Le décès du roi Oyo Nyimba Kabamba Iguru Rukidi IV laisse derrière lui un royaume en deuil, mais aussi une question qui pourrait bouleverser sa succession et qui retient le souffle des Ougandais : avait-il réellement un fils ?
La disparition brutale du roi Oyo Nyimba Kabamba Iguru Rukidi IV a plongé le royaume nilotique du Toro, dans l’ouest de l’Ouganda, dans une période d’incertitude. Mort à seulement 34 ans le 26 août 2026, après plus de trois décennies de règne, le souverain laisse derrière lui une succession désormais au cœur des interrogations de la famille royale.
Quelques heures après l’annonce de son décès, Calvin Armstrong Rwomiire Akiiki, avait affirmé que le roi avait laissé un héritier mâle. « Sa Majesté laisse derrière elle un prince qui sera officiellement présenté au moment opportun, conformément aux traditions et aux coutumes du royaume du Toro », avait assuré le Premier ministre du royaume.
Une révélation considérable, mais qui n’a pas été confirmée par le clan royal des Babito, auquel revient traditionnellement un rôle majeur dans la succession.
Deux versions contradictoires, les anciens appelés à trancher
Le chef du clan royal, Charles Kayondo Kamurasi, a également réagi par la suite et a assuré n’avoir jamais été informé de l’existence d’un fils biologique du souverain.
« Le roi n’avait pas d’enfant. Je n’en sais rien parce qu’on ne nous l’a jamais dit », affirme-t-il.
Une déclaration qui entre directement en contradiction avec celle du Premier ministre. Kamurasi s’interroge d’ailleurs publiquement sur l’origine de cette information et sur la légitimité du Premier ministre à annoncer l’existence d’un éventuel héritier. Le président ougandais Yoweri Museveni a pourtant, de son côté, confirmé avoir été informé de l’existence d’un enfant. Selon le chef de l’État, la reine mère Best Kemigisa lui aurait indiqué par téléphone que le roi Oyo avait laissé un petit garçon qui serait présenté publiquement au moment jugé approprié.
Le mystère demeure donc entier : un héritier existe-t-il réellement ? C’est toute la question que se posent actuellement les Ougandais.
Dans cette situation particulièrement délicate, le clan Babito doit jouer un rôle déterminant. Une commission composée de 21 anciens a été constituée afin d'examiner les affirmations concernant l’existence d’un héritier et de conduire la procédure traditionnelle de désignation du prochain souverain.
Selon Charles Kayondo Kamurasi, le prochain roi pourrait être choisi parmi les princes déjà identifiés au sein de la famille royale. « Nous devons nous réunir et résoudre cette question, puisqu’il n’a laissé aucun enfant. Quoi que dise le Premier ministre, nous, au sein du clan Babito, nous ne connaissons pas cet héritier », a-t-il également déclaré.
Une éventuelle reconnaissance du jeune prince pourrait donc modifier profondément le processus successoral. À l’inverse, si son existence ou sa filiation n’était pas établie, le trône reviendrait vraisemblablement à l’un des princes de la maison royale.
Un roi dans le Livre Guinness des records
Oyo Nyimba Kabamba Iguru Rukidi IV avait succédé à son père, le roi Olimi III, mort le 26 août 1995 à l’âge de 49 ans. Le jeune prince n’avait alors que trois ans. Une succession qui l’avait involontairement fait entrer dans le Livre Guinness des records.
C’est en 1993 que la monarchie du Toro a été restaurée, 30 ans après avoir été abolie par le gouvernement du Premier Milton Oboto. Son règne avait été placé sous la supervision de membres de sa famille durant son enfance, avec également l’attention particulière du président Yoweri Museveni et celle de Lybie, Mu’Ummar Kadhafi qui avait beaucoup investi dans l’économie de cette monarchie traditionnelle. Son couronnement officiel n’était intervenu que le 17 avril 2010, au lendemain de son dix-huitième anniversaire.
Durant son règne, l’Omukama (monarque) s’était particulièrement impliqué dans les questions liées à la jeunesse, à l’éducation, à la protection de l’environnement et à la santé. Il avait également soutenu plusieurs initiatives de lutte contre le VIH/sida.
Les circonstances exactes de sa disparition n’ont pas été rendues publiques. Des responsables ougandais avaient cependant indiqué que le souverain souffrait de graves problèmes de santé (cancer) et avait reçu des soins médicaux aux États-Unis. La disparition prématurée d’Oyo Rukidi IV ouvre ainsi un nouveau chapitre de l’histoire du Toro. Au-delà de la disparition d’un souverain devenu une figure emblématique de son royaume, c’est désormais la question de la continuité dynastique qui se pose.
Le prince annoncé par le Premier ministre sera-t-il présenté et reconnu comme le fils du défunt roi ? Les anciens du clan Babito choisiront-ils l’un des princes déjà établis de la famille royale ? Pour l’heure, aucune réponse définitive n’a été apportée.
Dans le royaume du Toro, la succession d’Oyo Rukidi IV s’annonce déjà comme l’une des plus mystérieuses de son histoire récente
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