Le retour des Napoléon

 

Le prince Jean-Christophe Napoléon (2015)2 noms et 2 règnes associés indubitablement à l‘histoire de France. Napoléon Ier et Napoléon III ont laissé derrière eux un nombre importants de lois qui régissent encore la vie des français aujourd’hui. Du code civil écrit par Napoléon Ier aux nombreuses réformes sociales voulues par son neveu napoléon III, aimés ou détestés, les périodes impériales de la France continuent pourtant encore de fasciner chacun d’entre nous. Prétendant au trône impérial depuis 1997, le prince Jean-Christophe incarne l’héritage et l’histoire des Bonaparte, un autre espoir que ses partisans attendent de voir éclore.

Largement divisés, c'est le moins que l’on puisse dire, les bonapartistes montrent la même image que les royalistes. Idéologiquement, ils sont au centre-gauche ou à droite toute, dynastiquement, ils sont républicains ou fidèles au principe héréditaire et monarchique mis en place par Napoléon Ier en 1804 mais tous demeurent profondément attachés à l’idée de patrie et de souveraineté. Il a tout juste 31 ans, 1 m98, des yeux bleus cristallins, la mèche parfois rebelle et il porte aussi bien le costume cravate 3 pièces que le sportwear universitaire. En somme, Jean-Christophe Napoléon se veut un prince de son temps. «Par mon père, je suis l’héritier des Bonaparte. Mais par ma mère, je descends aussi de Louis XIV » déclarait-il fièrement en 2015 à Paris Match en pleine bicentenaire de la défaite de Waterloo. Tout est dit pour celui qui se veut à la fois une alternative à la république et aux Bourbons. Il est le 7ème des Napoléon à prétendre au trône des abeilles. Son illustre ancêtre avait décidé d’adopter en lieu et place des traditionnels lys de France, ces infatigables insectes comme symboles. L’image en était assurément belle quand on sait que Napoléon Ier était un bourreau de travail mais la vérité historique qui découle de ce choix n’en est pas moins une erreur d’interprétation. Car en lieu et place de ces abeilles que l’on avait cru trouver en 1653 dans le tombeau de Childéric Ier et Clovis, il s’agissait en fait de simples…cigales. Rien d’étonnant en soi que le Mouvement Bonapartiste (d'obédience internationaliste) en ait donc fait un de ses chevaux de bataille.

Le prince Jean-Christophe Napoléon est le chef de la maison impériale. Presque au même âge, Napoléon Ier, descendant d’une petite famille nobiliaire corse reconnue sous le règne de Louis XV, était le maître de l’Europe. Il n’est en rien nostalgique et le fait remarquer lors de chaque interview, assez rares pour que l’on s’en souvienne : « J’ai toujours été fier de porter ce nom. Mais sans vivre dans l’illusion ni dans le passé : je veux être un homme de mon temps. Et, surtout, j’ai toujours voulu me construire par moi-même, prouver mon mérite par le travail ». Une « abeille » impériale qui n’en oublie pourtant pas ses devoirs. Je souhaite «être un prince proche des préoccupations générales des Français, défendre une cause d’intérêt général, présenter des idées et les défendre, et contribuer à la promotion de notre patrimoine dans le monde » ajoute-t-il. Ses déclarations qui sont simples et punchies, réfléchies et directes, ponctuées de sourires, font souvent mouche parmi ses partisans qui attendent ses interventions comme les chrétiens, le « retour du Christ ».

Le prince Napoléon à Harvard /Point de VueHors, c’est bien là aussi que se trouve le problème. Jean-Christophe Napoléon est aussi absent que ses cousins Bourbons dans la vie politique française. On le dit proche du Président Emmanuel Macron et européen convaincu, l’ancien étudiant d’Harvard (2015-2017) est actuellement un banquier au sein de la City britannique, l’ennemi juré de « l’ogre corse ». Le prince rigole volontiers de cette ironie mais tient à rappeler quelques vérités de son cru pour atténuer cette présence à Londres que l'on pourrait lui reprocher : «en réalité, ils avaient une forme de respect et d’admiration mutuels. Après Waterloo, Napoléon a écrit au roi d’Angleterre pour lui demander de vivre en exil dans son pays. La reine ¬Victoria s’est inclinée sur sa tombe lors de sa visite officielle à Paris. Et elle a accueilli son neveu en exil. Napoléon III repose d’ailleurs toujours en Angleterre avec sa femme, l’impératrice Eugénie, et leur fils, qui avait fait ses études à l’académie militaire de Sandhurst avant de mourir sous uniforme anglais en Afrique du Sud. J’aime bien rappeler tout ça aux Anglais quand ils sont surpris de voir un Bonaparte chez eux. »

Il n’exclut pas de s’engager en politique, « mouiller sa chemise » mais pour le moment se contente d’apparaître lors de la traditionnelle commémoration du 5 mai aux côtés des représentants de l’armée, partisans et politiques réunis ce jour –là à l"hôtel invalides, décidément le lieu de rendez-vous des princes de France. Ce qui désespère quelque peu David Saforcada, le leader de France Bonapartiste (mouvement qui a des élus au niveau départemental et régional) et qui souhaiterait un peu plus d’implication du prétendant. A défaut d’ailleurs d’avoir son soutien, il a reçu celui d’un autre membre de la famille impérial, le prince Joachim Murat. Ancien allié de Nicolas Dupont-Aignan, ente lune de miel et de fiel, David Saforcada est un républicain convaincu mais qui n’en reste pas moins respectueux de l’héritage que le prince incarne. Autant que le Comité central Bonapartiste (CCB), longtemps parti phare de l’île de Beauté et désormais soutien du parti « Les Républicains» avec qui il partage quelques conseillers municipaux également.

«Je pense avoir un devoir d’engagement au service de la France » déclare Jean-Christophe Napoléon qui ajoute « je ne veux surtout pas prétendre avoir plus de droits que les autres : je suis comme tout le monde. Les Bonaparte ont toujours été des hommes modernes, des avant--gardistes qui faisaient avancer leur époque. J’ai l’intention de poursuivre cette tradition ». Aux cris de « vive le roi « à saint-Germain l’Auxerrois ou à la Basilique de Saint-Denis, chez les bonapartistes, on crie volontiers « Vive l’Empereur » dans la cour des Invalides. Etre bonapartiste, cela « veut dire être jeune, se mettre au service d’idées nouvelles et modernes – surtout lorsque le changement s’impose, comme en France actuellement » assène le prince qui s’empresse de rajouter : «mais sans prétendre à un trône et dans le strict respect des institutions de la République ». Toute la contradiction politique qui agite le mouvement bonapartiste.

Prince Jean-Christophe Napoléon à HarvardDe sa vie privée, on connaît peu de choses. On lui prête une relation avec la « comtesse Olympia d'Arco-Zinneberg, fille du comte Riprand et de l'archiduchesse Marie-Béatrice d'Autriche-Este, soeur du prince Lorenz » nous dit le journal « L’ éventail » et quelques tensions avec son père, le prince Charles –Napoléon, déchu de ses droits au trône par le charismatique prince Louis-Napoléon (VI) en 1997 que nous résumait ainsi la magazine Gala : «celui-ci ne souffrait pas le divorce et les opinions politiques de son propre fils, et a préféré miser sur l’avenir que représentait Jean-Christophe. Une situation qui aurait pu créer des tensions entre père et fils, mais celles-ci ont été tuées dans l’oeuf, l’un comprenant que l’autre n’y était pour rien dans cette décision patriarcale»*. Dans une émission diffusée le 18 mars 2013 sur France 3, « Signé Mireille Dumas : le poids du nom en héritage, le père de Jean-Christophe Napoléon avait fini par reconnaître que son fils était bel et bien le chef de la famille impériale. Une querelle dynastique qui serait donc enterrée définitivement. Si donc officiellement donc rien n’oppose le père et le fils mais dans la réalité, politiquement il en est tout autrement. Le prince Charles-Napoléon ne fait pas mystère de ses amitiés avec le parti socialiste ou du soutien qu’il avait apporté à la maire de Paris, Anne Hidalgo (2014). Une position qui a eu le don d’irriter, sa mère, la légitimiste Alix de Foresta, gardienne immuable du souvenir Napoléonien et très poche de son petit-fils qui n’approuve pas les choix de son fils aîné. Il est difficile de savoir où se situe lui-même le prince héritier mais il n’en reste pas moins certain que le nombre des monarchistes napoléonien s’est aujourd’hui réduit à une peau de chagrin, faute de …prétendant.

Durant presque une décennie, Renouveau Bonapartiste a tenté d’incarné ce bonapartisme monarchique avant de sombrer dans le silence laissant la place aux seuls mouvements d’obédiences bonapartisto- néo-gaullistes qui se réclament de cet’héritage napoléonien politique qui ont refait surface dans les années 1990 dans l’Hexagone, non sans quelques scissions ci et là. Car depuis que le prince Louis-Napoléon (résistant et pressenti un temps pour occuper la place du général de Gaulle en 1958 à Alger, « cette déchirure » qu’il éprouva, tant il était attaché à ces départements français) avait dissout tous les groupes impérialistes, de peur de les voir tomber dans l’escarcelle allemande en 1939 tant ils avaient tendance à se rapprocher des mouvements d’extrême-droite nous indique dans son dernier ouvrage l’histoire Pierre Branda, aucun mouvement politique hors de la Corse n’avait véritablement repris le flambeau après la Libération. L’abrogation de la loi d’exil avait permis aux Napoléons de revenir en France non sans quelques troubles occasionnés à l’assemblée nationale. Les quelques élus communistes présents faisant part de leur crainte de voir le retour d’un prince dont il doutait sincèrement de son républicanisme et rappelant que bonapartistes comme royalistes avaient menacé la IIIème république durant toute son existence (au parlement comme dans la rue).

Dynastie, associations du souvenir, partis politiques, conférences, aficionados de la reconstitution historique, magazines de pointe liés au deux périodes dont ils portent le nom, le Bonapartisme reste en 2018 une idée, un « nom d’avenir » comme le précisait lors d’un article consacré au prince Jean-Christophe, le magazine Point de Vue. Déchiré, divisé, mais que reste t-il aujourd’hui de cet héritage assumé par ces princes Napoléons qui se sont succèdes depuis la chute du Second Empire en 1870 et depuis la mort tragique en 1879 de « Loulou » en Afrique du Sud, le fils unique de Napoléon III. Pour David Saforcada, ancien militaire de carrière et homme de terrain, la réponse est tout aussi claire qu’ incisive : « Le bonapartisme aujourd'hui a un sens. Le bonapartisme n'est ni une attitude passéiste, ni la nostalgie d'un monde révolu. Il est le signe d'un engagement d'une extrême modernité » paraphrasant quelque peu le prince dont il apprécie la compagnie. Concluant ainsi sa pensée lors d’une interview au Parisien en 2017 : «Le vivier bonapartiste est immense (…), les Français en ont assez de la caste qui les dirige, il faut une candidature qui dépasse les clivages et rassemble autour d'une vision de la France, qui doit retrouver son rôle de phare dans le monde ».. Alors le retour d’un empereur sur son trône !? Au même titre que celui d’un Bourbon, l’idée reste plus que plausible ou trop fantasmée.

L’empire c’est la paix ! » déclarait malicieux , il y a 3 ans, le prince Jean Christophe Napoléon VII.

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Publié en 2017

https://www.rtl.be/info/video/540256.aspx : Interview du prince Jean-Christophe Napoléon à RTL

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