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Afrique du Sud : le roi Misuzulu appelé en urgence pour calmer les tensions

À l’heure d'une vaste journée de mobilisation contre l'immigration clandestine, le président sud-africain Cyril Ramaphosa s'est tourné vers une figure dont l'influence dépasse largement le cadre traditionnel : le roi des Zoulous, Misuzulu kaZwelithini. Alors que le pays redoute une nouvelle explosion de violences, le souverain est appelé à jouer un rôle déterminant pour préserver la paix civile.

L'image est hautement symbolique. Alors que l'Afrique du Sud s'apprête à vivre l'une des plus importantes journées de manifestations anti-migrants de ces dernières années, le président Cyril Ramaphosa a choisi de recevoir le roi zoulou Misuzulu kaZwelithini, 51 ans, à la résidence présidentielle de Mahlamba Ndlopfu, à Pretoria, le 28 juin 2026. Plus qu'une simple rencontre protocolaire, cet entretien illustre la place toujours centrale que conserve la monarchie zouloue dans la vie politique et sociale sud-africaine.

En sollicitant directement ce souverain, le chef de l'État espère désamorcer des tensions qui pourraient rapidement dégénérer en violences contre les populations étrangères, comme ce fut déjà le cas à plusieurs reprises au cours des deux dernières décennies.

 

 

Une autorité morale incontournable

Si l'Afrique du Sud est une république, la monarchie zouloue demeure une institution extrêmement influente, particulièrement dans la province du KwaZulu où vivent plusieurs millions de Zoulous.

Successeur du roi Goodwill Zwelithini, décédé en 2021 après un règne de plus de cinquante ans, Misuzulu kaZwelithini bénéficie d'une autorité morale considérable auprès de ses sujets. Son influence dépasse largement les questions culturelles ou coutumières : sa parole est régulièrement écoutée lors des grandes crises sociales ou politiques.

C'est précisément cette capacité de mobilisation que le gouvernement souhaite mettre à profit.

Face à une opinion publique de plus en plus préoccupée par l'immigration clandestine et à l'appel lancé par plusieurs organisations anti-migrants pour une mobilisation nationale le 30 juin, Cyril Ramaphosa a demandé au souverain de contribuer au maintien de l'ordre.

Au cours de leur entretien, le président a rappelé un principe essentiel de l'État de droit. « L'application des lois sur l'immigration relève exclusivement de l'État et des forces de l'ordre. », a déclaré le chef de l'État. Cyril Ramaphosa a également exhorté le roi à utiliser son prestige pour appeler au calme et encourager des manifestations pacifiques, tout en soutenant la lutte contre l'immigration irrégulière dans un cadre strictement légal.

 

 

Un royaume, épicentre de la mobilisation anti-migrants

Cette démarche n'a rien d'anodin.

Le KwaZulu, berceau historique du peuple zoulou et de sa monarchie fondée au début du XIXe siècle, devrait constituer l'un des principaux foyers des manifestations. Des milliers de personnes sont attendues dans plusieurs villes de la province, où les tensions entre populations locales et immigrés sont particulièrement fortes.

Conscient des risques, le roi Misuzulu a immédiatement réuni les chefs des régiments zoulous afin de diffuser un message de retenue.

Vendredi 26 juin, destiné à éviter toute récupération violente du mouvement. Le message du souverain, il a été relayé publiquement par le prince Vanana Zulu. « Le roi a parlé : il est hors de question de battre qui que ce soit. Il ne veut pas voir de sang versé sur ses terres simplement parce que des étrangers sont présents. Le roi dit non. » , a dit le porte-parole du monarque . Une déclaration qui a été reprise par les différents généraux des impis qui ont rappelé aux sujets du monarque  que le droit de manifester est garanti par la Constitution sud-africaine mais qu'il doit impérativement s'exercer dans le respect de la loi.

Pour autant, le roi Misuzulu ne minimise pas les inquiétudes exprimées par une partie de la population concernant l'immigration clandestine.

Sans cautionner les violences, il estime que les personnes entrées illégalement en Afrique du Sud doivent quitter le territoire. « Les étrangers entrés illégalement dans le pays le savent et doivent partir, car personne n'est sans foyer. », a quand même déclaré le souverain absolu. Lors d’un discours en février dernier, il avait qualifié les migrants de « kwerekwere », un terme particulièrement péjoratif pour les qualifier d’étrangers.

Cette position reflète une ligne d'équilibre délicate : reconnaître les préoccupations d'une partie de ses sujets tout en refusant catégoriquement que celles-ci débouchent sur des actes de vengeance ou de justice populaire.

 

 

Une crise qui couve depuis plusieurs années, un État mobilisé pour éviter le pire

L'appel lancé au roi intervient dans un contexte particulièrement tendu.

L'Afrique du Sud demeure confrontée à l'un des taux de chômage les plus élevés au monde 5ù°, une croissance économique atone, une criminalité persistante et des inégalités sociales parmi les plus fortes de la planète.

Dans ce climat, de nombreux Sud-Africains considèrent que l'immigration clandestine accentue la concurrence sur le marché du travail, exerce une pression supplémentaire sur les services publics et favorise certaines formes de criminalité. Ces frustrations nourrissent régulièrement des mouvements de rejet des étrangers, principalement originaires du Zimbabwe, du Mozambique, du Malawi, du Nigeria ou encore de la République démocratique du Congo.

Cette colère est exploitée par plusieurs mouvements anti-immigration, notamment March and March, qui a lancé un ultimatum exigeant que les étrangers en situation irrégulière quittent le pays avant le 30 juin.

Depuis les premières grandes émeutes xénophobes de 2008, l'Afrique du Sud connaît des épisodes récurrents de violences visant des commerces et des quartiers occupés par des migrants. Le traumatisme le plus récent demeure celui des émeutes de juillet 2021, qui avaient fait près de 350 morts et provoqué des destructions évaluées à environ 50 milliards de rands.

Déterminé à empêcher un nouveau scénario catastrophe, le gouvernement a déployé un dispositif exceptionnel.

Tous les congés de la police ont été suspendus pour cette journée 30 juin. L'armée protège les infrastructures stratégiques tandis que les sociétés privées de sécurité ont également été placées en état d'alerte. Le ministre de la Police par intérim, Firoz Cachalia, a averti que les forces de l'ordre n'attendraient pas que les violences éclatent avant d'intervenir. La vice-ministre de la Police, Polly Boshielo, a, elle aussi, affiché une ligne de fermeté : « Il n'y aura aucune tolérance pour la xénophobie, le vigilantisme ou l'intimidation, ni pour quiconque pense pouvoir décider qui peut ou non vivre dans nos communautés. ».

Parallèlement, le ministère de l'Intérieur poursuit une politique de fermeté en matière migratoire. Des milliers de visas ont été annulés ces dernières semaines et près de 9 500 ressortissants étrangers ont déjà été rapatriés « de manière ordonnée, légale et humaine », tandis que plusieurs milliers d'autres dossiers restent en cours de traitement, des milliers d’autres ont fui le pays, craignant pour leur vie.

 

 

Un souverain au cœur de la stabilité nationale

En choisissant de faire appel au roi Misuzulu, Cyril Ramaphosa reconnaît implicitement que, dans certaines régions du pays, l'autorité de la monarchie traditionnelle demeure un levier essentiel pour préserver la cohésion sociale.

Le souverain zoulou apparaît aujourd'hui comme un médiateur entre une population en colère et un État confronté à une crise migratoire devenue hautement politique. Son message est clair : les préoccupations liées à l'immigration clandestine peuvent être entendues, mais elles ne sauraient justifier les violences, la justice expéditive ou les attaques contre des communautés étrangères.

À quelques mois des élections locales, cette séquence rappelle que les autorités sud-africaines doivent désormais relever un double défi : reprendre le contrôle d'un système migratoire largement critiqué tout en empêchant que les frustrations sociales ne se transforment, une nouvelle fois, en violences xénophobes. Dans cette équation, le roi Misuzulu s'impose plus que jamais comme un acteur politique et moral incontournable de l'Afrique du Sud contemporaine.

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Date de dernière mise à jour : 30/06/2026