Monarchies et Dynasties du monde Le site de référence d’actualité sur les familles royales

Retour du roi en Libye ?

«Les libyens devraient avoir la possibilité de choisir leur forme de gouvernement !». Absent du débat politique de son pays depuis plusieurs mois, le prince Mohammed El Senoussis a accordé une interview au quotidien panarabe « Asharq Al-Awsat ».  Revenu à Tripoli, peu de temps après la chute du colonel Mu’Ammar Kadhafi en 2011, le prétendant au trône continue de se poser en alternative dans une Libye ravagée par la guerre civile.

Elizabeth ii idriss ier philipp mountbatten 1954Le royaume de Libye a été créé de toutes pièces par les britanniques qui s’entendent avec les français pour réunifier la Tripolitaine, la Cyrénaïque et le Fezzan sous l’autorité du chef d’une puissante confrérie soufie, les Senoussis. Le 24 décembre 1951, Idriss El Senoussis devient le souverain d’un pays, ancienne colonie italienne, qui possède d’importantes ressources pétrolières et qui aiguise déjà l’appétit de tous. Les tensions politiques qui éclatent rapidement après l’indépendance contraint le roi à faire interdire les partis d’opposition afin de préserver l’unité de son royaume. Mais l’influence grandissante des Etats-Unis et des britanniques provoque le mécontentement des libyens contre les Senoussis. Des membres de la famille royale touchés par un événement sanglant force également le roi à exclure une large partie d’entre eux de la succession d’un trône qui est fragilisé dès sa naissance.

Le pays se modernise grâce à la rente pétrolière et le roi semble reprendre un temps la situation en main. Mais les idées nationalistes venues de l’Egypte voisine gangrène rapidement la Libye qui voue un culte à Gamal Abdel Nasser.  Lorsqu’Idriss part en Turquie en juillet 1969 afin de se faire soigner, il laisse alors la régence à son neveu, le prince Hassan El –Reda, le père de Mohammed El Senoussis, alors âgé de 7 ans. La monarchie n’a plus que 2 mois à vivre. Le 1er septembre suivant, un jeune capitaine Mu’Ammar Kadhafi s’empare du pouvoir à la faveur d’un coup d’état et s’installe à la tête d’une république sur laquelle il va régner en dictateur durant 4 décennies. La famille royale prend le chemin de l’exil, Hassan est embastillé, mis en résidence surveillée dont il ne sera relâché qu’en 1984.

Roi idriss el senoussi«J'ai quitté la Libye à cause de la maladie de mon père mais j'y ai vécu pendant plus de deux décennies après le coup d'État de 1969 et j'ai été témoin d'événements importants ... Je suis également de près tous les développements dans mon pays » déclare le prince Mohammed, interviewé le 27 avril dernier. Il est le prétendant au trône depuis 1992, date à laquelle son père est décédé. Lorsque la révolution éclate en 2011, parmi les rebelles au pouvoir de Kadhafi, les islamos monarchistes qui se sont emparés de la Cyrénaïque, le berceau de la maison royale. Ils placent même à la tête de la province un Senoussi. L’ancien drapeau royal de la monarchie devient le symbole de la révolution et la question du retour des Senoussis se pose rapidement, alimentant tous les fantasmes, y compris au sein de la presse internationale qui affime que des royalistes français sont présents sur le terrain. Même Bruxelles invite le prétendant à s’exprimer dans l’enceinte parlementaire et les italiens se précipitent à son chevet. Pourtant l’option monarchique est repoussée, la Libye renoue avec ses démons ethniques et chaque province tente de conserver son autonomie. Les royalistes perdent en puissance, sont poussés hors de la Cyrénaïque par un seigneur de la guerre qui ne tardera pas à subir un sort identique. Le pays s’enfonce dans une anarchie avec deux gouvernements qui s’excommunient mutuellement et qui s’arrachent les appuis financiers et militaires de telles ou telles puissances occidentales ou arabes.

« Les partis politiques doivent trouver une solution à la crise qui ronge notre pays. Par conséquent et c’est impératif aujourd’hui, les libyens devraient être en mesure de décider du système de gouvernance qui les satisfait». Pour le prince Mohammed El Senoussis, nul doute que la monarchie est le seul gouvernement qui pourra réunifier le pays. L’idée n’a pas été abandonnée. En 2014, l’ancien ministre des affaires étrangères, Mohamed Abdel Aziz, avait rencontré le prétendant pour en discuter avec lui et avait plaidé sa cause après de la Ligue Arabe. Pour le haut-fonctionnaire, la monarchie représente ce « symbole d’unité » qui fait défaut à la Libye.  Interrogé sur les raisons principales de la crise libyenne, le prince Mohammed affirme que « l’absence d'une base constitutionnelle solide, qui régit les relations entre les différents partis politiques» explique les divisions vivaces au sein de l’état. Sans «organes législatifs et exécutifs représentant les citoyens libyens qui n’ont plus voix au chapitre, nous sommes désormais face à une équation insoluble». « Restaurer la monarchie ne signifie pas que nous allons rétablir l’ancien régime mais plutôt répondre à une « volonté du peuple qui réclame le retour la légitimité constitutionnelle » renchérit le prince qui se fait l’écho de ses partisans. Le prince Mohammed El Senoussis est soutenu par le mouvement pour le retour de la légitimité constitutionnelle qui compte de nombreux partisans au sein des divers tribus et qui organise régulièrement des congrès dans la capitale, Tripoli. Des portraits de l’ancien roi Idriss s’affichent au grand jour sur les murs ou sur les panneaux publicitaires des villes du pays comme à Al Baïda.

Prince mohammed el senoussi 1« La société libyenne est formée de tribus, mais pas au sens tribal que l'on entend ou par ceux qui l'appellent ainsi. C'est l'une des sociétés arabes les plus développée. Le libyens ont réalisé le rêve de créer un État après avoir réussi - au milieu du siècle dernier - à obtenir son indépendance. Ce dont nous restons fiers. La monarchie a été l'un de ces jalons qui a contribué à la réalisation de ce rêve.  Par conséquent, le peuple libyen doit être celui qui doit décider des institutions qu’il souhaite. Je suis prêt à servir les libyens (…)» répète-t-il au journaliste. 

Et un retour de sa maison sur le trône de Libye doit passer par la réconciliation avec tous ceux qui furent les ennemis de sa famille, comme Seif al-Islam Kadhafi, le fils de l’ancien dirigeant exécuté. « En conséquence, j'appelle le gouvernement à assurer le retour immédiat de tous les citoyens libyens, qui ont été forcés de quitter leur patrie. En vertu de la constitution et de la loi, le peuple libyen est égal en droits et en devoirs. Ils ne devraient pas être exposés à l'injustice en raison de leurs opinions personnelles ou politiques » demande le prince Mohammed El Senoussi qui se pose de nouveau en alternative pour la Libye. Rien n’indique pourtant qu’il sera entendu.

«Les partisans de la monarchie comptent bien des personnalités de valeur dans leurs rangs, mais ce système est dépassé depuis longtemps ». Actuel homme fort du pays et ami controversé de Paris, le Maréchal Khalifa Haftar a d’ores et déjà fait savoir qu’il s’opposerait à tout retour de la monarchie. Cinq jours après son interview, lors d’une allocution télévisée et depuis Benghazi, la capitale de la Cyrénaïque, Haftar s’est auto-proclamé dirigeant de la Libye, douchant les espoirs du prince Mohammed El Senoussis d’un retour rapide sur son trône.

Copyright@Frederic de Natal

Date de dernière mise à jour : 06/05/2020

Ajouter un commentaire

Anti-spam