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Immigration : le roi MisuZulu appelle les Zoulous à la retenue

Alors que l'Afrique du Sud connaît toujours d'importantes manifestations anti-migrants, le roi des AmaZulu, MisuZulu kaZwelithini, choisit une voie singulière. En appelant à l'humanité et en rappelant les liens historiques qui unissent les peuples d'Afrique australe, le souverain s'invite dans un débat explosif où s'entremêlent identité, sécurité, mémoire et politique. 

En pleine montée des tensions autour de l'immigration irrégulière en Afrique du Sud, le roi des AmaZulu, MisuZulu kaZwelithini, 51 ans, a pris une position à contre-courant des mouvements réclamant l'expulsion massive des étrangers sans papiers. Le souverain zoulou a appelé ses sujets à la retenue, à l'humanité et au respect des liens historiques qui unissent le peuple zoulou à plusieurs communautés d'Afrique australe.

Cette intervention intervient au lendemain d'une nouvelle journée de manifestations nationales organisées notamment par le mouvement « March and March », qui milite pour le départ de tous les immigrés en situation irrégulière et accuse le gouvernement de ne pas agir suffisamment contre l'immigration clandestine.

 

 

Un message fort adressé aux manifestants mais une prise de position qui divise

Le 1er juillet 2026, s'exprimant par l'intermédiaire du Premier ministre traditionnel des AmaZulu, le révérend Thulasizwe Buthelezi, le souverain a rappelé que l'histoire du peuple zoulou dépasse largement les frontières actuelles de l'Afrique du Sud.

« Il existe des membres de la nation zouloue à Bulawayo, au Zimbabwe. Ils sont issus de la génération de Mzilikazi kaMashobane. Aujourd'hui, je ressens une profonde douleur en voyant qu'ils sont chassés du pays. Il y a aussi une communauté zouloue établie au Malawi. Tous ces gens respectent mon trône. Faites attention à ceux que vous chassez », a déclaré le roi.

Par ces propos, MisuZulu kaZwelithini rappelle que les migrations historiques ont façonné l'identité des peuples d'Afrique australe et que nombre de ceux aujourd'hui qualifiés d'« étrangers » entretiennent des liens culturels, familiaux ou ancestraux avec la nation zouloue. Le roi a également dénoncé toute vision ethnique exclusive de l'identité zouloue : « Personne ne peut se lever ici et affirmer être un Zoulou sans aucun métissage. Je vous appelle à faire preuve d'humanité. Toute nation qui se respecte gagne le respect des autres nations. », a ajouté le puissant monarque de la seconde ethnie d'Afrique du Sud.

Les déclarations du souverain ont rapidement suscité de vives réactions parmi une partie de ses sujets. Sur les réseaux sociaux comme dans certains rassemblements, plusieurs militants favorables à l'expulsion des immigrés ont accusé le roi de ne pas défendre les intérêts des Sud-Africains confrontés au chômage, à la criminalité et à la pression économique.

Pourtant, avant même les dernières manifestations, à la demande du gouvernement fédéral et après sa rencontre avec le Président Cyril Ramaphosa,  la Maison royale zouloue avait clairement pris ses distances avec le mouvement anti-immigration. Dans un communiqué, elle avait averti les organisateurs de ne pas associer le monarque à leur campagne, affirmant que le royaume ne cautionnerait pas les appels visant les immigrés en situation irrégulière.

Cette clarification revêt une importance particulière alors que la province du Kwazoulou demeure toujours l'épicentre du mouvement de contestation contre l'immigration clandestine. Depuis plusieurs semaines, les manifestations se sont progressivement étendues à d'autres provinces du pays.

 

 

Un contexte de tensions grandissantes

La mobilisation intervient dans un climat économique difficile marqué par un chômage structurel élevé, une forte pauvreté et une criminalité persistante.

Le pays accueille en depuis plusieurs décennies des centaines de milliers de migrants originaires notamment du Zimbabwe, du Mozambique, du Malawi, de la République démocratique du Congo, de l'Éthiopie et du Nigeria. Les mouvements anti-immigration accusent les étrangers en situation irrégulière de contribuer à l'insécurité, au trafic de drogue, à l'occupation illégale de logements et à la concurrence sur le marché de l'emploi. 

À Durban, plusieurs milliers de manifestants se sont ainsi réunis près du commissariat de Point, dans le quartier de South Beach, un secteur régulièrement présenté comme un foyer du trafic de stupéfiants et d'autres activités criminelles. À cette occasion, la dirigeante du mouvement March and March, Jacinta Ngobese-Zuma, a promis une mobilisation de longue durée. « Chaque jeudi, durant les six prochains mois, nous manifesterons jusqu'à ce que tous les immigrés sans papiers soient partis. J'imagine que le gouvernement devra dépenser 600 millions de rands chaque jeudi. », a t-elle assuré en référence au coût engendré par ces manifestations.

Le mouvement entend ainsi maintenir une pression constante sur les autorités sud-africaines afin qu'elles renforcent les expulsions et les contrôles aux frontières. Depuis le 30 juin, face aux menaces et violences,  ce sont des centaines de milliers de migrants illgaux qui ont quitté le pays, rapatriés par leur pays d'origine. Particulièrement concerné, le Zimbabwe a annoncé avoir aidé 80 000 personnes à revenir dans l'ancienne Rhodésie du Sud.

 

 

Un débat qui dépasse la seule question migratoire

Le rappel historique effectué par le roi MisuZulu renvoie à deux épisodes majeurs de l'histoire de l'Afrique australe.

Le premier concerne Mzilikazi kaMashobane, ancien général de l'Empereur Shaka Zulu. Après avoir rompu avec ce dernier au début du XIXᵉ siècle, Mzilikazi conduit ses partisans vers le nord lors des bouleversements du Mfecane, vaste période de conflits et de migrations qui transforme durablement la région. Son peuple finira par s'établir sur le territoire de l'actuel Zimbabwe où naît le royaume ndébélé. Les descendants de Mzilikazi, installés notamment autour de Bulawayo, conservent encore aujourd'hui un héritage linguistique et culturel fortement marqué par leurs origines zouloues.

Le second épisode concerne les migrations des Nguni, groupes issus du KwaZulu qui quittent l'Afrique du Sud au cours de cette même période avant de s'établir notamment au Malawi, en Tanzanie et en Zambie. Au Malawi, dans la région de Mzimba, leurs descendants continuent de préserver une partie des traditions, de la langue et des coutumes héritées de leurs ancêtres zoulous.

En invoquant ces deux exemples, le roi souligne que les frontières héritées de la colonisation ne correspondent pas toujours aux réalités historiques et culturelles des peuples africains. 

Si les gouvernements successifs ont reconnu la nécessité de lutter contre l'immigration irrégulière, ils ont tous condamné les actes de xénophobie qui ont, à plusieurs reprises depuis 2008, provoqué des violences meurtrières contre des ressortissants étrangers. En choisissant de rappeler les racines communes qui unissent les peuples d'Afrique australe, le roi zoulou inscrit son intervention dans une lecture historique des migrations et appelle ses sujets à ne pas confondre la lutte contre l'immigration illégale avec le rejet de populations partageant parfois une histoire commune avec la nation zouloue.

Son message place désormais le souverain absolu au cœur d'un débat particulièrement sensible, où se confrontent préoccupations sécuritaires, difficultés économiques, identité nationale et mémoire historique.

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Date de dernière mise à jour : 09/07/2026