouveau projet de PQ est donc d'une autre ampleur aujourd'hui. Il ne s'agit plus seulement de supprimer un serment, mais de s'attaquer directement à la présence institutionnelle de la Couronne dans la province.

C'est précisément là que se situe le principal obstacle. Le lieutenant-gouverneur représente le roi au Québec et exerce notamment la fonction constitutionnelle de sanctionner les lois adoptées par l'Assemblée nationale. Le chef péquiste affirme néanmoins que l'Assemblée nationale est « totalement souveraine » et qu'elle dispose des pouvoirs nécessaires pour agir. Il n'a cependant pas encore précisé quelle institution exercerait concrètement la fonction de sanction des lois dans son scénario. Les constitutionnalistes cités dans le dossier estiment au contraire qu'une abolition unilatérale de la fonction serait difficilement compatible avec la Constitution canadienne. L'enjeu pourrait donc rapidement devenir judiciaire et fédéral-provincial.

Le débat ne porte donc pas uniquement sur Charles III ou sur le coût d'un cabinet vice-royal. Il touche directement à la répartition des compétences constitutionnelles entre Québec et Ottawa.

 

 

Un souverainisme qui reste minoritaire dans les sondages

Cette offensive monarchique intervient alors que le projet politique central du Parti québécois - l'accession du Québec à la souveraineté - ne recueille pas actuellement une majorité dans l'opinion.

Les sondages réalisés en 2026 convergent sur ce point, même si leurs chiffres varient selon les maisons et les méthodes.

Selon Léger, dans une enquête menée au début de septembre auprès de 1 008 Québécois, 27 % se disaient favorables à la souveraineté et 62 % opposés, tandis que 11 % étaient indécis. Les enquêtes réalisées quelques semaines auparavant donnaient des résultats comparables. Mainstreet Research mesurait en septembre 26,7 % d'appui à la souveraineté contre 63,1 % d'opposition, avec 10,3 % d'indécis. Synopsis Recherche arrivait pour sa part à 31 % pour et 60 % contre.

La tendance observée depuis le début de l'année montre donc un mouvement souverainiste toujours présent, mais nettement minoritaire dans les intentions exprimées. L’idée indépendantiste même est en net recul chez les jeunes de 18-34 ans dont une partie s'est toutefois radicalisée sur ce concept.  Il convient toutefois de distinguer deux questions : le soutien à l'indépendance du Québec et le rejet de la monarchie ne sont pas nécessairement synonymes. On peut être fédéraliste et souhaiter l'abolition de la monarchie, tout comme on peut soutenir la monarchie sans être opposé à certaines revendications d'autonomie québécoise.

La monarchie, un symbole plus consensuellement contesté que la souveraineté ?

C'est l'un des paradoxes du débat québécois. En 2022, un sondage Léger réalisé pour l'Institut de recherche sur l'autodétermination des peuples et les indépendances nationales indiquait qu'environ deux Québécois sur trois estimaient que les députés devraient pouvoir siéger sans prêter serment au roi. Le rejet de certains symboles monarchiques peut donc être plus large que l'adhésion au projet souverainiste.

C'est précisément sur cette distinction que le Parti québécois cherche à construire son discours. Pour le PQ, supprimer la présence institutionnelle de la Couronne ne serait pas nécessairement un préalable à l'indépendance : ce serait également, selon sa conception, une manière pour le Québec de renforcer son autonomie politique dans le cadre canadien actuel.

La promesse de Paul St-Pierre Plamondon réactive finalement une vieille question : quelle place le Québec veut-il encore accorder aux institutions héritées de la monarchie britannique ? Depuis l'annexion par les Britanniques jusqu'aux débats constitutionnels contemporains, le rapport à la Couronne s'est constamment mêlé à la question de l'identité politique québécoise. La monarchie n'est plus aujourd'hui une autorité impériale exerçant directement son pouvoir sur la province, mais elle demeure inscrite dans la Constitution canadienne et représentée au Québec par la lieutenante-gouverneure. Le projet péquiste entend rompre avec cette continuité.

Reste que l'abolition de la monarchie au Québec ne pourrait vraisemblablement pas se réduire à un simple vote de l'Assemblée nationale. Le chef du PQ veut ouvrir une brèche politique ; les constitutionnalistes, eux, rappellent que le verrou juridique se trouve en grande partie à Ottawa et dans les autres provinces. Face aux critiques, Paul St-Pierre Plamondon a tenu à rassurer sa base comme son opposition. « Un gouvernement du Parti québécois consultera les Québécois sur l’indépendance du Québec lors de son premier mandat s’il est élu », précisant toutefois qu'il « ne tiendra pas de référendum tant que Donald Trump sera président des Etats-Unis ». 

À quelques jours du scrutin législatif dans la Belle-province, la question monarchique offre ainsi au Parti québécois un terrain où se rencontrent trois de ses thèmes historiques : l'affirmation nationale du Québec, la contestation de l'ordre constitutionnel canadien et la souveraineté politique. Mais les sondages montrent parallèlement que, si le débat sur la monarchie peut trouver un écho au-delà du mouvement indépendantiste, le projet d'indépendance lui-même demeure minoritaire dans l'opinion québécois. Tout est dans le paradoxe du souverainisme québécois.

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Date de dernière mise à jour : 01/10/2026