Depuis de décès du roi Rudiki IV, une violente dispute oppose la famille du défunt souverain aux anciens du clan royal. Alors que ces derniers ont désigné le prince Edward Kijanangoma Rukidi V comme nouvel Omukama, les proches du défunt souverain affirment que le roi avait désigné son jeune fils comme héritier dans un testament. Une crise qui met à l’épreuve les traditions de succession du royaume du ooro.
La mort du roi Oyo Nyimba Kabamba Iguru Rukidi IV, survenue le 27 août 2026 aux États-Unis à l’âge de 34 ans, devait ouvrir une période de deuil dans le royaume du Toro. Elle s’est transformée en une crise successorale majeure. Jusqu’à sa disparition, le souverain a été considéré comme le plus jeune monarque régnant au monde, après être monté sur le trône en 1995, à seulement trois ans.
Alors que ses funérailles a réuni des dizaines de milliers de personnes aux tombeaux royaux situés près du palais de Fort Portal, dans l’ouest de l’Ouganda, deux conceptions de la succession s’affrontent désormais.
Le clan royal désigne Edward Kijanangoma Rudiki V comme monarque
Le 9 septembre, le comité chargé de la succession au sein du clan royal a annoncé la désignation du prince Edward Rukidi Kijanangoma, âgé de 56 ans, comme prochain Omukama du Toro.
Cousin du défunt roi, fils du prince Christopher Paul Kijanangoma, petit-fils de l’ancien roi George David Rukidi III (1904-1965), il est également présentateur et rédacteur en chef au sein de la chaîne publique Uganda Broadcasting Corporation (UBC).
Les anciens du clan Babiito, la dynastie royale du Toro, affirment avoir exercé leur autorité coutumière afin de choisir un prince apte à monter sur le trône. Le comité indique avoir procédé à des « vérifications approfondies, des consultations et un examen adéquat » avant de prendre sa décision. Dix-neuf membres ont signé la résolution désignant le nouveau monarque.
Cette procédure repose sur une particularité fondamentale du Toro : contrairement à la monarchie britannique, la succession n’y est pas automatiquement déterminée par une ligne dynastique fixe. Le souverain est choisi au sein du clan royal Babiito, selon un ensemble de traditions et de règles coutumières.
La famille du Rudiki IV invoque un testament
La décision a immédiatement provoqué la réaction de la famille du défunt roi.
La princesse Ruth Komuntale, sœur de Rudiki IV, affirme que son frère avait laissé un testament rédigé en 2022 dans lequel il désignait son fils comme héritier du trône. L’existence de cet enfant, jusqu’alors inconnue du grand public, avait été révélée dans les jours suivant la mort du souverain par le président ougandais Yoweri Museveni, qui avait indiqué en avoir été informé par la reine mère.
« Mon frère a bien laissé derrière lui un héritier au trône, et cela était très clairement stipulé », a déclaré la princesse Komuntale.
Selon elle, son frère aurait également prévu dans son testament différentes solutions dans l’hypothèse où son fils ne pourrait pas accéder au trône. Une position soutenue par la princesse royale Elizabeth Bagaaya, tante du défunt souverain et ancienne ministre des Affaires étrangère du célèbre général Idi Amin Dada. La famille a donc rejeté la désignation d’Edward Kijanangoma Rudiki et demande que les dernières volontés écrites du roi soient prises en considération.
Le document attribué à Rudiki IV stipulerait notamment : « Je déclare et ordonne par la présente que si, à la date de mon décès, je laisse un fils légalement reconnu comme étant mon fils biologique, je le désigne comme mon héritier au trône du royaume du Tooro. ».
Mais cette affirmation se heurte à un obstacle majeur : Ce fils mystérieux n’aurait jamais été officiellement présenté au clan royal.
Une tradition qui complique la succession
Pour les représentants du clan, la simple existence d’un testament où les déclarations concernant l’existence d’un fils ne suffisent donc pas à établir une succession conforme aux traditions du Toro.
Un membre du comité a expliqué à la chaîne NTV qu’un enfant royal devait être officiellement présenté aux anciens du clan. Il devait ensuite participer à différentes cérémonies et faire l’objet de préparatifs spécifiques avant de pouvoir être considéré comme un futur dirigeant.
La controverse est d’autant plus sensible que le roi Rudiki ne s’était jamais marié publiquement et n’était jusqu’alors pas connu pour avoir d’enfant. Le journaliste ougandais Andrew Mwenda, qui appartient lui-même à la famille élargie du clan royal, a ainsi relevé sur X (Twitter) que la famille de Rudiki IV n’avait fourni ni photographie du garçon ni informations sur sa mère.
La question est donc désormais double : le fils existe-t-il juridiquement et dynastiquement comme héritier, et surtout les conditions traditionnelles permettant son intégration dans la succession royale ont-elles été remplies ?
À cette querelle dynastique s’ajoute une dimension particulièrement préoccupante pour la famille royale.
La reine Best Kemigisa, mère du roi défunt, affirme que les gardes royaux ont été retirés du palais et que des soldats ont été déployés autour de la résidence. Selon elle, les déplacements des membres de la famille seraient limités, tout comme leur possibilité de recevoir des visiteurs. Elle a décrit la situation comme une forme de « résidence surveillée ». Elle a directement appelé l'armée et le président Museveni à laisser la famille faire son deuil et la laisser préparer les funérailles du roi dans la sérénité. « J’en appelle à ceux qui se disputent le trône : il y aura un temps pour tout cela », a-t-elle déclaré.
Une succession encore incertaine
Le Premier ministre du royaume, Calvin Armstrong Rwomiire Akiiki, a lui aussi appelé les différentes parties à la retenue.
« Il y aura un temps pour examiner le testament, entendre ceux qui défendent une position différente et prendre en considération nos coutumes, le droit applicable ainsi que les institutions compétentes par lesquelles la succession doit être déterminée », a-t-il écrit sur X.
Il a également insisté sur la nécessité d’un processus « calme et crédible », plutôt que de voir se multiplier « les annonces concurrentes, les confrontations ou les tentatives visant à imposer des faits accomplis alors que notre roi attend encore d’être enterré ».. Le ministre ougandais de la Culture, Henry Tumukunde, a parallèlement annoncé qu’il superviserait les efforts de médiation. Une solution pourrait intervenir après des consultations avec le président Museveni et les différents responsables culturels.
La crise actuelle dépasse donc la seule question de la personne appelée à succéder à Rudiki IV. Elle révèle la complexité des mécanismes institutionnels et coutumiers qui régissent encore les anciennes monarchies traditionnelles ougandaises. Abolis en 1967 par le régime républicain, les royaumes traditionnels ont été restaurés en 1993. Ils ne disposent aujourd’hui d’aucun pouvoir politique officiel et leurs souverains sont reconnus comme des dirigeants culturels. Leur influence sociale et politique reste néanmoins considérable, particulièrement dans leurs régions qu'ils gouvernement, parfois un état dans l'état.
Au Toro, l’enjeu est désormais de déterminer si le testament de Rudiki IV peut s’imposer face aux règles coutumières du clan Babiito, ou si celles-ci permettent aux anciens de désigner un autre prince. La désignation d’Edward Kijanangoma Rukidi , qui a appelé à l'unité, ne signifie donc pas encore que la succession soit définitivement réglée. La date de son éventuelle intronisation n’a d’ailleurs pas été annoncée.
Face à lui se trouve désormais la possibilité d’une succession au nom du fils du roi Rudiki IV dont l’existence a été confirmée publiquement mais dont l’identité et la situation dynastique demeurent largement inconnues. Pour le royaume, le défi sera de parvenir à concilier les dernières volontés du défunt souverain, le droit applicable et les traditions ancestrales des Babiito. Une équation délicate dont dépendra désormais l’avenir de la monarchie du Toro.
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