Le roi Misuzulu kaZwelithini traverse une nouvelle zone de turbulences. Alors qu’il a pris pour quatrième épouse la princesse Sihle Mdluli, un comité de chefs et de généraux zoulous auraient tenté de le destituer.
La monarchie zouloue n’en finit plus de connaître des remous. Quelques années seulement après la disparition du roi Goodwill Zwelithini et la bataille successorale qui avait accompagné l'accession au trône de son fils Misuzulu kaZwelithini (2021), le souverain se retrouve à nouveau confronté à une contestation interne.
Cette fois, le conflit oppose directement le roi à un groupe de chefs traditionnels et de personnalités qui se présente comme un défenseur de la Couronne zouloue.
Baptisé Abakhuseli beSihlalo, que l’on peut traduire par « Protecteurs du Trône » ou « Protecteurs de la Couronne », le mouvement affirme pourtant n’avoir aucune intention de remettre en cause l’autorité du souverain. C’est précisément cette contradiction qui est aujourd’hui au cœur de la crise : Le roi Misuzulu considère que le groupe empiète sur les prérogatives de la Couronne, tandis que ses dirigeants affirment agir au contraire pour préserver l’institution monarchique.
Une organisation qui refuse de disparaître
Lors d’une conférence de presse organisée à Durban, début août 2026, ses responsables ont décidé de maintenir leurs activités malgré le rejet catégorique exprimé quelques jours auparavant par le roi.
Le groupe est dirigé par l’Inkosi Ngamzizwe Madlala, son président, ainsi que par l’historien et écrivain professeur Otty Nxumalo. Il bénéficie surtout du soutien de l'Inkosi Zuzifa Buthelezi, président du Conseil royal zoulou, une fonction reconnue par le roi et la famille royale.
Le chef Madlala a voulu couper court aux accusations selon lesquelles l'organisation préparerait la chute du souverain. « Nous n’avons qu’un seul roi, Sa Majesté le roi Misuzulu kaZwelithini », a-t-il déclaré, rejetant catégoriquement l'idée que le mouvement chercherait à détrôner le souverain. Selon lui, l'organisation serait animée par son seul patriotisme et poursuivra donc sa mission « que Sa Majesté nous reconnaisse ou non ».
Le message est clair : Abakhuseli beSihlalo ne revendique pas le trône, mais revendique le droit d'intervenir dans les affaires de la monarchie. Or c'est précisément ce que le roi refuse.
Le soutien encombrant de la famille Buthelezi
La présence de Zuzifa Buthelezi donne à l'affaire une dimension particulièrement sensible.
Président du Conseil royal zoulou, il appartient à la famille Buthelezi, dont l'influence historique sur les affaires zouloues est considérable. Son père, le défunt chef Mangosuthu Buthelezi (1928-2023), fut pendant des décennies le Premier ministre traditionnel de la nation zouloue et l'un des personnages les plus puissants de l'Afrique du Sud, indétrônable leader du très monarchiste l’Inkhata Freedom Party (IFP) et ministre de l’Intérieur (1994-2004).
Le prince Zuzifa Buthelezi affirme qu'il serait inconcevable qu'il participe à une entreprise visant à détrôner Misuzulu. Il rappelle non seulement son appartenance à la famille royale par ses liens familiaux, mais aussi sa fonction de président du Conseil royal, qui lui a été confiée avec l'accord du souverain. Son soutien à Abakhuseli beSihlalo serait donc, selon lui, motivé par la défense du royaume et par la volonté de poursuivre l'œuvre de son père.
La crise actuelle trouve en réalité ses racines en mai 2023.
C'est à cette époque que Mangosuthu Buthelezi avait créé Abakhuseli beSihlalo lors d'un imbizo, une assemblée traditionnelle organisée à Empangeni, dans le KwaZulu-Natal. Le contexte était déjà tendu entre le défunt dirigeant traditionnel et le jeune roi. Le principal sujet de désaccord concernait alors l'Ingonyama Trust, institution particulièrement importante puisqu'elle administre une immense partie des terres traditionnelles zouloues. Le conflit avait notamment éclaté autour de la nomination d'Inkosi Thanduyise Mzimela à la présidence du conseil d'administration du Trust. Buthelezi et plusieurs amakhosi, les chefs traditionnels zoulous, s'étaient opposés à cette nomination.
Le roi Misuzulu avait finalement démis Mzimela de ses fonctions, avant d'assumer lui-même la présidence du conseil et de dissoudre celui-ci. La décision avait provoqué une nouvelle bataille institutionnelle. Le ministre de la Réforme agraire, Mzwanele Nyhontso, estimant que le roi ne disposait pas du pouvoir de dissoudre le conseil. Le gouvernement fédéral est même intervenu à son tour, avant que la justice ne rétablisse finalement le conseil.
Derrière cette querelle administrative se dessinait déjà une question fondamentale : jusqu'où s'étend le pouvoir du roi dans les institutions traditionnelles zouloues et où commence celui de l'État sud-africain ?
Le roi accuse le groupe de franchir une ligne rouge
La confrontation s'est brusquement aggravée lors de la cérémonie annuelle de l'Umkhosi Wesivivane, organisé la première semaine d’août,
Le roi Misuzulu a lancé une attaque particulièrement virulente contre Abakhuseli beSihlalo, allant jusqu'à demander au groupe de mettre fin à ses activités sous peine de s'exposer à la colère de la nation zouloue. A savoir la sienne. Le souverain a surtout contesté sa légitimité à parler au nom de la famille royale. Selon lui, aucun individu, aucune organisation, aucune structure ou aucun groupe ne peut convoquer une réunion, donner des directives ou s'adresser publiquement à la nation au nom de la famille royale ou de la Couronne sans l'autorisation expresse du roi.
La conférence de presse organisée par Abakhuseli beSihlalo a donc été qualifiée de « démarche non autorisée et illégitime ». Le monarque absolu a également appelé le public, les chefs traditionnels, les différentes parties prenantes et les médias à ne reconnaître aucune légitimité officielle aux déclarations ou aux éventuelles résolutions issues de cette réunion. C'est dans ce contexte que sont apparues les accusations les plus graves de tentative de déstabilisation de la couronne.
Misuzulu soupçonne en effet Abakhuseli beSihlalo de chercher à saper son autorité, voire de vouloir préparer les conditions de sa destitution en faveur d'autres prétendants.
Une crise de légitimité
Cette crise intervient également alors que le roi doit également gérer une nouvelle controverse familiale : son mariage avec la princesse Sihle Mdluli, qui est devenue sa quatrième épouse.
Celui-ci s’inscrit dans la tradition polygame zouloue et les négociations de lobola, la dot coutumière, auraient été conclues avec la famille Mdluli, notamment par la remise d'environ 70 têtes de bétail. Sur le plan coutumier, cette nouvelle union ne constitue donc pas en elle-même une rupture avec les traditions de la monarchie zouloue.
Le roi Misuzulu a déjà épousé trois femmes et son troisième mariage, avec la reine Nomzamo Myeni, avait lui-même été entouré de controverses. Plus largement, sa vie matrimoniale est devenue un sujet régulier de débat public, notamment depuis les tensions avec sa dernière épouse qu’il aurait humilié. Une vidéo prise à son insu été mise en ligne et a contraint le monarque à présenter des excuses officielles.
C’est aussi sans compter la reine la reine Ntokozo kaMayisela , première épouse du roi. Cette dernière a notamment engagé une bataille judiciaire autour de ses droits en vertu de son mariage civil avec le roi Misuzulu entrant en conflit de facto avec la tradition.
Pour comprendre la nervosité actuelle au sein de cette monarchie traditionnelle puissante, il faut aussi revenir à la succession du roi Goodwill Zwelithini après un règne de près d'un demi-siècle. Sa succession a immédiatement plongé la famille royale dans une profonde crise. Le nouveau souverain a bien été reconnu par l'État sud-africain, mais son accession n'a jamais complètement refermé les fractures apparues au sein de la famille royale dont une partie avait avancer un autre candidat et porté vainement l’affaire devant les tribunaux. Une constance dans l’histoire de cette dynastie où les contestations ont été nombreuses, sombrant dans de longues guerres civiles.
La crise actuelle a finalement révélé une fragilité plus profonde que ne le laisse penser la querelle entre Misuzulu et les « Protecteurs de la Couronne ». Le roi dispose du prestige de la monarchie, mais il doit composer avec une architecture traditionnelle dans laquelle les chefs, les princes et les grandes familles historiques conservent une influence considérable.
L'affaire Abakhuseli beSihlalo ne ressemble donc pas, à ce stade, à une tentative de coup d'État : elle ressemble davantage à une bataille pour définir qui possède le droit de parler au nom du royaume zoulou. Et c'est précisément ce qui la rend dangereuse pour le roi Misuzulu. En rejetant le mouvement comme « rebelle », le roi affirme son autorité et en refusant de disparaître, ses adversaires démontrent cependant qu'une partie de l'establishment traditionnel entend conserver son propre espace de pouvoir.
Quant au quatrième mariage du souverain, il ajoute une dimension personnelle à une crise qui est devenue institutionnelle. Misuzulu doit désormais simultanément consolider son autorité au sein de sa famille, préserver son prestige auprès de la population zouloue et empêcher que les institutions traditionnelles censées soutenir la Couronne ne deviennent elles-mêmes des pôles concurrents de pouvoir. C'est probablement là que se jouera la véritable épreuve de son règne.